"Aeroflot sera dans le top 5 des plus grandes compagnies européennes"

Dans un entretien exclusif, le patron du transporteur aérien russe détaille sa stratégie. Ce partenaire d'Air France compte notamment doubler la taille de sa flotte à l'horizon 2020-2025.
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Où en est le processus de consolidation de six petites compagnies russes dans Aeroflot décidé en l'an dernier par le gouvernement russe ?

Il doit être achevé en mai. Une fois finalisé, le groupe Aeroflot comptera sept filiales indépendantes et transportera 20 millions de passagers par an, presque le double que ce que Aeroflot transporte seul aujourd'hui.

Aeroflot est la première compagnie russe à l'international mais ses positions ne sont pas aussi fortes en Russie, cette fusion va-t-elle y remédier ?

Nous voulons nous développer aussi bien en Russie qu'à l'étranger. Effectivement Aeroflot n'était pas la plus grande compagnie sur le réseau intérieur depuis la fin de l'Union soviétique. Mais depuis 2010, nous sommes désormais numéro un sur le marché domestique. Ceci en raison notamment de l'optimisation de notre système de correspondances à l'aéroport de Cheremetievo de Moscou, qui a permis d'augmenter le nombre de passagers en correspondance sur nos lignes russes. Notre part de marché s'élève actuellement à 26 à 28 % sur les lignes intérieures russes et atteindra même 30 % à 35 % avec les compagnies rejoignant le groupe.

Quelle est la stratégie à long terme d'Aeroflot ?

Nous voulons croître chaque année davantage. Nous sommes la première compagnie russe. Avec 11,4 millions de passagers transportés en 2010, nous faisons partie du top 10 en Europe. Notre ambition est de figurer d'ici à 2025 dans le top 5 et dans le top 20 au niveau mondial. À l'horizon 2020-2025, nous comptons transporter 70 millions de passagers, soit près de sept fois plus qu'aujourd'hui. Il s'agit d'un plan très ambitieux.

Quel est votre plan de flotte pour atteindre cet objectif ?

Nous avons 103 appareils aujourd'hui (150 au niveau du groupe). Nous en aurons plus de 300 dans 10 à 15 ans, dont 40 % d'appareils russes de nouvelle génération comme le Superjet 100 de Sukhoi et l'Antonov 148, et 60 % d'Airbus et de Boeing. Nous avons passé de grosses commandes d'avions ces derniers temps. Nous avons par exemple commandé 50 B737 (pour le groupe), 8 B777, ?22 B787 qui seront livrés entre 2016 et 2020, et 22 A350. Notre flotte sera à la fois importante et moderne. Ce qui est déjà le cas. Nos avions ont moins de cinq ans de moyenne d'âge.

D'autres commandes sont-elles prévues au Salon aéronautique du Bourget en juin ?

Nous allons continuer nos commandes. Nous étudions l'A320 NEO. En revanche, nous n'avons pas besoin d'A380. Peut-être ferons-nous des annonces au Bourget. Mais nous n'avons pas encore idée de ce que nous pouvons signer.

Combien vous reste-t-il d'avions russes d'ancienne génération qui ont une très mauvaise réputation en Europe ?

Seulement six, et pas des Tupolev 154 mais des Illiuschin 96. Ils sont réservés à notre activité charter et ne volent pas en Europe.

L'image d'Aeroflot n'est-elle pas encore associée à la période communiste ?

Aeroflot est devenue l'une des meilleures compagnies européennes en termes de services. Quand il y a eu la crise du volcan islandais l'an dernier, de nombreux passagers étrangers n'ont pu voler avec la compagnie sur laquelle ils avaient effectué leur réservation. Beaucoup ont volé sur Aeroflot pour la première fois et sont restés, par la suite, fidèle à notre compagnie.

Quel est l'impact de la hausse du prix du baril ?

Le carburant représente 23 % du prix du billet chez Aeroflot. La hausse du prix du baril, qui a bondi de 41 % depuis janvier en Russie, nous impacte bien entendu. Pour autant, notre politique de couverture nous a permis d'économiser 26 millions de dollars pendant les 8 mois où elle a été mise en place en 2009. Et 40 millions en 2010. Cela nous permet de maintenir nos prix à des niveaux abordables.

Avant la crise, Aeroflot cherchait à procéder à une acquisition en Europe occidentale. Est-ce toujours d'actualité ?

Ce type d'acquisition n'est pas nécessaire à notre stratégie. Nous n'avons aucun projet de ce type, ni même celui de prendre une participation dans une compagnie en Europe de l'Ouest.

Où en est Aeroflot sur le plan financier ?

En 2010, nous avons réalisé le profit le plus important de notre histoire. Le bénéfice net s'est élevé à 280 millions de dollars, le résultat opérationnel à 630 millions. Ceci pour un chiffre d'affaires de 3,8 milliards de dollars. Nous figurons ainsi parmi les 25 compagnies les plus rentables du monde.

Et en 2011 ?

Cela dépendra de l'évolution de certains marchés, comme le ?Japon ou l'Egypte.

Aeroflot est-elle sur la liste des compagnies privatisables ?

L'Etat possède aujourd'hui 52 % du capital. Aeroflot sera bien sûr privatisée. Pour cela, il nous faut quelques années pour nous développer. Dans deux ans, si notre stratégie réussit, notre capitalisation ne sera plus de 3 milliards de dollars comme aujourd'hui mais de de 6 ou 7 milliards. Cela permettra à l'Etat de réaliser une bonne opération financière en nous privatisant.

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