Salle contre salon, le match de l’innovation dans le cinéma

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La salle de cinéma n'a plus le monopole de la qualité d'image, ni du son multicanal. Car le cinéma de salon monte en gamme. Avec le boîtier de connexion à Internet aux performances audiovisuelles accrues, le grand écran plat, la barre de son et les autres équipements de home cinéma, le salon rivalise de plus en plus avec la salle.
La salle de cinéma n'a plus le monopole de la qualité d'image, ni du son multicanal. Car le cinéma de salon monte en gamme. Avec le boîtier de connexion à Internet aux performances audiovisuelles accrues, le grand écran plat, la barre de son et les autres équipements de home cinéma, le salon rivalise de plus en plus avec la salle. (Crédits : Reuters)
Alors que le Festival de Cannes vient de s'ouvrir, un combat sans paillettes se joue en arrière-plan : le home cinéma devient un sérieux rival des classiques salles obscures, même numérisées.

La bataille cinématographique entre la salle et le salon est engagée. Ces deux espaces de divertissement se sont lancés dans un concours d'innovation numérique afin de rallier le plus grand nombre de spectateurs et de cinéphiles.

La salle de cinéma n'a plus le monopole de la qualité d'image, ni du son multicanal. Car le cinéma de salon monte en gamme. Avec le boîtier de connexion à Internet aux performances audiovisuelles accrues, le grand écran plat, la barre de son et les autres équipements de home cinéma, le salon rivalise de plus en plus avec la salle.

« Seul le film dans la salle de cinéma permet de partager une émotion collective que l'on ne retrouve pas chez soi », diront les producteurs-distributeurs de films et les exploitants de salles.

Mais à l'heure des réseaux sociaux et du partage numérique, on peut échanger instantanément ses impressions sur des films avec ses « amis », sans avoir à se retrouver à rire, à pleurer ou à frissonner en même temps que des inconnus dans la même salle obscure...

La chronologie des médias est-elle un archaïsme ?

La France compte plus de 5.500 écrans de cinéma. Un record européen qui place l'Hexagone à la quatrième place mondiale derrière la Chine, les États-Unis et l'Inde. Et leur nombre est en progression constante, de quelques salles chaque année depuis dix ans, en raison notamment de l'expansion du parc de multiplexes, qui comptent au moins huit écrans.

Désormais, la totalité des salles obscures françaises sont équipées pour faire de la projection numérique et, pour plus de la moitié d'entre elles, dotées d'écrans « 3D ». Si la plupart des écrans sont encore en haute définition dite 2K (comprenez une image numérique d'environ 2048 par 1080 pixels, soit 2 kilo-octets par ligne), l'évolution des salles de cinéma vers l'ultra-haute définition ou 4K (4096 par 2160 pixels) est en marche.

La qualité d'image est même promise à plus de luminosité grâce aux projecteurs à laser, qui devraient à terme renvoyer les lampes classiques (xenon ou mercure) au rayon des antiquités. Cette puissance de lumière dans les salles obscures devrait profiter aux films en 3D dévoreurs de luminosité.

Le son n'est pas en reste : le standard analogique Dolby SR a été remplacé par le son numérique multicanal en Dolby Digital 5.1 apparu dans les années 1990, voire par le Digital Theater System (DTS). Aujourd'hui, le son numérique des salles de cinéma est au format 6.1 ou 7.1. Et avec l'arrivée du format Dolby Atmos, c'est la promesse d'un son vertical en plus.

Les salles de cinéma ont ainsi de nouveaux atouts pour résister à l'attrait du cinéma de salon, mais pas seulement technologiques. En effet, elles bénéficient en outre d'une exclusivité de diffusion de quatre mois dès la sortie d'un film. La « chronologie des médias », qui régit depuis plus de trente ans la diffusion des films, empêche par exemple qu'ils soient à la fois projetés dans les salles obscures et sur les plateformes de VOD.

Ces dernières doivent attendre leur tour, comme les éditeurs de DVD/Blu-ray. Pourtant, la fréquentation de ces salles s'essouffle au point d'être passée sous la barre des 200 millions d'entrées en 2013 (-5,3%). L'année 2014 est bien repassée au dessus (+7,7%) grâce à Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?, Supercondriaque et Lucy. Cette année pourrait être aussi un bon cru, si les succès se poursuivent après ceux de La Famille Bélier, Papa ou Maman ou encore Bis. Les salles de cinéma s'en tirent donc à bon compte grâce à la fraîcheur des films qui leur est garantie depuis trois décennies.

Or la chronologie des médias a été instaurée au moment où Internet et la pratique du cinéma à la demande n'existaient pas encore. Cet avantage, qui constitue un monopole dans l'exploitation de films, profite à un peu plus de 2.000 établissements, dont la capacité moyenne est de 533 fauteuils.

Tandis que les usages des spectateurs ont, eux, radicalement changé. Les 28 millions de foyers que compte la France, soit autant ou presque de salons équipés de téléviseurs haute définition, apprécieraient eux aussi d'avoir accès à des nouveautés cinématographiques en VOD sans attendre quatre mois (voire trente-six mois pour la vidéo à la demande par abonnement, ou SVOD).

Alors que l'écran plat de télévision a fêté ses dix ans en France, le home cinéma est appelé à devenir le plus grand rival des salles de cinéma. Ces ensembles audiovisuels, qui permettent de reproduire les effets d'une salle de cinéma à la maison, apportent aux spectateurs un confort visuel et auditif sans précédent à domicile. Selon le cabinet d'études GfK, il s'est vendu 845000 de ces équipements l'an dernier en France (pour un chiffre d'affaires de 253 millions d'euros). Et la croissance de ce segment de marché devrait être de 5 % cette année.

La course aux nouveautés technologiques

Un ensemble home cinéma est composé d'éléments qui peuvent être vendus séparément ou assemblés, tels que lecteur DVD/ Blu-ray, barre de son (580.000 unités seront vendues cette année), projecteur vidéo, enceintes et amplificateur pour un son 2.1, 5.1, 6.1, voire 7.1., ainsi que meuble de support. Les technologies du sans-fil de type Bluetooth, wi-fi, Airplay ou encore DLNA permettent d'interconnecter facilement les appareils. La taille moyenne des écrans plats achetés est de 36 pouces de diagonale en moyenne (91 cm), mais les grandes tailles (de 46 à plus de 56 pouces) gagnent du terrain.

Sur les 5,8 millions d'écrans plats écoulés en France l'an dernier (pour un chiffre d'affaires de 2,4 milliards d'euros), 210.000 étaient en ultra-haute définition de type 4K - une proportion qui devrait atteindre les 800.000 unités cette année.

Cette croissance exponentielle de l'ultra-HD dans les salons devrait se poursuivre : sur les quelque 50 millions de téléviseurs vendus au cours de ces dix dernières années sur le marché français, une bonne partie sont en train d'atteindre la limite d'âge. Les salons sont donc entrés dans une phase de renouvellement des équipements, au profit de plus de home cinéma.

Et plus les écrans achetés seront grands, plus ils seront en 4K. Tous les appareils fabriqués depuis 2012 sont compatibles avec la norme de codage numérique Mpeg4 pour la haute définition, laquelle sera généralisée en avril 2016 à l'ensemble des chaînes de la TNT française. Mais se profile déjà à l'horizon la technologie de compression HEVC (ou norme H.265) pour la diffusion ultra-HD. Les boîtiers des fournisseurs d'accès à Internet (FAI) se mettent aussi à la 4K. On le voit, le salon est maintenant fin prêt pour profiter, comme la salle, des nouveaux films dès leur sortie...

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a écrit le 17/05/2015 à 19:39 :
Le cinéma, comme toute forme d'expression artistique, a produit des chefs-d'oeuvres, et a ensuite très naturellement été envahi par des gens qui sont plus des faiseurs que des artistes. Il y a donc plus de productions, mais moins d'excitation. Autrement dit pléthore, dont beaucoup de réchauffé, et pas mal d'ennui.
C'est un processus naturel. Et ce n'est ni les systèmes de subventions, comme le CNC en France, ni les discours grandiloquents et auto satisfait sur le 7ième art, comme on en entend aux césars et à Cannes, ni des innovations bidons comme la 3D, qui y changeront quelque choses.
La question, c'est : c'est quoi le prochain grand truc ?
Réponse de le 17/05/2015 à 20:49 :
Asimon. Si tout était normal et logique, nous aurions tous des vidéoprojecteurs à la maison.. Là, nous parlons de la diffusion, pas de la création...
Réponse de le 18/05/2015 à 9:27 :
Yvan. Merci pour la réponse, et bien d'accord avec vous. Mais puisque le cinéma est un art, il est lié à la technique, et la création et la diffusion sont imbriquées : je ne suis pas sûr que la diffusion d'un film dans le cinéma de salon constitue une expérience comme le cinéma de salle : un film est un spectacle avec un public dans une salle, pas dans un salon, aussi grand soit l’écran.
Et le format du film ne semble plus non plus vraiment adapté : le bon format pour la télé, et éventuellement pour le cinéma de salon, c'est celui des séries. Séries qui tuent peu à peu le cinéma, qui ne l'a pas volé.

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