Ces ruses de distributeurs européens contre le gaspillage alimentaire

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Vingt-cinq distributeurs européens sont signé un accord en 2012 promettant de lutter contre le gâchis alimentaire.
Vingt-cinq distributeurs européens sont signé un accord en 2012 promettant de lutter contre le gâchis alimentaire. (Crédits : Reuters)
La ministre de l'Environnement en France compte sur les distributeurs pour qu'ils adoptent les mesures anti-gaspillage censurées par les Sages. Certains en Europe n'ont pas attendu les lois pour tenter de réduire le gâchis, ou du moins de montrer leur bonne volonté.

Plus de 80 kilos de denrées alimentaires gâchées par Français et par an. Un scandale pour les uns en passe de se muer en opportunité pour d'autres. Pour lutter contre ce phénomène, les distributeurs ont accepté jeudi 27 août d'appliquer des mesures auxquelles la loi devait les contraindre avant la censure par le Conseil constitutionnel.

Malgré quelques rebuffades médiatiques, Système U, Intermarché, Casino, Leclerc, Carrefour, Aldi, Auchan, Cora, Lidl et Picard ont signé le texte proposé par la ministre de l'Environnement, Ségolène Royal. Celui-ci prévoit que toutes les dispositions de l'article 103 de la loi de Transition énergétique soient appliquées, comme la redistribution des invendus comestibles à des associations pour les magasins de plus de 400 m2. "Nous sommes passés d'une ambiance assez tendue vers un esprit de convergence. [Ces entreprises] ont compris qu'elles avaient tout intérêt à appliquer ces mesures", a commenté la ministre après cette réunion qui a duré un peu plus longtemps que prévu. A l'instar de certains de leurs concurrents européens, des enseignes surfent même sur la vague pour transformer le gâchis en opportunité commerciale.

Produits bradés

Une manière pour les distributeurs de concilier leurs objectifs de profits avec la lutte contre le gaspillage consiste à mettre en avant et promouvoir les produits aux dates de péremption courtes. En France, la start-up nantaise Zéro-Gâchis s'est même spécialisée dans ce créneau. Elle étend ses activités en Belgique et en Italie. Paul-Adrien Menez, son dirigeant et fondateur explique:

"Les pays du Nord de l'Europe sont déjà bien organisés et les grandes surfaces ont tendance à moins gaspiller qu'ailleurs. En Italie, le concept consistant à vendre moins cher à date courte commence à se développer. Il a d'autant plus de potentiel que les consommateurs sont très sensibles aux réductions. Il n'est pas rare de voir des étiquettes -20% sur tous les produits".

Cette start-up nantaise propose déjà en France à des magasins de mettre en avant dans des rayons spéciaux ou grâce à des promotions, les produits dont les dates limites de consommation ou les dates de durabilité (dates limites d'utilisation optimale ou DLUO) sont imminentes.

L'accord signé le 27 août prévoit d'ailleurs du nouveau pour ces dates limites. Les  DLUO seront d'ailleurs supprimées sur une liste de produits secs - comme le sucre - que Ségolène Royal dit vouloir étendre. Quant aux dates limites de consommations (DLC), pour les produits frais, il est question de demander aux industriels de "jouer le jeu" et éviter de n'afficher que des dates courtes alors que les produits pourraient être comestibles bien plus longtemps.

Grande-Bretagne: paquets percés et "Best before"

Une chaîne britannique "the Co-operative group" prône quand à elle la perforation des sachets emballant les fruits et légumes, ce qui permettrait de réduire les moisissures "de 33 à 50%".

Dans les pays anglo-saxons, une autre initiative, qui concerne plutôt les industriels consiste à indiquer, pour les produits secs la mention "best before", c'est-à-dire la date au-delà de laquelle les qualités gustatives ne sont plus garanties. Sans pour autant que l'ingestion du produit soit dangereux pour la santé.

Les dates de péremption lointaines interdites de rayon?

