Accident Rio-Paris : Airbus mis en cause par Air France

 |  | 653 mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
Air France décline toute responsabilité sur les sondes Pitot, qui seraient en partie à l'origine de l'accident du Rio-Paris qui a fait 228 morts en 2009. La compagnie déclare ne pas avoir été entendue par Airbus et Thalès.

Dans un mémorandum transmis à la justice et révélé vendredi dans la presse, Air France a refuser d'être tenu pour responsable dans l'accident du vol Rio-Paris. La compagnie accuse Airbus et Thalès d'être restés sourds à ses alertes sur les sondes Pitot.

La défaillance de ces sondes de mesure de vitesse est considérée comme un élément contributif de l'accident de l'Airbus A330 d'Air France, qui a fait 228 morts le 1er juin 2009 au large du Brésil.

Le quotidien Libération cite, dans sa parution de ce vendredi, des échanges entre Air France et Airbus compilés dans un dossier aux allures de contre-attaque de la compagnie, critiquée pour son absence de réactivité après les multiples cas de givrage des sondes Pitot AA.

Air France, dont l'accident du Rio-Paris est le plus mortel de l'histoire, écrit qu'Airbus et Thalès l'ont laissée, malgré de multiples avertissements, "sans recommandations ni solutions pérennes palliant ce problème".

Un porte-parole d'Airbus a renvoyé aux enquêtes judiciaire et technique en cours et à la recherche des boîtes noires, que de longues recherches n'ont pas permis de retrouver. "Sans les boîtes noires, la cause de l'accident tragique du vol Air France 447 ne peut pas être identifiée", a-t-elle dit.

Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) a répété depuis le début de l'enquête qu'il serait impossible de déterminer précisément les causes de l'accident sans les boîtes noires.

Un porte-parole de Thalès a également renvoyé à l'enquête du BEA. Air France n'a pu être jointe dans l'immédiat.

Il est apparu que les sondes AA de Thalès donnaient, en cas de givrage, des informations de vitesse erronées, perturbant ainsi l'équipage. Quinze incidents de ce type sont apparus sur des vols A330 dans les dix mois précédent l'accident, sans qu'Air France ne remplace ces sondes.

Un rapport d'experts judiciaires dans le cadre de l'instruction à Paris a mis en cause la maintenance des sondes par Air France. Selon Libération, la moitié des incidents liés aux sondes Pitot en 2008-2009 ont eu lieu sur Air France.


"Grande inquiétude" un an avant l'accident

Dans les mois suivant l'accident, la compagnie a accéléré le remplacement des sondes AA en même temps qu'Airbus puis l'Agence européenne de sécurité aérienne recommandaient leur remplacement par des sondes Goodrich, jugées plus fiables.

Le mémo transmis à la justice rappelle que de très nombreuses communications ont eu lieu entre Air France et Airbus au sujet des sondes.

Air France alerte Airbus suite à deux premiers incidents, en juillet 2008. Après de nouveaux incidents, elle exprime sa "grande inquiétude" dans un nouveau mail deux mois plus tard.

La compagnie demande alors si les sondes BA fabriquées par Thalès seraient plus résistantes aux risques de givrage.

Airbus répond que ces sondes ne devraient pas apporter "une amélioration significative". Un an plus tôt, l'avionneur avait pourtant recommandé dans une note technique le remplacement des sondes AA par les BA, censées limiter le risque de givrage.

En novembre 2008, Air France demande à Airbus l'autorisation de remplacer ses sondes par des Goodrich, sans toutefois envoyer une "requête de changement" officielle.

En avril 2009, après de nouveaux incidents, Air France demande une solution "le plus vite possible". Airbus propose alors d'expérimenter la sonde BA.

Air France engage alors un programme de remplacement de ses sondes mais l'A330 du Rio-Paris ne recevra pas à temps ses nouvelles sondes.

Un autre document joint au mémorandum rappelle qu'entre 1994 et 1996, après plusieurs incidents sur l'ancien modèle de sonde Goodrich, Airbus avait imposé à l'entreprise américaine de fabriquer de nouvelles sondes. L'avionneur n'en a pas fait de même avec Thalès, malgré 23 incidents de sondes AA en cinq ans.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :