Tourisme : où partent les Français cet été ?

La hausse des prix des carburants et les perturbations dans les aéroports ne semblent pas freiner l'envie de voyager. Après deux ans de restrictions liées à la pandémie de Covid 19, 1 Français sur 2 a prévu de partir en vacances cet été, en France et à l'étranger. Où vont-ils aller ? Vont-ils revoir leurs plans à cause de l'inflation et des grèves dans les aéroports ? La Tribune fait le point.
Parmi les destinations prisées des touristes français cet été : l'Espagne et notamment les Baléares.
Parmi les destinations prisées des touristes français cet été : l'Espagne et notamment les Baléares. (Crédits : Enrique Calvo)

Pour les professionnels du tourisme, la saison estivale 2022 démarre sous de beaux auspices. La hausse des prix des carburants et les perturbations dans les transports ne devraient pas avoir raison des départs en vacances. Le ministre délégué aux Transports, Clément Beaune a promis de veiller à ce que « les vacances des Français et des touristes (...) ne soient pas perturbées ». Et c'est tant mieux pour les Français qui, après deux années de crise sanitaire bridant les déplacements, ont des rêves d'évasion. Au moins un sur deux a prévu de partir en vacances cet été. Une proportion comparable à la période pré-Covid qui satisfait les professionnels du tourisme, secteur qui pesait environ 6% du PIB fin 2019 et durement touché par la pandémie de Covid-19. A l'heure du premier week-end des vacances scolaires, les Français se sont laissés séduire par des voyages en France, mais aussi à l'étranger.

« Globalement 27 millions ont prévu de séjourner en France, et 9 millions à l'étranger », précise à La Tribune Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du voyage (agences de voyages). Les Français qui partent, ont prévu de partir plus longtemps. « La durée des séjours est en hausse d'une journée en moyenne », précise Jean-Pierre Mas. En outre, la hausse des prix n'est pas sans conséquences sur le budget vacances des familles : pour ceux qui passent par une agence de voyage, il a augmenté de 23% par rapport à 2019, soit 2.500 euros en moyenne, selon le représentant des agences de voyages. Mais les Français ont économisé et pour l'instant, ni la hausse du prix des avions ni les grèves ne les dissuadent de partir.

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L'Espagne en tête, la Tunisie redevient une destination prisée

En se basant sur les réservations de voyages-organisés, communiquées par le SETO (le syndicat des entreprises de Tour operating), et effectuées entre janvier et jusqu'à fin mai, dans la catégorie moyen-courrier, le bassin méditerranéen fait figure de destination phare. Dans le détail, l'Espagne arrive en tête des destinations avec notamment les Canaries et les Baléares. « Ce sont des destinations faciles », souligne René-Marc Chikli, président du SETO, interrogé par La Tribune. Puis viennent la Crète et Rodes. La Tunisie fait, elle, un retour en force dans les destinations prisées des Français. « Ce pays présente un avantage tarifaire énorme, poursuit René-Marc Chikli. Il supplante la Grèce qui arrive cette année en 5e place alors qu'elle était l'été dernier la première destination de voyages à l'étranger, mais la Grèce souffre des hausses de prix ». Parmi les autres destinations prisées des vacanciers, suivent le Maroc, la Turquie et le Portugal.

Dans un ordre un peu différent, Jean-Pierre Mas confirme que les agences de voyages font le plein sur ces destinations classiques : Espagne, Grèce, Tunisie, Turquie et Maroc. « On observe aussi une part plus importante que d'habitude des destinations moyen-courrier que long-courrier », note le président des Entreprises du voyage, Jean-Pierre Mas.

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La République Dominicaine n°1 des destinations lointaines

Parmi les destinations phares plus lointaines, sur les long-courriers, la République Dominicaine fait figure de numéro 1. L'Ile-Maurice, qui a rouvert en force depuis novembre, ainsi que le Mexique qui n'a jamais fermé malgré l'épidémie de Covid, sont aussi très demandés.

Ensuite, viennent les Etats-Unis, Guadeloupe et Martinique, les Maldives, les Canaries et les Seychelles. « Tout ça fait qu'il y a beaucoup de départs, le trafic est reparti de manière importante », ponctue René-Marc Chikli. En revanche, l'Asie est boudée, en raison notamment des risques de confinements.

De janvier à fin mai les voyagistes ont enregistré +42% de réservations par rapport à l'exercice 2019-2020 pour un chiffre d'affaires de +51%. « On a noté un tassement des réservations les quelques semaines qui ont suivi l'éclatement de la guerre en Ukraine, mais cet attentisme des clients en mars n'a pas duré, ajoute René-Marc Chikli. Après ça, les réservations sont reparties à la hausse.»

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La France reste une destination phare

Si les Français retrouvent cet été le plaisir de voyager à l'étranger, ils n'en boudent pas pour autant la France. Alors que depuis deux ans, ils ont redécouvert leur pays, faute de pouvoir s'évader plus loin, à cause des restrictions sanitaires liées au Covid-19, cet attrait pour l'Hexagone demeure.

