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L’éolien flottant, une belle carte à jouer ?

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(Crédits : Fokke - Fotolia.com)
L’édition 2019 du plus grand salon international dédié à l’éolien offshore flottant se déroulera de mercredi à vendredi, au Corum de Montpellier, quelques semaines après l’annonce d’une programmation pluriannuelle de l’énergie qui n’encourage pas suffisamment le développement de la filière, selon ses acteurs.

Un contexte dynamique à l'international quoiqu'un peu morose en France, où les perspectives ambitieuses restent à concrétiser. C'est ainsi que l'on pourrait résumer l'ambiance « partagée » dans laquelle va s'ouvrir l'édition 2019 du Floating Offshore Wind Turbines (FOWT), au Corum de Montpellier de mercredi à vendredi.

Le FOWT, qui accueille plus de 800 spécialistes de 25 pays, est co-organisé par France Energie Eolienne, la Chambre de commerce et d'industrie Marseille-Provence et le Pôle Mer Méditerranée. Responsable des énergies marines renouvelables au sein de ce dernier, Patricia Marin en dit plus sur la santé et les perspectives de la filière « flottante » :

La Tribune de l'énergie : Dans quel contexte s'ouvre ce salon 2019 pour la filière de l'éolien offshore flottant ?

Patricia Marin : Les perspectives en France sont moins favorables qu'à l'International en raison d'une PPE qui n'est pas aussi ambitieuse que nous l'aurions espéré avec des volumes prévus plutôt faibles et très étalés sur le temps.

Au niveau mondial, un certain nombre de pays ont décidés de se lancer clairement sur cette filière en décidant des appels d'offres, le salon en témoigne avec plus de la moitié de participants internationaux. Nous avons d'ailleurs réussi à faire en sorte qu'au fil des années, FOWT devienne un évènement au rayonnement mondial en la matière et reconnu comme tel dans la communauté des experts.

LTDE : Que reprochez-vous à la PPE ?

P.M. : Le gouvernement semble avoir privilégié les énergies renouvelables qu'il juge plus « matures » en termes de technologie et de coûts, telles que le solaire et l'éolien terrestre.

Pour l'éolien offshore, nous attendons tout de même de voir le résultat de l'appel d'offres de Dunkerque pour être rassurés sur la suite des évènements en prouvant que les prix ont beaucoup baissés et sont au niveau du marché et ainsi donner des ambitions plus fortes à la filière. Nous espérons que cela créera une ouverture pour des perspectives revues à la hausse dans la PPE.

LTDE : Quels sont les grands projets en France actuels ou à venir sur le flottant ?

P.M. : Sur l'éolien flottant, on compte quatre fermes pilotes prévues, une en Atlantique, portée par Eolfi, et trois autres en Méditerranée, portée par Engie, Quadran Energies Marines et EDF Renouvelables. Elles en sont, pour l'essentiel, au même stade d'avancement, avec pour objectif de produire de l'électricité en 2021, avec une puissance prévue de 24MW par ferme (de 3 à 4 éoliennes par ferme).

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LTDE : A quels problèmes sont-ils confrontés ?

P.M. : Il serait inexact de dire qu'il n'y a pas d'inquiétudes, qui sont légitimes, mais un travail remarquable a été fait sur l'acceptabilité auprès de la population, des pêcheurs... Ce qui est passé, en amont, par une bonne définition des zones où les fermes seraient implantées. A l'arrivée, elles seront assez loin des côtes pour ne quasiment pas être visibles. Et des études de suivi environnemental seront menées tout au long de la durée des projets.

Les fermes pilotes auront aussi un « effet réserve », avec toute une vie qui s'installe autour des ancres et sous les flotteurs. Les travaux sont beaucoup moins dérangeants pour les cétacés ou autres dauphins car la pose d'un ancrage est nettement moins « impactante » que de faire des fondations en béton et des pieux battus qui prennent du temps, font du bruit...

Sur les oiseaux, marins et migrateurs, les porteurs ont prévu de faire des suivis par différents moyens (radars etc.). Ces observations ainsi que le retour d'expérience important des parcs éoliens posés en Manche et Mer du Nord montrent qu'il y a des solutions pour minimiser les impacts sur l'avifaune. Voir en particulier le rapport récent du projet européen PHARO4MPA coordonné par le WWF sur ce sujet.

LTDE : En Europe, dans le monde, à quel niveau se situe la France ?

P.M. : Nous avons la chance d'avoir des leaders sur le plan des technologies, dont certaines intéressent déjà à l'international. C'est le cas, par exemple, d'Ideol et de son flotteur, retenu dans le cadre de fermes au Japon, ou encore de Naval Energies ou SBM, qui sont au contact avec les pays qui ont des projets et ont des opportunités pour que les futures fermes soient faites à base de technologies françaises.

Il faudra ensuite que les fermes commerciales n'arrivent pas trop tard, pour bien montrer que la France croit en le développement de la filière.

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LTDE : L'éolien offshore flottant est-elle une filière d'avenir sur laquelle la France peut s'appuyer pour mener à bien sa transition énergétique ?

P.M. : L'atout majeur de l'éolien offshore en général, c'est que le taux de charge est beaucoup plus important que sur l'éolien terrestre. Ce qui répond à la question de l'intermittence des énergies renouvelables : avec un tel taux de charge, il y aura toujours un champ en train de produire, quelque part en France. Nous disposons d'une connaissance des vents très fine pour prévoir et avoir de la production en permanence en s'appuyant sur tel ou tel champ.

Il y a également un point très positif pour les investisseurs : la France possède une très grande façade maritime, où l'éolien flottant pourra aller beaucoup plus loin que l'éolien offshore posé, qui est limité par des questions de profondeur. Il y a en outre beaucoup moins de contraintes de maintenance : on peut remorquer une éolienne flottante jusqu'à terre en cas de besoin de maintenance lourde.

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