Le modèle économique de Ryanair battu en brèche par les juridictions financières françaises

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La compagnie à bas coûts affiche sa confiance malgré, ou plutôt à cause de la récession. Mais, depuis deux ans, une rafale de rapports des chambres régionales des comptes mettent en pièce son modèle économique.

"Une récession nous débarrasse des compagnies déficitaires minables et nous permet d'acheter des avions moins chers", n'a pas hésité à lancer Michael O'Leary, PDG de la compagnie irlandaise à bas coûts, ce lundi 3 novembre, lors de la présentation de ses résultats avec un bénéfice en chute de 47% à 214,6 millions d'euros, pour une hausse de 16,5% du chiffre d'affaires et de 19% du nombre de passagers. Il s'était également félicité de la situation dans une interview publiée ce jour dans le quotidien allemand Tagesspiegel. Il peut le dire car le principal danger vient, pour lui, de la mise en cause de son modèle économique par la justice financière française.

Depuis deux ans, les Cours régionales des comptes (CRC) décortiquent les accords liant Ryanair aux Chambres de commerce et d'industrie (CCI), gérant les aéroports régionaux. Ces rapports, pas moins de 25, soulignent les relations déséquilibrées entre les CCI et la compagnie « low cost », même si, souvent, l'utilité des liaisons aériennes qu'elle exploite est largement mise en valeur.

En clair, les aéroports, difficilement rentables, sont attirés par la manne de voyageurs-touristes venus d'outre-Manche pour irriguer l'économie locale que leur fait miroiter Ryanair, souvent devenu client unique de l'aéroport, comme le relève la CRC de Languedoc-Roussillon à propos de Carcassonne. Les CCI sont donc d'autant plus enclines à accepter les contrats que leur a «apporté, voire imposés» Ryanair, comme l'écrit la CRC d'Alsace.

Ces contrats imposent que les régions versent des aides substantielles pour retenir Ryanair. «La fidélisation de Ryanair dépend principalement des aides et conditions tarifaires que la compagnie obtient de la part tant des gestionnaires des aéroports que des collectivités locales désireuses d'améliorer la desserte aérienne de leur territoire», indique la CRC du Languedoc Roussillon à propos de l'aéroport de Nîmes-Garons.

Pour la bonne règle, ces accords prévoient que Ryanair fournisse une contrepartie, notamment en organisant la promotion de la région. Mais cette contrepartie n'est que de pure forme, s'insurge la CRC de Midi Pyrénnée à propos de l'aéroport de Rodez : «le lien avec la promotion du territoire aveyronnais est accessoire, la plupart des actions mises en oeuvre ayant essentiellement pour objet de promouvoir la compagnie Ryanair».

Cette contrepartie illusoire a même été jugée par le tribunal administratif de Strasbourg. L'affaire est même montée en Conseil d'Etat qui a suivi le juge du premier degré.

Or, ces aides, qui dépassent dans le temps les aides au démarrage, contreviennent à la législation européenne, soulignent les CRC. «Dans ces conditions, l'aide prévue par la convention de 2004 liée à un coefficient de remplissage constitue en fait un soutien à l'exploitation, prohibé par la réglementation européenne (...) La pérennisation de l'aide allouée à Ryanair pour exploiter la liaison sur Londres, qui ne peut être assimilée à une aide au démarrage, contribue en fait à abaisser les coûts d'exploitation de cette compagnie. Elle génère des distorsions de concurrence avec les autres opérateurs à bas prix basés à La Rochelle qui ne bénéficient d'aucune aide», écrit par exemple la CRC de Poitou-Charentes.

Ces aides sont alors accordées en contrevenant même aux règles internes des CCI. «La situation de l'aéroport et les avantages consentis à la compagnie Ryanair font peser sur la Chambre de commerce et d'industrie des risques juridiques et économiques (...) La compagnie Ryanair bénéficie d'une tarification particulièrement avantageuse qui n'est consentie qu'à elle seule, décidée dans des conditions contestables et sans formalisation contractuelle», souligne la CRC de Bretagne.

