Les professionnels du tourisme anxieux pour la saison d'été
Pierre Manière
Pierre Manière
Touchés par la morosité économique à la fin du second semestre 2008, les principaux acteurs français du tourisme envisagent l'été dans l'incertitude. Qu'ils soient hôteliers, responsables d'agences de voyage ou tour-opérateurs, tous misent sur un rattrapage de leurs réservations. Lesquels se situent à des niveaux particulièrement bas actuellement.
Parmi les premiers touchés par la crise économique, l'hôtellerie et la restauration. En 2008, les hôtels de tourisme ont enregistré 198 millions de nuitées, soit 0,6% de moins qu'en 2007, déplorait lundi Hervé Novelli, le secrétaire d'Etat au tourisme, lors de la présentation du bilan de l'activité du secteur. "On a connu une très nette dégradation de notre activité dès le mois de juin, surtout dans le haut de gamme. C'est devenu très difficile à partir des mois d'octobre, novembre et décembre", s'alarme Christine Pujol, présidente de l'UMIH, l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie.
"Alors certes, la saison hivernale - caractérisée par un excellent enneigement, NDLR - a été moins mauvaise que prévue, mais on ne voit plus les touristes étrangers, les touristes anglais notamment...", ajoute-t-elle. Une tendance, qui, conjuguée à la baisse du pouvoir du pouvoir d'achat des Français l'"inquiète terriblement pour cet été". "On n'a pas de visibilité au niveau des réservations : tout ce que j'espère, c'est qu'on aura pas de baisse d'activité supérieure à 10% par rapport à l'an passé", achève Christine Pujol.
"Des retards dans les réservations difficile à rattraper"
Du côté des tours-opérateurs et des agences de voyages, l'incertitude domine. Sur la période allant du mois de novembre au mois de février, les ventes de voyages à forfait accusent une baisse de 7,2% par rapport à l'an passé, correspondant à une baisse de chiffre d'affaires de 4%, témoigne René-Marc Chikli, président de l'association des tour-opérateurs (Ceto). "Concernant les vacances d'hivers, on a eu 20% de réservations en moins par rapport à 2008. Mais comme les gens ne se décident que 15 jours avant leur départ, il y a eu un certain rattrapage...", précise-t-il.
"A vrai dire, je suis plutôt confiant pour la période juillet-août : les gens se décideront, mais au dernier moment, ajoute René-Marc Chikli. Ce qui est préoccupant, c'est l'activité des mois de mai et juin : les gens font attention car en cette période de crise, ils ne savent pas de quoi demain sera fait", estime-t-il.
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A l'opposé, Georges Colson, président du Snav, le syndicat national des agences de voyages, estime que "ces retards seront difficile à rattraper". D'après lui, les retards cumulés au niveau des réservations se situent entre 20% et 25% pour la période présente par rapport à l'an passé. "Il faut être réaliste quant à la situation du pouvoir d'achat, du chômage et des pertes d'emploi", ajoute-t-il.
Un avis partagé par Patrice Caradec, le PDG du tour-opérateur Transat France. "Il faut savoir que pour l'été, on commence à vendre nos voyages dès les mois de janvier et de février. Or, le retard à l'allumage est important : sur les longs courriers en particulier, on accuse un retard au niveau des réservations supérieur à 15% par rapport à 2008 ! Certaines destinations sont pour l'heure boudées, comme l'Amérique du Nord..."
Une batterie d'offres promotionnelles et évènementielles
Le point sensible sur lequel bute la clientèle, c'est le prix. Comme d'autres tour-opérateurs, Transat a mis en place toute une batterie d'offres promotionnelles et évènementielles. "On offre le voyage aux enfants pour inciter les familles à partir ; pour les couples, on met en place des réductions sur la deuxième personne ; les personnes âgées se voient proposer des voyages plus longs", égrène Patrice Caradec. A cet arsenal s'ajoutent les plus classiques décotes tarifaires, "de l'ordre de 10 à 15%" sur certains voyages. Des baisses de prix qui résultent de renégociations avec les hôtels, ainsi qu'avec les compagnies aériennes, enclines à faire des efforts sur les prix des billets avec la baisse du prix du pétrole.
Spécialiste des voyages bon marché, "discount", dans les pays méditerranéens, Marmara envisage quant à lui l'été avec sérénité. "Après un hiver satisfaisant", caractérisé là encore par des réservations tardives, l'été s'annonce "aussi bon", affirme Hervé Vighier, le patron de Marmara. "On a pris du retard dans nos réservations au début de l'année, mais petit à petit, les choses s'améliorent. On a notamment fait un très bon mois d'avril, sauf pour l'Egypte et le Maroc, des destinations qui ne se portent pas bien", poursuit-il. Selon lui, "à l'heure où les gens achètent "intelligent", le groupe propose déjà les produits les moins chers du marché". Il faut débourser, par exemple, environ 339 euros pour un voyage de 7 jours en Turquie pour les mois d'avril et d'octobre.
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Si au jeu des prévisions, les professionnels sont partagés, il en va de même pour les dernières études publiées. A en croire un sondage Ipsos pour France Bleu réalisé à la mi-mars, 51% des Français ne prendront pas de vacances cet été. Un résultat contesté par Protourisme. Dans sa dernière étude publiée ce lundi, la société de conseil estime que 65% des Français envisagent de partir en vacances cet été, "soit 5 point de plus que l'an dernier".
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