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2019-2023 : plus de 38 milliards d’euros pour financer les énergies renouvelables

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(Crédits : Pixabay)
Une étude du cabinet Xerfi pointe les besoins en financement colossaux de la transition énergétique. Où 38 milliards d’euros seraient nécessaires pour financer les projets liés aux énergies renouvelables.

La loi de Transition énergétique a fixé pour objectif à la France d'atteindre 32% d'énergies renouvelables dans sa consommation brute en 2030. Pour l'heure, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique et solidaire, elles ne pèsent « que » pour 16% de la consommation finale du pays.

La France n'est pas en avance, alors que le cabinet Xerfi vient de publier une étude selon laquelle « les besoins en financement de la transition énergétique sont colossaux ». Dans le monde, ce seraient 2 900 milliards d'euros qui ont déjà été consacrés aux énergies renouvelables (ENR), avec des pays émergents qui totalisent plus de 60% des investissements mondiaux.

Dans l'Hexagone, selon Xerfi, « les investissements ont fondu, passant de 8,6 milliards d'euros en 2011 à 6,5 milliards en 2017 ». La crise est passée par là mais le cabinet se veut rassurant : « les besoins vont croître ces prochaines années. »

Plus de 38 milliards d'euros seraient ainsi nécessaires pour financer la construction de 20 GW de nouvelles capacités de production d'énergies renouvelables entre 2019 et 2023 (source Xerfi Precepta). « Si une partie sera prise en charge par la sphère publique, des contraintes budgétaires toujours plus lourdes dessinent un nouveau modèle de financement de la transition énergétique. C'est celui de la finance verte qui regroupe l'ensemble des opérations financières dont la finalité est de favoriser la transition énergétique », explique le cabinet.

Auteur de l'étude, Flavien Vottero en dit plus sur l'avenir du financement des ENR en France :

La Tribune de l'énergie : Comment le marché français des énergies renouvelables est-il amené à évoluer ?

Flavien Vottero : Les dépenses dans les énergies renouvelables en France vont progresser graduellement au cours des prochaines années. Alors que l'investissement annuel moyen s'était établi à 6,3 milliards d'euros entre 2012 et 2018, il atteindra 7,5 milliards d'euros sur la période 2018-2023.

La réduction du coût des projets photovoltaïques et éoliens se poursuivra à moyen terme. En conséquence, la forte augmentation des constructions de nouvelles centrales ENR (+3,9 GW en moyenne entre 2008 et 2023 selon le scénario de Xerfi-Precepta) ne nécessitera pas un investissement financier aussi élevé que les années précédentes. A titre d'exemple, les appels d'offres annuels dans le photovoltaïque devraient ainsi plus que doubler d'ici 2023.

Ces besoins d'investissement seront facilement alimentés en raison de l'attrait grandissant des épargnants et des investisseurs institutionnels pour la finance verte. Les gérants d'actifs prennent aujourd'hui progressivement conscience que l'intégration des problématiques de développement durable, et plus particulièrement des enjeux climatiques, contribue à une gestion rigoureuse des risques -passifs environnementaux, risques réglementaires, physiques ou technologiques-, mais offre aussi une différenciation commerciale et favorise des stratégies d'investissement saines -avantage au premier entrant et politiques d'investissement axées sur la croissance et l'innovation-.

LTDE : Quels sont les besoins actuels en financement ?

F.V. : Les montages financiers de projets dans les énergies renouvelables ont principalement recours à de la dette bancaire, à des fonds propres ou de la levée de dette obligataire, à des mini-bons issus des plateformes de financement participatif.

Les instruments de financement mobilisés ne sont pas les mêmes selon l'avancement d'un projet de centrale électrique aux énergies renouvelables.

Les producteurs d'énergies renouvelables ont profité pendant de nombreuses années dans un système protégé leur garantissant un tarif préférentiel stable tout au long de la durée de vie de leurs infrastructures. Ce mécanisme appelé Feed-In Tariffs plaçait les énergies renouvelables en dehors du marché de l'électricité. Ce contexte réglementaire ultra-favorable a donné naissance à des montages financiers spécifiques reposant sur des financements sans recours. En d'autres termes, les capitaux propres et la dette bancaire injectés dans un projet étaient rémunérés par les cash flow générés -relativement stable et prévisible sur le long terme-. Le taux de rentabilité des investissements avoisinait entre 7% et 9%.

Toutefois, les mécanismes de soutien aux énergies renouvelables sont en cours de révision. Les tarifs d'achat garantis sont progressivement abolis pour les nouveaux projets depuis 2017. Les énergéticiens doivent aujourd'hui en partie composer avec une logique de marché. L'objectif est de rendre les producteurs d'ENR sensibles aux aléas de marché tout en leur garantissant de recouvrer leurs coûts fixes. Plus concrètement, la production d'électricité sera vendue sur le marché de gros et un complément de rémunération ex-post viendra compenser une possible chute des prix.

Ce nouveau mécanisme a pour conséquence une augmentation du risque portant sur les projets. Les montages financiers sont donc appelés à évoluer avec des niveaux de fonds propres accrus et une dette bancaire plus chère.

La fin de l'obligation d'achat d'électricité renouvelable, la baisse du rendement des centrales photovoltaïques et éoliennes en raison de l'épuisement du foncier qualitatif, le développement des nouvelles énergies renouvelables -biogaz, hydrolienne marine, etc.- pour lesquelles la maturité technologique n'a pas encore été atteinte sont autant d'arguments en faveur d'une augmentation des risques portant sur les projets ENR dans les prochaines années. Particulièrement averse au risque, les banques réduiront les vannes des crédits bancaires accordés aux énergéticiens. Ils privilégieront les opérations de refinancement ou les projets portés par leurs clients historiques.