Delhaize supprimerait de ses rayons les produits aux "vieilles" dates de péremption? Pas tout à fait... L'article paru le 19 juillet dans la presse belge a suscité quelque embarras au sein du groupe belge. D'après cet article, il demanderait désormais à ses employés de jouer sur la rotation des produits sur les linéaires. Le principe: placer moins de produits en rayon, et uniquement des dates limites de consommation identiques et courtes. Le reste devant être conservé hors de la vue des consommateurs. Le but étant de lutter contre une fâcheuse tendance de certains à fouiller derrière les premiers rangs afin de prendre le produit qui affiche la date de péremption la plus lointaine.

"En réalité, nos pratiques de placement des produits en rayon ont évolué depuis plusieurs années, elles existent aussi chez d'autres distributeurs et n'ont pas forcément pour but de lutter contre le gaspillage alimentaire", nuance Roel Dekelver, porte-parole de l'enseigne, interviewé par La Tribune. "Pour les clients qui souhaitent faire leurs courses une semaine à l'avance, il est évidemment toujours possible de trouver des produits aux dates de péremption plus éloignées", note-t-il. Elles sont simplement un peu moins visibles et moins nombreuses. Contre le gaspillage, les solutions de Delhaize restent plus "classiques": campagnes d'informations auprès des consommateurs pour réduire les déchets ménages, auprès des industriels afin qu'ils améliorent leurs emballages, et dons d'aliments aux associations, vente de "légumes moches". Aucune communication sur les résultats de ces campagne en matière de réduction des déchets ne sont communiqués.

>> A lire aussi: Les leçons de Herstal, commnune belge où les supermarchés doivent donner leurs invendus

Les campagnes de com'

Paris n'est évidemment pas la seule à vouloir lutter contre le gâchis alimentaire. Les débats sur les moyens de le réduire agite la plupart des pays européens. Sous l'égide d'Eurocommerce l'association de défense de leurs intérêts à Bruxelles, 25 entreprises de distribution ont signé un accord en 2012. La promesse principale se cantonne à promettre le lancement de campagne de communication auprès de la clientèle.

Et en France?

Parmi les signataires figurent les français Carrefour, Casino et Auchan. Depuis le début de l'année 2014, ce dernier a également lancé une initiative qui concerne les promotions depuis . Le principe? Dans la série "pour un produit acheté, le deuxième offert", le deuxième en question est à retirer en magasin... la semaine suivante. Une manière d'éviter qu'un trop gros stock acheté en une seule fois par un consommateur ne finisse en partie à la poubelle, juste parce que son prix paraissait alléchant. En bonus, le client en question est incité à revenir en magasin, ce qui donne d'autres occasions de faire grossir son panier.

Cette idée, rapportée des Etats-Unis par une employée d'Auchan, "présente le double intérêt de fidéliser les clients tout en présentant un moyen de lutter contre le gaspillage", selon ses initiateurs. Et apparemment le premier point n'a rien de négligeable, puisque 4 millions de clients en auraient trouvé l'usage. Signe que les distributeur peuvent trouver des raisons très pragmatiques de s'intéresser à la lutte contre le gaspillage. En attendant, le texte signé jeudi en France n'est pas contraignant et sera seulement soumis à un point d'étape dans trois mois. Si la bonne volonté des distributeurs ne se révèle pas suffisante "il y aura une loi", a affirmé la ministre.

(Article mis à jour le 28/08/2015)

