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ClimatEnergie & Environnement

Pollution de l'air intérieur: un danger méconnu, un marché croissant

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 21 septembre 2016 à 05:00

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Cinq fois plus pollué que l'air extérieur, l'air intérieur inquiète toutefois encore peu les Français. En Chine, en revanche, il est devenu une préoccupation quotidienne, absorbant désormais 50% du marché mondial des purificateurs portables. Teqoya, entreprise française qui commercialise depuis 2015 des ioniseurs, y réalise aujourd'hui 80% de son chiffre d'affaires, explique son fondateur Pierre Guitton. En 2016, elle mise sur une multiplication par cinq de son chiffre d'affaires, soit sur 1.000...

La Tribune: A l'occasion de la Journée nationale de la qualité de l'air ce mercredi, on parle beaucoup de pollution atmosphérique... mais qu'en est-il de l'air intérieur?

Pierre Guitton: Selon l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur, en France, il est environ cinq fois plus pollué que celui extérieur.

Quelles sont les principales sources de pollution intérieure?

Elle dépend de deux facteurs principaux. Le premier est la pollution extérieure dont une fraction (30% à 70%) pénètre dans les bâtiments, selon leur perméabilité. Le deuxième est constitué de sources domestiques: les colles des meubles et des parquets, les bougies et les encens que l'on fait brûler, les produits d'entretien, mais aussi la cigarette, la présence d'animaux, la respiration humaine qui produit du CO2...  Les deux facteurs requièrent des traitements qui s'opposent: plus un immeuble est ventilé, plus les sources internes sont évacuées, mais alors il devient plus perméable à la pollution externe!

Que prévoit la loi pour limiter ce phénomène?

La réglementation impose tout d'abord que tout immeuble soit doté d'une ventilation permettant de renouveler l'air intérieur une à deux fois par heure. Ce débit est toutefois rarement atteint, sans compter que tout dispositif de ventilation forcée consomme de l'énergie. Quant aux substances dont il a été prouvé qu'elles sont toxiques, comme le formaldéhyde, des réglementations apparaissent progressivement pour interdire le dépassement de certains seuils. Tout est en effet question de concentration: une substance complètement inoffensive en petites quantités peut devenir dangereuse à plus fortes doses. Mais la recherche va plus vite que la réglementation...

Les gens sont-ils conscients de ce risque?

Un sondage réalisé dans 25 villes européennes, publié par la Commission européenne en juillet 2016, dévoile non seulement de très grands écarts entre pays en matière de ressenti de la pollution, mais aussi une conscience généralement très faible de son danger. En comparant les résultats de ce sondage à la pollution atmosphérique dans ces villes, nous avons évalué que, pour que plus de la moitié de la population se dise mécontente de la qualité de l'air, il faut que la pollution dépasse d'au moins 50% l'indice d'alerte de l'OMS!

Cependant, si en Occident on commence tout doucement à s'intéresser à la question, en Chine la pollution de l'air est un facteur pris en compte dans la vie quotidienne. Les purificateurs d'air y sont des objets en passe de devenir aussi essentiels que des réfrigérateurs: selon des projections de marché, plus de 50% de la population chinoise sera équipée avant 2020. 50% du marché mondial des purificateurs portables, qui vaut entre 4 et 5 milliards de dollars et croît de 10 à 15% par an, y est concentré. 80% de notre chiffre d'affaires est d'ailleurs généré là bas. Et le prochain marché sera sans doute l'Inde.

La pollution de l'air est élevée dans beaucoup de zones urbaines du monde, et le problème ne sera sans doute pas résolu avant plusieurs dizaines d'années. D'autant plus que, si globalement la pollution baisse, notamment en Europe, les découvertes scientifiques sur les effets de la pollution sur la santé conduisent à diminuer les seuils de tolérance.

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Quelles solutions offre le marché?

Les purificateurs d'air traditionnels, dont le prix varie entre 200 et 1.500 euros, aspirent et filtrent l'air interne, retenant particules et gaz. Leur plus grand inconvénient est que, utilisés aux niveaux de performance très élevés qu'ils promettent, ils sont très bruyants. Ils consomment en outre beaucoup d'énergie, ce qui en terme de "bilan pollution" peut être un non sens: dans les nombreux pays où l'énergie primaire de production d'électricité est le charbon, le piégeage d'un gramme de particules par un purificateur d'air à filtre peut induire le rejet de 100 grammes, voire même 1 kg de particules fines par les cheminées d'une centrale! Leur entretien est assez cher: les filtres, qui peuvent coûter entre 50 et 120 euros, doivent être changés une fois par an au moins, voire beaucoup plus souvent dans les pays les plus pollués. Ils laissent néanmoins passer les particules ultra-fines, qui pénètrent le sang et les tissus et qui sont considérées par l'OMS comme un problème majeur de santé publique.

Qu'offrez-vous de différent?

Nos purificateurs utilisent le principe, connu depuis des années, de la ionisation de l'air : quand la quantité d'ions négatifs présents dans l'air est élevée, les autres particules, chargées électriquement, sont attirées vers les surfaces. Elles peuvent ainsi être facilement éliminées par le ménage usuel. En outre, notre technologie, brevetée, a éliminé l'inconvénient des anciennes générations de ioniseurs: la production d'ozone. Nous nous situons 30 fois en-dessous du seuil réglementaire.

Même si leur puissance maximale est inférieure à celle des purificateurs classiques, nos ioniseurs ne produisent aucun bruit ni aucun courant d'air et peuvent donc être allumés en permanence. Transportables d'une pièce à l'autre, ils consomment très peu d'énergie et peuvent être utilisés pendant plus de dix ans sans consommables: leur coût d'usage est ainsi cinq fois inférieur à celui d'un purificateur traditionnel. Leur prix est compris entre 400 et 800 euros: un montant que la classe moyenne chinoise est prête à payer pour un produit de ce genre si elle est convaincue de sa performance et de son confort d'utilisation. Le fait que nos appareils soient intégralement fabriqués en France représente en ce sens une garantie aux yeux des Chinois.

Quelles nouvelles solutions réserve l'avenir?

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Les recherches vont dans deux directions. D'une part les techniques utilisant les plasmas froids qui permettent de casser les polluants. Les spécialistes sont toutefois très prudents en raison du risque, non encore suffisamment exploré, de production indirecte d'autres polluants. D'autres part de nouvelles technologies de filtres passifs. Mais les recherches progressent lentement et leur coût est élevé: l'air nous est familier, mais sa complexité et ses variations sont immenses !

Propos recueillis par Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

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