« La finance verte est une thématique d'investissement à la mode »

LTDE : Que signifie la notion de risque en matière projets « renouvelables » ?

F.V. : Ce retrait des acteurs du crédit n'entravera pas le financement de la transition énergétique. Les encours des fonds verts devraient croître fortement d'ici 2023. Les attentes des investisseurs et épargnants en matière d'investissements social et responsable seront en effet de plus en plus en fortes. D'autant que ces placements alternatifs assurent des rendements élevés. Néanmoins, deux risques pointent sur le financement des ENR. Le premier serait la constitution d'une « bulle verte », avec l'afflux de fonds toujours plus nombreux finançant des projets plus risqués. Son éclatement entraînerait un assèchement durable des financements, mettant à mal les énergéticiens. Le second est la concurrence de projets dits « verts » mais sans liens avec les énergies renouvelables. Certains fonds se sont spécialisés dans la construction de logements à basse consommation énergétique, le transport durable, la gestion de l'eau et des déchets. Une acceptation trop large des investissements « verts » aurait pour impact une dilution du financement qui se ferait au détriment des énergies renouvelables.

Il est aussi important pour les nouveaux investisseurs de garder en tête que les projets dans les énergies renouvelables ne sont pas sans risque. De nombreux projets promus lors des appels d'offres publics, notamment dans le domaine de la biomasse, ne se sont pas concrétisés. Il faut dire que les démarches à effectuer jusqu'à la mise en service d'un site de méthanisation sont longues, que ce soit d'un point de vue réglementaire, administratif ou financier. Les projets peuvent aussi se heurter aux réticences des riverains, qui peuvent bloquer voire faire abandonner le projet. Par ailleurs, les nouveaux projets concerneront de plus en plus les nouvelles énergies renouvelables qui se caractérisent par de nombreuses défaillances technologiques et qui sont encore au stade de proof of concept. Les derniers évènements au sein de la filière hydrolienne en sont un parfait exemple.

Alors qu'il avait inauguré la première usine au monde d'assemblage d'hydroliennes un mois auparavant, Naval Group a annoncé subitement mettre fin à ses investissements dans ce segment des énergies marines en juillet 2018. Il avance l'absence de perspectives commerciales et des problèmes techniques liés à la corrosion des équipements pour justifier cette décision.

LTDE : Quelles sont les difficultés rencontrées dans le financement des projets ENR ?

F.V. : La principale difficulté pour les énergéticiens est le financement initial de la R&D. Une très grand frilosité existe dans ce domaine. La majorité du financement des phases initiales provient de subsides publics. Les fonds parapublics ont une stratégie d'investissement plus risquée. Ils sont notamment positionnés sur le financement des nouvelles énergies marines et du biogaz, des technologies qui ne sont pas encore matures. À l'inverse, les fournisseurs de crédits bancaires ont une forte aversion au risque, et focalisent leurs investissements sur l'éolien et le photovoltaïque -des technologies plus matures-.

Par ailleurs, la finance verte est une thématique d'investissement à la mode. Le risque est grand que les acteurs financiers usent de techniques marketing de « greenwashing » pour inciter l'investissement dans des fonds qui ne sont pas toujours en lien avec les enjeux de transition énergétique. Pour assainir les pratiques et encourager l'essor d'un marché de la finance verte vertueux, la Commission européenne a annoncé un paquet législatif dans le cadre du Plan d'action pour le financement de la croissance durable. Il comprend une uniformisation de la classification des actifs verts au niveau européen, la création d'indices de référence « bas carbone », un devoir d'information et de transparence de la part des investisseurs institutionnels. Ces décisions devraient avantager les acteurs les plus vertueux qui ont déjà recours à des labels. À l'inverse, les acteurs opportunistes pourraient se retirer s'il considère la législation trop contraignante. En conséquence, un assèchement des financements pourrait se produire.

LTDE : Le financement participatif en matière d'énergie renouvelables a battu de records en France l'an dernier (plus de 30 millions d'euros levés). Est-ce une solution crédible ?

F.V. : Les fonds levés en financement participatif dans des projets d'énergies renouvelables auront progressé de 50% en 2018, dépassant la barre des 30 millions d'euros. Les Français sont de plus en plus nombreux à investir sur les plateformes de crowdfunding. Ils plébiscitent notamment les énergies vertes pour leur rendement élevé -de 5% à 8% par an- par rapport aux placements traditionnels. Quant aux énergéticiens, ils peuvent bénéficier d'une prime lorsqu'ils recourent au financement participatif. Le photovoltaïque et l'éolien se partagent l'essentiel des sommes investies, presque exclusivement en dette (prêts, obligations, mini-bons).

Des évolutions réglementaires sont à attendre dans les prochains mois. Elles lèveront les derniers freins au développement du crowdfunding dans les ENR. Le plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte), en discussion au Parlement au second semestre 2018, prévoit un relèvement des seuils minimums de levée de fonds par projet, de 2,5 à 5 millions d'euros.

Malgré son dynamisme, la part des fonds issus du financement participatif restera marginale dans les montages financiers de projets ENR à moyen terme. Il faut dire que les plateformes de crowdfunding doivent composer avec de nombreux concurrents dans le financement des ENR.

Notre analyse de la capacité d'investissement des principales typologies d'opérateurs au sein du marché du financement des énergies renouvelables met en évidence le poids marginal des plateformes de financement participatif. Lendosphere, leader du crowdfunding vert a ainsi levé près de 25 millions d'euros depuis sa création en 2014. À l'inverse, les fonds et les yield co ont une capacité d'investissement conséquente. Le fonds d'Eiffel Investment Group destiné à la transition écologique a par exemple été abondé à hauteur de 350 millions d'euros.

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