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Commentaires
a écrit le 28/08/2015 à 11:41 :
Fouiller dans le rayon, parfois, j'ai vu l'autre jour du beurre en rouleau avec une semaine de "durée de vie". Je mets 2 mois à le consommer, je préfère en trouver à date lointaine. Mais si je prévois d'en faire une pâtisserie, la date n'importe plus (usage presque immédiat).
a écrit le 28/08/2015 à 11:38 :
Les plus grands" gâcheurs" de nourriture sont nos chères et tendres enfants qui dans notre société de consommation ont l'habitude d'entamer un produit et de ne jamais le finir sous l'œil complice des parents qui ont démissionnés de leur fonction d'éducation.
a écrit le 28/08/2015 à 11:33 :
Le résultat dans un premier sera une gestion plus fine et pointue des stocks des magasins dont les gérants salariés n'avaient pas pris conscience de l'ampleur du phénomène.Pour les petits magasins l'épicier et sa famille mange déja les invendus.
Dans un 2ème temps se posera la question si c'est plus rentable d'être de temps en temps en rupture de stock d'un produit plutôt que de le jeter.
a écrit le 28/08/2015 à 11:03 :
Et dire que les gens vont encore au supermarché pour faire leur courses.
Prenez le temps de faire des courses dans des magasins qui utilisent des produits locaux et de saison, le mieux étant bio. Privélégiez les produits venant de microferme bio-intensive ! Votre porte-monnaie, vos agriculteurs et votre conscience vous remercieront.
Un cadre souvent pressé.
Réponse de le 28/08/2015 à 12:40 :
Non, non, ces produits sont beaucoup plus chers quand on habite en ville; donc à réserver aux bien lotis
Réponse de le 29/08/2015 à 11:40 :
Les produits locaux sont beaucoup plus cher qu'en grande surface, pareil pour le marché, entre 0,30€ et 1,50€ plus cher au kilos selon les produits. Pour que se soit rentable, il faut habiter dans une région agricole/productive et hors agglomération.
a écrit le 28/08/2015 à 10:54 :
Et nos journalistes oublient trop souvent de condamner la vente par lots dont les enseignes françaises se sont faits les rois. Boîtes pour chat ou chien vendus par 6, 8 voire plus, conserves par 3 ou 4 avec impossibilité de délotter car produit sans code barres... savons vendus par 6 ou 8, café vendu par kilo voire en lot de 2 kilos, produits sous vide type fromage ou jambon vendu en 200g voire 300 g pour le fromage, idem pour la viande à la découpe, bref,....des façons déguisées de pousser à la conso et surtout au gâchis. Regardez donc les dépliants publicitaires français, cela devient du délire tant la vente par lot semble la règle. Chaque client devrait avoir le choix d'acheter 1,2, 4 ou plus d'exemplaires de chaque produit sans être obligé d'acheter par lot! Ma technique, je delotte systématiquement! Et quand le produit n'est pas référencé, et bien je le laisse à la caisse....tout simplement!
Réponse de le 28/08/2015 à 12:48 :
D'accord avec vous : la société n'est pas faite pour les gens qui vivent seuls : impôts, vacances, ... etc
L'ennui, c'est que les portions individuelles coutent beaucoup plus cher. Donc le choix est simple : acheter plus cher des portions individuelles ou acheter moins cher, en grande quantité des aliments qu'on a une chance de cuisiner, servir à ses amis, offrir, ... Mon choix est fait : je préfère, en général, la 2ème solution
Je comprends les fabricants. Le prix de revient de 300g de jambon est inférieur à celui de 3X100g du même jambon !
a écrit le 28/08/2015 à 9:45 :
"Dans la série "pour un produit acheté, le deuxième offert", " si ce sont deux poulets, sûr que ça va encombrer d'en emporter eux (ça me fait 4 jours, pas question d'en remanger encore quatre jours, même du bon). Une fois chez Lec** c'étaient deux rôtis de 1Kg qui arrivaient au bout, attachés ensemble. Que faire de ça ???? Le pain c'était pareil mais ont inventé un code barre "mi-prix" afin de payer l'unité moins cher. (chez GeantCas***, le mi-prix n'est qu'à -25%, faut pas trop abuser quand même, gagner zéro, c'est pas bon)
