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Occitanie : de grandes ambitions sur les énergies vertes

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(Crédits : Pixabay)
Le Forum des énergies renouvelables Energaïa s’ouvre aujourd’hui à Montpellier, jusqu’à demain soir. L’occasion de faire le point avec Agnès Langevine, vice-présidente de la région Occitanie en charge de ces questions, sur les avancées en la matière sur un territoire qui veut atteindre les 100% d’énergies renouvelables en 2050.

Après le succès de l'édition 2017 (4 800 participants et 120 entreprises, +26%), le Forum des énergies renouvelables Energaïa se tient cette année dans le plus grand hall du Parc des expositions de Montpellier.

L'événement se fixe pour objectif principal « de répondre aux problématiques rencontrées par les professionnels du secteur », fort d'un contenu « qui tient compte des réalités et perspectives du marché », selon ses organisateurs.

Energaïa se présente comme le seul événement professionnel en France dédié à 100% aux énergies renouvelables (le programme complet sur son site web). Il s'ouvre dans un contexte riche pour la transition écologique et énergétique (Cop 24 en Pologne, annonce de la Programmation pluriannuelle de l'énergie, mouvements sociaux liés aux taxes sur les carburants...). Riche dans le monde, mais aussi en Occitanie, l'une des régions en avance en matière de production et de consommation d'énergies renouvelables (ENR).

Sur ce territoire de près de six millions d'habitants, un peu plus de 22% de la consommation énergétique finale est issue des « ENR », quand la moyenne nationale plafonnait à 16% fin 2016, encore loin de l'objectif de 32% fixé par la loi de transition énergétique pour 2030.

Un levier socio-économique pour la région

La région Occitanie s'est promis d'atteindre les 100% d'énergies renouvelables en 2050 et de devenir ainsi une région « à énergie positive ». Une étude menée avec l'Ademe, dont les chiffres ont été publiés début septembre, a mis en avant les trois principaux impacts macro-économiques, si l'objectif venait à être rempli : une augmentation du PIB supérieure à 2% en 2030 et de 3,9% en 2050 (par rapport au scénario tendanciel) ; une facture énergétique des ménages réduite de 56%, toujours en 2050 par rapport au même scénario tendanciel ; un nombre total d'emplois en 2050 supérieur au « tendanciel » de près de 90 000 « équivalent temps plein », avec la construction, le transport de passagers et les services marchands pour grands gagnants.

Un levier économique important sur lequel revient dans le détail Agnès Langevine, vice-présidente de la région Occitanie, en charge de la Transition écologique et énergétique, de la biodiversité, de l'économie circulaire et de la gestion des déchets :

La Tribune de l'énergie : Où en est la région Occitanie du développement des énergies renouvelables ?

Agnès Langevine : Nous poursuivons nos efforts en suivant la trajectoire que nous nous sommes fixée, qui est la volonté de devenir la première région, en Europe, à énergie positive. Ce scénario repose sur l'efficacité énergétique, avec la réduction de nos consommations, une sobriété qui est indispensable pour atteindre le cap ambitieux de réduire de 40% la facture énergétique de la région. Et ce, dans un contexte de forte pression démographique, avec 50 000 nouveaux habitants chaque année.

Nous essayons de faire un effort particulier sur les mobilités, dont la facture doit elle aussi s'alléger, de 60%. Cet effort doit s'accompagner du développement des énergies renouvelables en région, alors que nous sommes assez bien pourvus en gisements, en acteurs économiques, en filières de recherche comme sur la mobilisation citoyenne.

L'objectif est de multiplier par trois notre production d'énergies renouvelables d'ici 2050. Si on regarde par secteur, cela veut dire un facteur douze sur le photovoltaïque ou encore un facteur cinq sur l'éolien. Nous allons aussi développer la méthanisation, en lien avec le plan régional de gestion des déchets, la biomasse aussi. Tout cela en misant également beaucoup sur l'éolien flottant, car nous possédons deux sites pilotes -Gruissan et Leucate/Barcarès- où nous sommes dans l'attente de la publication de la PPE pour nous assurer qu'il y aura bien des appels d'offres commerciaux.