La directrice de la Fédération Nationale des Gîtes de France, Solange Escure, anticipe cet été « une belle saison, avec un excellent taux d'occupation en juillet et en août », de l'ordre pour l'instant de 75% en juillet et de 80% en août. Et d'après elle, les hébergements vacants devraient finir par se remplir dans les prochains jours.

Les taux d'occupation de Gîtes de France, sont 20% et 30% supérieurs par rapport à 2019. Et ce malgré la faible présence encore des touristes étrangers, qui sont de retour sur le sol français, mais pas encore comme en 2019. « Notre clientèle est majoritairement française. On reçoit 8% de clients européens cette année contre 15% avant », précise Solange Escure à La Tribune.

Littoral, moyenne montagne et campagne

Parmi les destinations françaises plébiscitées : le littoral fait le plein, avec traditionnellement la Bretagne, la Normandie, le Sud-Ouest, et la région Paca. Les destinations de montagne et moyenne montagne (Auvergne, Jura, Vosges, Alpes...) sont aussi très prisées, ainsi que la campagne qui enregistre des « taux d'occupation record qu'on n'avait pas en 2019 », souligne la directrice de Gîtes de France.

Si le littoral reste en tête des demandes sur Abritel, plateforme de locations entre particuliers, « les destinations rurales, pas forcément loin des grandes villes, de plus grande proximité » sont aussi très prisées, comme « la moyenne montagne, le Jura, le Cantal, la Haute-Loire ou la Bourgogne », confirme Xavier Rousselou, porte-parole d'Abritel, cité par l'AFP.

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Plus près et moins cher

A l'instar des deux derniers étés, le phénomène des séjours de proximités, dans un rayon de 200 kilomètres, s'ancre pour le troisième été consécutif. « Les grandes migrations nord-sud sont un peu freinées », note Solange Escure. En cause : la hausse de carburants. Les Français qui n'ont pas l'intention de renoncer à partir en vacances cet été, puisent dans leurs économies, ou adaptent leurs dépenses en partant peut-être moins loin, et dans des endroits bon marché.

Ce choix de la destination campagne à distance raisonnable du domicile, qui a pu être durant deux ans un refuge entre les confinements, se prête ainsi aux budgets plus serrés. « Au lieu de faire deux fois le plein de carburant, on ne le fera qu'une fois. Et une location à la campagne est souvent, à prestation équivalente, moins chère que les grandes destinations littorales », souligne Xavier Rousselou.

La question du pouvoir d'achat et de la recherche d'un bon rapport qualité/prix se voit aussi dans les réservations au camping. La fédération de l'hôtellerie de plein air (FNHPA), estime que 2022 pourrait être une année « record » dans les campings, qui affichent, pour beaucoup déjà quasiment complet pour juillet et août. Les effets de l'inflation et des grèves dans les transports pourraient en revanche se faire davantage sentir l'an prochain, redoutent les acteurs du tourisme.

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Commentaires 8
à écrit le 11/07/2022 à 7:23
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Je pars pas, je reste chez moi car ces transhumances saisonnières, forcément le samedi, ces attroupements sur les plages, devant les glaciers et les vendeurs de burgers, sur les routes, me dépriment complètement ; ça a des relents d'élevage humain en...

à écrit le 09/07/2022 à 16:30
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vous rajoutez la nouvelle indemnisation du chômage applaudit par le Medef...retour de boomerang dans les dents du Medef

à écrit le 09/07/2022 à 16:29
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vous rajouter la nouvelle indemnisation du chômage applaudit par le Medef...retour de boomerang dans les dents du Medef

à écrit le 09/07/2022 à 14:50
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La France magnifique pays mais un enfer sur la route ,beaucoup trop de stress avec ses milliers de radar non justifiés . Les vacances c'est de la détente avant tout ,de la visite ,du soleil, plus vraiment compatible avec la voiture .Donc direction l'...

le 09/07/2022 à 20:31
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Je suis d'accord avec vous. Je respecte peu ou prou les limitations sur autoroute et toujours sur route et en ville mais conduire en France est super stressant par rapport à nos voisins. Entre radars à tous coins de rue et le racket des péages, je p...

à écrit le 09/07/2022 à 8:05
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"La hausse des prix des carburants ....ne semble pas freiner l'envie de voyager." C'est bien embêtant: la hausse de prix de l'énergie a précisément pour but que les français arrêtent de voyager et restent un peu chez eux (notamment les boomers qui di...

à écrit le 08/07/2022 à 20:28
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Je reste en UE. Séville, cordoue, cadiz et madrid. Départ le 22 juillet et retour le 3. Bon, il va faire chaud....

le 08/07/2022 à 20:49
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Mieux vaut rester pas trop loin de la côte andalouse. Córdoba ou Séville en juillet, vous allez rôtir ! Bonne vacances.

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