La vente de masques de Géochanvre boostée par la crise

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Pour répondre rapidement à la demande, Géochanvre a investi 500.000 euros dans l'achat de machines de découpe laser permettant de produire en grande quantité et d'être réactif.
Pour répondre rapidement à la demande, Géochanvre a investi 500.000 euros dans l'achat de machines de découpe laser permettant de produire en grande quantité et d'être réactif. (Crédits : Géochanvre)
Situé au cœur de l'Yonne (89), le fabricant de toiles de chanvre en fibres naturelles françaises a vendu près de 2 millions de masques bio-compostables depuis mars 2020. Une innovation qui lui ouvre de nouveaux marchés.

Pour les Chinois et les Japonais, le mot crise est constitué de deux idéogrammes Wei (danger) et Ji (opportunité). C'est le paradoxe d'une crise : une situation difficile qui permet de saisir de nouvelles opportunités et de rebondir. Dès le début du confinement, Géochanvre a mobilisé son savoir-faire pour développer le masque biocompostable, composé d'une toile filtrante, 100% végétale, en fibres naturelles de chanvre. « Nous avons été une des premières entreprises à intégrer la liste des producteurs sur le site de la Direction Générale des Entreprises », souligne Gérald Bayette, directeur commercial chez Géochanvre. « Nous produisons nous-mêmes le feutre, grâce à notre procédé breveté, qui permet de lier les fibres de chanvre uniquement avec de l'eau sous pression. Ce procédé unique permet de produire une toile sans liant, sans colle, sans additif », poursuit-il.

Pour répondre rapidement à la demande, Géochanvre a investi 500.000 euros dans l'achat de machines de découpe laser permettant de produire en grande quantité et d'être réactif. « Aujourd'hui, nous fabriquons 2.500 masques par semaine mais au plus fort de la crise, nous avons atteint 120.000 unités par semaine », rappelle Gérald Bayette. Un an plus tard, 1,7 million d'unités ont été vendues.

Une innovation Made in Yonne

La startup est née en 2014 de la volonté de son dirigeant Frédéric Roure, agronome, ingénieur écologue, d'apporter une alternative écologique, éthique et économique aux produits plastiques et en fibres importées dans le domaine des géotextiles et des textiles. Après trois ans de recherche et 2 millions d'investissements, Frédéric Roure invente la toile de chanvre non tissée. Propriétaire du brevet international de fabrication, Géochanvre est la seule entreprise à proposer cette toile fabriquée par hydroliage, de manière industrielle. Une innovation mondiale Made in Yonne qui, dans le contexte de la crise sanitaire, a permis à la startup d'acquérir le statut de PMI. En moins d'un an, la société spécialisée dans la fabrication de paillage en toile de chanvre - seule toile de paillage certifiée Ecocert - est passée de huit salariés à vingt et de 800.000 euros de chiffre d'affaires à deux millions d'euros. « L'engouement autour des masques biocompostables nous a permis de rentrer dans une autre dimension, avec d'autres moyens, pour nous structurer et investir dans de nouvelles compétences humaines », confie Gérald Bayette.

Une production en circuit court

Géochanvre sera bientôt labellisée Origine France Garantie, seule marque à certifier la traçabilité des produits 100% français. Preuve de son intérêt, le fondateur Yves Jégo s'est rendu lui-même dans les locaux de l'entreprise. « Notre eau est en circuit fermé grâce au canal. Pour la matière première, nous n'utilisons que du chanvre issu de l'agriculture locale, dans un rayon de cent kilomètres. Beaucoup de commerces pensent agir pour l'environnement en proposant des sacs de jute... importés d'Inde ! Cela n'a pas de sens. Le chanvre est une plante qui a, par ailleurs, de nombreuses vertus connues depuis des siècles : elle aère les sols et les enrichit pour améliorer les rendements des cultures suivantes », détaille Gérald Bayette.

À ce jour, plus de 14.000 hectares de chanvre sont cultivés chaque année en France. En travaillant la fibre de chanvre, Géochanvre contribue à l'économie de cette filière qui, avec une même culture, génère plusieurs produits : la graine est utilisée pour la consommation humaine, animale et les cosmétiques ; la fibre avec ses différentes qualités est utilisée comme textile, paillage pour les sols, isolation pour la construction, composite pour l'automobile. Pour la main d'œuvre, Géochanvre fait appel aux travailleurs en situation de handicap. « Le montage des masques est effectué dans une dizaine d'ESAT de la région », précise Gérald Bayette. Des masques et après ?

La fabrication des masques a ouvert de nouveaux marchés à Géochanvre. « Nous avons démontré que la toile de chanvre pouvait avoir d'autres usages que la toile de maraichage », constate Gérald Bayette. Aujourd'hui, le service R&D planche sur un masque FFP2 pour les établissements hospitaliers. D'autres secteurs sont venus également frapper à la porte de l'entreprise innovante : l'industrie automobile, le bâtiment pour l'isolation et l'insonorisation, l'ameublement. Sans compter le développement d'une industrie du textile non polluante. « Nous avons participé au concours de la première chaussure végétale », précise Gérald Bayette.  « N'oublions pas qu'il y a quelques siècles encore, les vêtements en chanvre étaient testés par les domestiques - pour les rendre plus souples -  avant d'être portés par les rois de France », s'amuse-t-il. La mode est un éternel recommencement...

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Commentaires
a écrit le 09/04/2021 à 9:40 :
Merci beaucoup pour cet article et je suis vraiment content pour cette entreprise, bravo à eux également.

Le cannabis, à savoir cette plante que l'humanité utilisait régulièrement, même les pêcheurs qui utilisaient les fleurs comme appâts, qui poussait un peu partout sur notre territoire mais qui certainement comme elle était pratique et utilise ne faisait pas gagner d'argent à ceux qui en veulent toujours plus toujours plus vite. A mettre en perspective avec les pratiques agroindustrielles qui se sont pérenisées via ces interdictions successives honteuses de pleins de plantes inoffensives.

Quelle vaste supercherie que notre système quand même hein et dont l'agroindustrie en est un exemple parfait.

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