L'Occitanie reste la deuxième région en termes d'énergies renouvelables mais est première sur le taux de couverture.

LTDE : Quel est le rôle de la région en termes de financement de ces énergies « vertes » ?

A.L. : Le prix de rachat est important dans le modèle économique des énergies renouvelables, comme l'est tout autant l'acceptation sociale des projets. On le voit bien en Occitanie, avec zéro projet éolien autorisé en 2017 et des recours...

Il faut encore que nous travaillions à la conciliation entre les usages et les enjeux -notamment sur la biodiversité- pour limiter les freins liés aux projets de territoire. Là est l'un des rôles fondamentaux de la région : accompagner les territoires, en particulier ruraux, ceux qui sont moins dotés financièrement et en matière d'ingénierie des projets. Cela pour qu'ils intègrent la transition écologique et énergétique dans leur territoire.

D'où le lancement avec l'Ademe de l'appel à projets Collectivités pilotes pour le développement de projet énergie renouvelable territoriaux, pour inverser le rapport de force, pour donner une boîte à outils aux élus locaux pour qu'ils puissent définir leurs projets énergie bien en amont, dans la concertation. Cela va les aider à financer leurs propres études, à voir s'ils font appel à du financement participatif ou non, à déterminer un mix public-privé pour pouvoir définir eux-mêmes leurs projets énergétiques pour ensuite établir des critères pour mettre en concurrence les développeurs qui viendront les solliciter.

Nous voyons ensuite de vraies crispations sur les territoires, avec des tensions qui peuvent survenir avec des opposants à des projets éoliens ou des centrales photovoltaïques de grande dimension. L'enjeu de l'acceptabilité est donc aussi crucial que celui du financement.

La région s'est dotée d'une grande ambition et il faut accélérer les projets. Ce qui se traduit notamment par la création de l'Agence régionale Energie Climat, un opérateur unique qui coordonne et actionne des dispositifs juridiques et financiers pour accompagner les idées, de l'étude de faisabilité jusqu'à l'investissement sur les projets des maîtres d'ouvrage. Il faut que l'on aide à accélérer les projets, à diminuer l'exposition à des recours tout en travaillant sur les enjeux agricoles et de biodiversité, en particulier.

LTDE : L'étude menée avec l'Ademe prévoit une série d'impacts positifs de la transition énergétique sur le territoire régional. Comment l'interprétez-vous ?

A.L. : Dans notre région, 12% des ménages sont en situation de grande précarité énergétique. Les enjeux sociaux-économiques sont donc très importants.

La transition énergétique et écologique est un levier économique ne serait-ce que par la structuration de filières, avec de nouveaux modèles et de nouvelles filières, comme l'hydrogène ou le gaz renouvelable.

Nous voulons aussi nous positionner sur l'autoconsommation, dont on attend que les freins se lèvent au niveau réglementaire, tout ceci dans le but d'avoir des retombées économiques en captant au maximum la chaîne de valeur dans nos territoires.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous sommes à leurs côtés pour que les projets soient d'abord des projets de territoires assortis d'un modèle économique, avec une dynamique qui se mette en place.

LTDE : Le mix énergétique régional se composera essentiellement d'énergies renouvelables en 2050, c'est votre souhait. Comment voyez-vous la répartition entre chacune de ces énergies nouvelles ?

A.L. : Nous imaginons, entre autres, une progression importante de l'éolien, en sachant que son acceptation n'est pas toujours évidente. Nous comptons aussi beaucoup sur le développement du photovoltaïque, dont la puissance installée a considérablement augmenté ces dernières années, sur la production de biogaz ou la filière hydrogène comme sur la biomasse, où nous allons augmenter nos objectifs dans l'attente de l'adoption en fin d'année du schéma régional biomasse.

Le mix reposera quoiqu'il en soit sur tous les gisements que nous possédons. Il sera assez équilibré, entre solaire, hydrogène et éolien. Si nous disposons, à terme, de deux sites commerciaux flottants, nous serons en mesure de réaliser nos objectifs, à condition évidemment de réduire notre consommation d'énergie.

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