Pour échapper au carcan des règles européennes, des montages financiers astucieux sont mis en ?uvre, comme pour l'aéroport de Pau. «La CCI a alors eu recours, pour contourner les effets de la décision de la juridiction administrative, à un nouveau montage juridique. Le 30 juin 2005, elle a signé une convention avec une société, Airport Marketing Services Limited, afin d'assurer la promotion de la région de Pau et du Béarn par l'intermédiaire du site Internet de Ryanair. Le coût annuel pour la CCI est de l'ordre de 500.000 euros. La chambre consulaire considère qu'il s'agit d'une prestation de services et aucunement d'une aide financière accordée à la compagnie Ryanair. Toutefois, la société Airport Marketing Services n'est qu'une émanation de Ryanair, dirigée par deux cadres supérieurs de la compagnie aérienne », insiste la CRC d'Aquitaine. La CCI s'est insurgée contre cette analyse, a présenté une étude juridique pour défendre sa position. La chambre régionale des comptes maintient sa position sur l'illégalité des aides.

A travers ces rapports, adressés à Ryanair qui n'a pas répondu, ainsi que celui de la Cour des comptes nationale, apparaît le vrai modèle économique de la compagnie. Il consiste à fournir des passagers aux aéroports pour toucher de leur part des aides substantielles. Si ces aides ne lui parviennent plus, le modèle s'écroule. Au moins en France.
 

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Assez évident...
Avoir un aéroport international fait toujours plaisir. Mais, dites-moi, est-ce la première entreprise à user et surtout abuser des aides de collectivités?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Que dire alors du modèle économique de la SNCF qui s'est défaussée de plusieurs milliards d'? de dettes sur RFF, et a, par ailleurs, évacuer ses engagements retraite ?.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Le modèle est clair, je développe un énorme trafic local (buvette, restau, immobilier, transport ....) donc vous devez prendre en charge les frais locaux. Il est hallucinant de voir des commentaires sur ce modèle "signé par contrat !!! (on oblige personnes)" alors qu'Air France malgré son monopole et des prix exorbitants a reçu 20 Milliards de nos impots pour être sauvé ! La cour des comptes protège son bébé, OK, mais de la à dire qu'Air France n'a pas d'aide quelle honte. En réalité les clients vont devoir de plus en plus payer eux mêmes leurs billets et non plus les CCI CCE CE ... et la il n'y a pas photo ! Le monde change.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
article trés interessant, a mettre en paralelle avec le cynisme et l' arrogance constant de Michael O'leary PDG de "cryanair"
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
arrogance de O'leary grace à nos impôts,à des taxes d'attérrissages données et une jolie bulle spéculative qui peut trés bien s'écrouler;bonjour aux employés des aéroports esclaves de ryanair
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Je constate que le signataire de l'article n'a pas du prendre Ryanair souvent. Moi qui l'utilise professionnellement plus d'une fois par mois depuis 3 ans comprends nettement mieux le modèle économique, beaucoup plus compliqué (ou simple) qu'on peut le lire: c'est un raisonnement industriel à tous les niveaux
* Bien meilleure rotation des actifs (avions en l'occurrence): 40 min entre l'atterrissage et le décollage, loin devant les compagnies classiques à 1 h 30
* Peu de personnel, polyvalent et peu payé (hôtesses en provenance des pays de l'Est)
* Simplicité à tous les étages : pas de nourriture, pas de dépliant sécurité (collé sur les sièges), pas d'attente du bus ni de l'escalier (inclus dans l'avion)...

Bref il y a un peu plus de travail que le seul racket des aéroports (probable par ailleurs). Les aéroports se rattrapent d'ailleurs sur le transport de passager par bus (13 ? pour faire Porte Maillot - Beauvais, c'est aussi abusif que la RATP à CDG)
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Il faut continuer à informer les contribuables Français sur la vraie nature de cette compagnie : son modèle économique Low Cowt lui permet des coûts d'exloitation en gros 20% plus faibles que les compagnies traditionnelles (Air France par ex). Cela est possible entre autre par une exploitation du personnel digne du 19° sciècle. Si on inclut tous les surcoûts et mauvaises surprises que paie le passager pour le moindre service ou le moindre écart, il n'y a pas vraiment d'effet Low Cost. Alors où est la différence ? Comme c'est trés bien dit dans l'article, les CCI versent des "suventions déguisées" pour en quelque sorte "s'acheter" des passagers : Soit vous continuez de payer et vous aurez (peut-être) des vols Ryanair, soit vous refusez et Ryanair s'en va. La soi-disant contre-partie visant à la promotion d'une région est une vaste rigolade et ne coûte vraiment pas lourd à Ryanair.
Alors si vous êtes contribuables, interrogez vous ... surtout si vous pensez que le subventionnement des petites lignes d'utilité publique, est lui trés limité et trés encadré !!

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