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Les startups de la mobilité face au confinement, la possibilité d'un désastre?

Photo de Nabil Bourassi

Nabil Bourassi

Publié le 26 mars 2020 à 07:30 - Mis à jour le 26 mars 2020 à 09:28

Uber a suspendu ses services de vélos et de trottinettes en libre service dans le contexte de confinement imposé pour lutter contre la pandémie de Coronavirus.

Uber a suspendu ses services de vélos et de trottinettes en libre service dans le contexte de confinement imposé pour lutter contre la pandémie de Coronavirus.

Uber

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Les startups spécialisées dans la mobilité digitalisée ont vu leur activité plonger depuis la proclamation de l'état de confinement général pour lutter contre la pandémie de coronavirus. Fondées sur un équilibre économique extrêmement précaire, certaines sont en danger absolu si la situation devait durer trop longtemps. D'autres sont plus optimistes et comptent sur le soutien de l'Etat...

Après le transport aérien, et l'industrie automobile, c'est une autre facette de la mobilité qui est frappée de plein fouet par la crise du coronavirus, celle dite des Mobitechs, ou ces startups spécialisées dans la mobilité digitalisée. Covoiturage, véhicules (voiture, vélo, scooters, trottinettes) en libre-service, transport avec chauffeur... Avec l'état exceptionnel de confinement, tous ces services sont tout bonnement suspendus. Avec la deuxième version de l'attestation dérogatoire de déplacement, il est désormais interdit de quitter son domicile au-delà d'un rayon d'un kilomètre. Autrement dit, la mobilité sera désormais essentiellement assurée par les pieds. D'autant que la mobilité partagée pourrait souffrir du risque de contamination. "On est sur un écosystème qui tourne à maximum 15% de ses capacités", estime Alexandre Quintard, fondateur du cabinet de conseil en stratégie et en politiques publiques Cardinal.

Pour les startups de la mobilité, cette bascule est une véritable catastrophe. Déjà fondées sur des modèles économiques en plein rodage et rarement rentables, l'absence d'activité risque de plomber leur trésorerie et les mettre en risque.

Les startups "n'ont pas de trésor de guerre"

"La nature même d'une startup, c'est de consommer sa trésorerie pour se développer, et faire croître ses parts de marché... Elle ne peut pas constituer de trésor de guerre. Les boîtes qui ne sont pas adossées à de grands groupes qui ont du cash à disposition ont des raisons de s'inquiéter", s'alarme Alexandre Quintard, et de prophétiser:

"Si l'état de confinement dure quatre semaines, il y aura certainement des entreprises qui feront faillite, si cela dure six à huit semaines ou plus, cette crise va coûter très cher au secteur de la mobilité et des transports".

Chez Cityscoot, on confirme que le moment est très difficile. "Nous avons dû mettre une grande partie de nos effectifs au chômage partiel, mais nous avons d'autres charges comme les locaux, les assurances, ou le leasing...", explique à La Tribune, Bertrand Fleurose, son PDG et fondateur. Pour l'entreprise, c'est la double peine puisqu'en 2019, l'opérateur avait ouvert deux villes à l'international: Milan et Rome, soit deux villes soumises au régime du confinement depuis déjà un mois! "A Rome, notre activité commençait tout juste à décoller lorsque le coronavirus est arrivé", déplore Bertrand Fleurose.

Pour autant, les opérateurs de mobilité réagissent en ordre dispersé. Certains ont décidé de fermer leur service. Bird et Voi ont ainsi suspendu leurs opérations en Europe. Uber a arrêté Jump (vélo et trottinette) et son service Uber-pool qui permet de partager un trajet VTC. De son côté, Bertrand Fleurose a exclu une telle solution: "Nous sommes obligés de maintenir un minimum d'activité pour préserver les batteries de nos scooters. Si on les perd, la perte serait beaucoup trop importante". Chez Klaxit, le spécialiste du covoiturage courte-distance, le service est également maintenu. Les deux sociétés ont mis leur plateforme à disposition du corps médical, dans un contexte d'urgence sanitaire.

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Le cash continue à brûler

En attendant, les Mobitechs continuent à consommer du cash... Le secteur de la mobilité va-t-il être emporté par un collapse généralisé ? Pour Julien Honnart, fondateur de Klaxit et président de l'Alliance des mobilités, à court terme, "la viabilité économique ou la maturité de leur business model ne sauveront pas les entreprises qui ont des problèmes de trésorerie. Ce qui sera déterminant pour les entreprises c'est le stade dans lequel se trouve leur processus de levée de fonds. Si ce n'est pas encore conclu, ce sera très compliqué..."

Cityscoot a ainsi pu lever 30 millions d'euros en janvier. "Nous avons suffisamment de trésorerie pour tenir, mais notre plan d'investissements est en suspens, et nous pourrions enregistrer un exercice en perte, contrairement à notre objectif de rentabilité", nous indique son fondateur. Julien Honnart, lui, n'a pas renoncé à ce que Klaxit enregistre un exercice dans le vert cette année, mais il admet que ce sera plus difficile que prévu. "Nous avons mis en pause tous nos lancements de programmes, mais nous poursuivons notre travail avec les collectivités et entreprises pour continuer à déployer notre service", déclare le patron de Klaxit. En d'autres termes, le business continue. D'autant que Julien Honnart en est convaincu, le gouvernement prépare un plan de relance qui sera favorable au secteur: "Le plan de relance qui se prépare sera probablement tourné vers la transition énergétique, le secteur de la mobilité est le mieux placé pour être le réceptacle de cette ambition publique".

Bpifrance en soutien

En outre, les autorités publiques ont décidé de faciliter la trésorerie des entreprises pour les aider à passer ce mauvais moment. "Nous avons la chance d'être une entreprise française. L'État aide les entreprises françaises quoiqu'il en coûte, j'ai pu le vérifier auprès de BPI qui a mis en place des dispositifs de soutien exceptionnels", confirme Bertrand Fleurose.

Quid du jour d'après ? Dans une période où les Français ont été contraints au télétravail et à une mobilité de proximité, ne vont-ils pas adopter de nouveaux comportements ? "Le problème des grandes agglomérations restera inchangé après la crise du coronavirus, elles resteront congestionnées et les besoins de mobilité seront toujours très importants. Le phénomène de partage de voiture est inéluctable", tranche Julien Honnart. Philosophe, Alexandre Quintard en appelle à la nature même de l'homme : 

"le propre de l'homo sapiens c'est d'être social, il a besoin de se réunir avec ses pairs, se mouvoir pour s'adapter".

Impossible pourtant de ne pas imaginer un impact, d'autant que la crise du coronavirus succède à une autre période de confinement contraint, celui des grèves des transports en commun de décembre et janvier qui avait vu le télétravail faire un boum.

"Je ne crois pas au confinement sur le long-terme. Le télétravail pourrait prendre un nouvel essor parce que les entreprises vont devoir mettre en place de nouvelles méthodes de travail plus numériques et fluides. La crise est une opportunité pour décloisonner les salariés en leur donnant une plus grande liberté sur leur organisation de travail, en leur permettant de mieux articuler le pro et le perso", analyse Alexandre Quintard. 

Ainsi, l'ère de l'immobilité n'est pas pour demain...

Nabil Bourassi

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