Ça m'arrivait d'acheter un duo de barquettes de saumon quand c'était dans le rayon 'normal', pas stocké à part dans un coin 'zéro gâchis' où on ne trouve rien d'intéressant (si je viens acheter du poisson, la viande ou autre ne m'intéresse pas, c'était pourtant pratique avec les autres) et il faut s'y rendre. J'en prenait un pour le midi et stockait le reste, emballé un par un, au congélateur pour plus tard, dans un mois ou deux.
J'ai du pain d'avance, congelé (je le fais tourner, nouveau stocké sous l'ancien qui sera décongelé) pour dépanner et pas avoir à courir chaque jour.
Sait-on si les épluchures sont comptées dans les poids jetés ? Certains comptent les peaux de banane. J'en donne, qui veut les consommer ??
Je ne jette rien de comestibles, alimentaire (sauf une pomme de terre qui a pourri), la moyenne veut dire que certains jettent deux, trois, cinq fois plus. Un classique est le pain. En Suisse (France aussi), j'ai vu une boîte (éleveur de poules ?) où on peut mettre son pain rassis, à défaut de le valoriser ou faire du pain perdu.
Réponse de le 28/08/2015 à 12:55 :
Vous avez du temps, vous savez cuisiner. Très bien!
Calcul rapide : en dehors du désagrément : combien coute un consultation chez le toubib ? Les médicaments pour soigner l'intoxication (légère) ? Certainement moins cher qu'une cuise de poulet avariée, non ?
Réponse de le 29/08/2015 à 11:35 :
@ dominique S : cuisse de poulet avarié, vous trouvez ça où ? Je n'achète (rarement) de poulet qu'entier pour le cuire (dans un diable, pour pas salir), les cuisses, qui sait d'où ça vient (poulet mou élevé vite, ou importé du Brésil) ? (si j'achète trois boudins, j'en mange trois midi de suite, c'est contraignant mais organisé comme ça, pas gâcher, ni laisser 'moisir').
Un médecin de ville, en ai pas vu depuis 10 ans au moins (y avait la médecine du travail pour la biologie, dosages sanguins, ..)...
Chaque cas est différent, j'imagine que du poisson ou des cuisses de poulet, ça ne se gère pas pareil. Ils sont emballés sous atmosphère neutre (azote, y en a 80% dans l'air mais avec 20% d'oxygène, quand on ouvre, ce qui reste est exposé, ne pas le laisser trop trainer, même au frais).
Quelqu'un signalait, concernant la chaine du froid, que sortir en été des saucisses le matin pour les griller le midi, c'était pas bien du tout, faut les jeter (développement microbien). On doit les sortir du froid un peu avant mais pas les abandonner au chaud.
NE PAS SE LAISSER MANIPULER par des offres artificielles, savoir de quoi on a besoin, et les laisser avec leurs méthodes commerciales si pas besoin (souvent, je tourne les pages de leurs pubs, et ne trouve rien de ce que j'achète habituellement -> recyclage immédiat).
a écrit le 28/08/2015 à 8:39 :
" Le but étant de lutter contre une fâcheuse tendance de certains à fouiller derrière les premiers rangs afin de prendre le produit qui affiche la date de péremption la plus lointaine."

Et donc si je sais que la semaine qui vient je n'aurais pas le temps de faire des courses parce que je travaille, je devrais obligatoirement manger du pain sec ?

Super. Merci.
Réponse de le 28/08/2015 à 10:58 :
vendre un produit frais moins cher quand la date approche certes, mais quand il reste au moins 3 ou 4 jours . car vendre du lait frais soldé à 25 ou 50% quand la date est arrivée n'a aucun sens! Spécialité des magasins Carrefour et Carrefour market. ( entre autre car ils sont les rois de la vente par lot d'ailleurs...)
Réponse de le 28/08/2015 à 13:02 :
Que celui qui prévoit de régaler 15 personnes avec 30 œufs, 15 tranches de jambon, ... dans les 2 jours, c'est choquant !
En revanche, que celui qui vit seul, cherche les dates les plus éloignées pour choisir ses œufs ou ses tranches de jambon, c'est normal. Il n'est pas certain de les consommer et, à la base, il paye + cher rapporté au g !

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