Quand les grandes entreprises s'essaient au collaboratif

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« Il y a plusieurs façons d'appliquer à l'entreprise les principes de l'économie collaborative : intégrer progressivement des usages collaboratifs aux offres elles-mêmes ; prescrire les offres de nos partenaires dans les bons parcours, et aider nos collègues au contact direct des sociétaires dans la prescription de nos partenaires », détaille Thomas Ollivier, Maif.
« Il y a plusieurs façons d'appliquer à l'entreprise les principes de l'économie collaborative : intégrer progressivement des usages collaboratifs aux offres elles-mêmes ; prescrire les offres de nos partenaires dans les bons parcours, et aider nos collègues au contact direct des sociétaires dans la prescription de nos partenaires », détaille Thomas Ollivier, Maif. (Crédits : DR)
Certains secteurs sont plus directement concernés par le développement des plateformes, mais aucune entreprise ne peut plus faire fi de la digitalisation galopante de l'économie et de l'adhésion de ses clients et salariés aux principes collaboratifs.

L'économie collaborative n'existe pas, affirment les animateurs du think tank OuiShare. Mais le développement de la plateformisation, qui met en relation des fournisseurs et des clients, bouscule plus d'un secteur économique, à commencer par l'hôtellerie et le transport.

Accor, qui a racheté la plateforme Fastbooking il y a quelques mois pour contrer Booking, ne compte pas en rester là. Pour Vivek Badrinath, son directeur général adjoint marketing et digital, le succès de Airbnb révèle à la fois une appétence pour loger chez des particuliers et un besoin de voyager pas cher. À la première, et sur le segment haut de gamme, l'hôtelier répond par ses investissements dans Oasis Collection et Square Break et le rachat de One Fine Stay. Dans le même temps, le groupe teste des locations au lit dans des chambres partagées, et propose le parking collaboratif dans ses Ibis d'aéroport. Au-delà, des directeurs d'établissement phosphorent sur le parcours client et le concept même d'hôtel : pas seulement un lieu où passer la nuit, mais aussi où rencontrer les autres clients, voisins et salariés, où venir travailler, etc.

Pour Javier Creus, fondateur de Ideas for Change, qui les accompagne dans cette réflexion, « face à l'essor de l'économie collaborative, les grands groupes sont d'abord prisonniers de leurs idées ».

Si la SNCF souffre avant tout de la crise économique, responsable d'une forte baisse d'activité dans le transport de passagers et plus encore de marchandises, Cyril Garnier, directeur général de SNCF Développement, reconnaît volontiers la menace que représente l'essor du covoiturage et peut-être bientôt, du crowdshipping (livraison de colis entre particuliers). Mais le groupe voit aussi dans l'économie du partage une piste pour redynamiser les territoires fragilisés par l'évolution des technologies (on n'est plus à l'ère de la vapeur et rien ne justifie de maintenir certains sites en activité) et les contraintes économiques.

« Nous accompagnons les entreprises susceptibles de créer de l'emploi local », rappelle Cyril Garnier, justifiant sa prédilection pour une économie collaborative qui favorise les circuits courts et la proximité.

À l'heure de la digitalisation, qui bouleverse les relations avec les clients, certains misent aussi sur les ressorts de l'économie collaborative pour se distinguer de la concurrence. Ainsi le groupe Up (ex-Chèque déjeuner), habitué à traiter en BtoB avec les employeurs, ignorait tout jusqu'à présent du bénéficiaire final de ses chèques repas. Mais, à terme, la disparition des chèques papier remplacés par des cartes le met au contact direct de ses 26 millions de clients dans le monde.

« Il faut trouver le moyen d'embarquer cette communauté en créant une relation de confiance dans la durée », observe Yassir Fichtali, directeur des relations extérieures.

Il table sur l'image positive dont bénéficie la Scop (Société coopérative de production), sa dimension de « tiers de confiance », pour faire accepter les offres de services collaboratifs que le groupe entend être le premier à proposer à ses bénéficiaires pour se démarquer de ses concurrents.

L'opportunité de développer de nouvelles offres

D'autres secteurs, potentiellement menacés à terme par la désintermédiation, y voient aussi l'opportunité de développer de nouvelles offres. Ainsi l'assurance est attendue sur des produits adaptés à ces pratiques où l'usage remplace la possession.

« Il y a plusieurs façons d'appliquer à l'entreprise les principes de l'économie collaborative : intégrer progressivement des usages collaboratifs aux offres elles-mêmes ; prescrire les offres de nos partenaires dans les bons parcours, et aider nos collègues au contact direct des sociétaires dans la prescription de nos partenaires », détaille Thomas Ollivier, responsable économie collaborative et pratiques émergentes à la Maif.

Même son de cloche chez Axa, où Rodolphe Strauss, chargé des partenariats startup, l'affirme :

« Axa apprend énormément de l'économie collaborative qui l'aide à aller plus loin dans la transparence, la simplicité ou encore l'attention client, toutes valeurs caractéristiques de cette économie. »

Dans ce secteur très intermédié, le géant de l'assurance multiplie les voies de contact direct avec le client par des accès digitaux sur tous les supports disponibles et s'efforce de lui proposer des services pertinents au meilleur moment.

Manager autrement, une nécessité

Avec Maif Avenir, son fonds d'investissement doté de 125 millions d'euros, la mutuelle frappe fort. Mais tous ces groupes multiplient les interactions avec des startups, allant du simple partenariat à l'acquisition, en passant par l'incubation. Outre les innovations business qui en découlent, ce compagnonnage permet une modification des modes de management internes. Tous secteurs d'activité confondus, les entreprises traditionnelles font face au besoin d'attirer et de retenir les talents, face à des jeunes qui « valorisent plus l'autonomie et la dimension entrepreneuriale que la rémunération et la reconnaissance sociale », affirme Antonin Léonard, cofondateur de OuiShare, pour qui il s'agit de « réenchanter le monde de l'entreprise ». Un besoin d'autant plus criant que les talents du numérique, indispensables à la transformation des groupes, sont particulièrement rares.

À la Maif, l'équipe de Thomas Ollivier, passée de deux à 11 personnes en un an, est le premier lieu de test de nouveaux modes de management et d'organisation : pitchs quotidiens à la mode startup, stand-up mensuels où toute l'entreprise est conviée, management visuel sur écran affichant les réseaux sociaux, etc.

Les agents d'Axa, eux, vont visiter les startups partenaires et y découvrir de nouveaux risques (assurantiels). Chez Accor, qui organise des hackatons avec de jeunes voyageurs, un tout nouveau « shadow cabinet », composé de 12 jeunes à haut potentiel, s'exprime sur tous les dossiers du Comex officiel.

Chez SNCF Développement, qui soutient l'école de code Simplon et vient d'en ouvrir une antenne à Boulogne-sur-Mer, Cyril Garnier affirme que ces virées dans les mondes numériques et collaboratifs sont autant d'occasions de « déformer » les cadres du groupe, face à un besoin d'agilité croissante.

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Commentaires
a écrit le 19/05/2016 à 15:51 :
"...Dans le même temps, le groupe teste des locations au lit dans des chambres partagées..."
Ca va devenir chaud les missions professionnelles avec les collegues...c'est la nouvelle dynamique de groupe...;-)

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