Le tourisme d’affaires, l’autre rente de situation de Deauville

Inauguré il y a tout juste 30 ans sous un torrent de critiques, le palais des congrès de Deauville est devenu l’une des cartes maîtresse de la station balnéaire de la côte fleurie. Grâce au tourisme d’affaires, l’endroit permet de maintenir l’activité à flot, une fois les vacanciers partis. Malgré 18 mois de fermeture administrative au plus fort de la pandémie, il a retrouvé son rythme de croisière.

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EN 2023, le CID accueillera le congrès des notaires, l'un des plus grands congrès professionnels de France.
EN 2023, le CID accueillera le congrès des notaires, l'un des plus grands congrès professionnels de France. (Crédits : Normandie Tourisme)

C'est en septembre 1992 qu'est inauguré le Centre International de Deauville (alias CID). Lové entre le casino et la plage, l'édifice blanc bâti sous le niveau de la mer déroule son tapis rouge pour la première fois à l'occasion de la 18ème édition du festival du cinéma américain. Avec dans le rôle-titre Clint Eastwood au couper de ruban et dans celui de l'accoucheur Michel d'Ornano, l'influent maire de Deauville décédé depuis. Celui qui est surnommé le « Duc de Normandie » a dépensé 300 millions de francs, une coquette somme, pour construire ce palais des congrès digne d'une métropole. Qu'on en juge. L'endroit abrite, sur 18.000 m2 de planchers, un amphithéâtre de 1.500 places, 20 salles de commission et 4 halls d'exposition.

Le projet est mollement accueilli dans le gros « village » de Deauville qui compte à tout casser 4.500 résidents permanents. Le maire a beau décréter un prélèvement supplémentaire sur le jeu pour couvrir une partie de la dépense, l'initiative est jugée au pire dispendieuse, au mieux gonflée en pleine guerre du Golfe. « Que n'a t-on pas entendu à l'époque. Beaucoup de gens ont taxé Michel d'Ornano de mégalomanie alors qu'il était visionnaire au contraire », s'agace son poulain et successeur Philippe Augier. Michel d'Ornano fait fi des critiques. Soutenu bec et ongles par le groupe Barrière dont les établissements se vident inexorablement à la fin la saison hippique, lui caresse une ambition : développer le tourisme d'affaires pour éviter le syndrome « ville morte » que connaissent beaucoup de stations balnéaires en dehors des vacances et des week-end.

Promesse tenue

Trente ans plus tard, le CID (34 collaborateurs) peut se vanter d'avoir tenu la promesse de feu le maire de Deauville. Avec ses 2.500 chambres d'hôtels, la ville compacte où tous les commerces sont concentrés dans un rayon de quelques centaines de mètres parvient vite à s'imposer dans l'agenda annuel des congrès. La proximité de Paris, l'image glamour des planches et les distractions connexes qu'offre la station n'y sont pas pour rien. « Il est facile de sortir des murs pour des dîners de gala dans des lieux atypiques comme la Villa du cercle, le casino ou la plage », cite en exemple Carine Fouquier, directrice générale du Centre.

Aujourd'hui, le CID accueille en moyenne 140 événements chaque année en rythme de croisière. Sans rivaliser avec d'autres grandes villes de congrès comme Cannes ou Paris, il draine des manifestations professionnelles ou commerciales de l'ordre de 1.000 à 3.000 personnes assurant aux hôteliers, restaurateurs et commerçants une solide rente de situation en période de basses eaux touristiques. En l'espace de trois décennies, l'offre hôtelière s'est densifiée, modernisée et diversifiée vers la moyenne gamme. Le groupe Accor a investi dans ses enseignes Ibis et Novotel, Pierre&Vacances a aménagé un village de 160 chambres sur la presqu'île.... Pas par hasard.

Selon une étude réalisée à la demande du syndicat mixte gestionnaire du lieu, le seul festival du cinéma américain en septembre génère 2.000 nuitées d'hôtels et 30 millions d'euros de chiffres d'affaires au profit des commerçants et prestataires locaux. Une aubaine pour les intéressés au sortir de la parenthèse enchantée de la saison estivale. Les retombées fiscales sont à l'avenant. Les cinq événements les plus fréquentés engendrent près de 8 millions de TVA et plus de 220.000 euros de taxes de séjour. Dans la même enquête, on lit qu'elles permettent de « créer ou de maintenir » 1.400 emplois.

Le vent dans le dos

Autant dire que la période post-pandémie était scrutée comme le lait sur le feu. Contre toute attente, l'activité a repris de plus belle dès février 2021, après un an et demi de fermeture administrative. Un soulagement pour la municipalité qui avait été contrainte de perfuser le Centre l'année précédente. « Les derniers comptes ont été clôturés à l'équilibre, je ne vous cache pas que ça a été une agréable surprise », se félicite Philippe Augier, également président du syndicat mixte gestionnaire du lieu. Lui y voit un signe du regain d'intérêt de la destination deauvillaise « la ville préférée pour les court-séjours ».

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Le CID, peu dépendant de l'international, s'est remis sur pied « dans une certaine euphorie », assure de son côté Carine Fouquier. Tout juste la directrice générale concède t-elle une légère baisse. « Quasiment tous les rassemblements qui avaient été annulés en 2020 ont été reportés l'année suivante, souligne t-elle. Les organisateurs ont pris conscience que le modèle de fonctionnait pas en digital parce que le niveau d'échanges et de business est infiniment moindre ».

Quant aux prochains mois, ils s'annoncent sous de bons auspices. À en croire les projections du syndicat mixte, le Centre devrait renouer avec le niveau de fréquentation d'avant la pandémie. Cerise sur le gâteau, il vient de décrocher l'organisation en 2023 du congrès national des notaires, l'un des plus grands congrès professionnels de France avec près de 5.000 participants, connus pour ne pas regarder à la dépense. « C'est un événement que tout le monde s'arrache », commente le maire de Deauville avec gourmandise. Comme un hommage posthume au Duc de Normandie.

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