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Pourquoi le Richard Branson indien boit la tasse

Benjamin Ramet, à Bombay

Publié le 24 février 2012 à 14:53 - Mis à jour le 24 février 2012 à 15:34

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Kingfisher Airlines, la compagnie aérienne du milliardaire indien Vijay Mallya, préoccupe énormément les autorités indiennes en dépit d'une croissance continue du trafic aérien dans le sous-continent. Kingfisher Airlines a été victime de trop nombreux changements de son modèle économique.

Les mauvaises nouvelles se succèdent pour Kingfisher Airlines. Le week-end dernier, l'annulation massive de vols de la compagnie aérienne indienne a entrainé des scènes d'émeutes dans certains des grands aéroports du pays. Au total, plus de cinquante vols ont été annulé cette semaine dont 32 pour la simple journée de dimanche. Un phénomène qui n'est pas nouveau. Depuis 6 mois, une centaine de vols a connu le même sort.

Plus grave encore, cinquante pilotes ont démissionné pour rejoindre Indigo Airlines, la compagnie privée concurrente. Une défection qui sonne comme une humiliation supplémentaire pour Vijay Mallya, le flamboyant patron du groupe Kingfisher. Souvent comparé en Inde au britannique Richard Branson, pour son style et son gout de l'aventure et des sports en général, le milliardaire a répété cette semaine que Kingfisher n'était pas mort, et que la compagnie trouverait les moyens de rebondir.

Les commandes d'Airbus en suspens

De son côté, la direction de l'aviation civile indienne (DGCA) s'est montrée trèspréoccupée, appelant Kingfisher Airlines à préciser ses plans. Le ministre de l'aviation, Ajit Singh, souhaite que la compagnie « explique pourquoi ces problèmes n'ont pu être anticipés ». Car les communiqués rassurants de Kingfisher contrastent avec la réalité sur place. A l'heure actuelle, sur le 70 avions que compte Kingfisher, seuls 28 sont encore utilisés. Et la compagnie préférée des indiens, selon un sondage réalisé en début d'année, est incapable de régler ses factures de carburant ainsi que ses arriérés d'impôts auprès des autorités. Deux Airbus A320 ont même été rendu à leur propriétaire loueur, le néerlandais AerCap, là encore pour des factures impayées.

Mais l'avenir s'est également sérieusement assombri pour ses partenaires et les commandes en cours d'appareils. En juin 2005, Kingfisher avait fait sensation en annonçant une commande de 130 avions : 67 A320, 38 ATR 72-500 ainsi que des A330, A350 et cinq A380. « Il est difficile de se prononcer aujourd'hui sur ces livraisons. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'est plus question d'ATR dans les carnets de commandes et je pense que, quoi qu'il arrive, celles d'Airbus risquent d'être gelées pour au moins deux ans. Il parait impossible que Kingfisher tienne ses commandes surtout s'il faut changer de stratégie et donc de configuration d'appareils», confie Kapil Kaul, le président pour l'Asie du Sud de CAPA, spécialisé dans le conseil pour le secteur aérien.

La stratégie de Kingfisher en question

Le cas de Kingfisher interpelle dans un contexte de dynamisme et de croissance du secteur aérien en Inde. Déficitaire depuis sa création en 2005, la compagnie a encore engrangée une perte de 75 millions d'euros sur les trois derniers mois de l'année 2011. Autrefois deuxième compagnie aérienne en Inde en termes de passagers, elle a rétrogradé à une peu glorieuse sixième place alors même que le secteur connait une croissance annuelle de 9 % depuis plusieurs années. Selon les experts, le trafic devrait d'ailleurs exploser à l'avenir, avec une croissance du marché domestique de près de 20 %. D'ici à 2020, et pour faire face à ce développement, le pays recevra plus de 300 avions et les infrastructures, notamment le nombre d'aéroports, doivent encore être multipliées par trois.

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En fait, c'est bien la stratégie adoptée par Kingfisher qui est aujourd'hui pointée du doigt. Alors qu'une compagnie comme Indigo Airlines, aujourd'hui bénéficiaire, a fait le pari d'une croissance cohérente, misant sur des liaisons domestiques avec une seule configuration d'appareils, Kingfisher a opté pour une approche quasi-schizophrénique.

De low cost à la classe business

Prévue en 2005 pour être une compagnie avec classe économique unique avec nourriture à bord, le management a changé de fusil d'épaule après un an d'opérations. Place désormais au luxe avec un changement de configuration de ses Airbus A320 pour accueillir 20 sièges en classe business. « Kingfisher a fait de trop nombreux changements concernant son business model et sa stratégie. C'est ce qui la rend aujourd'hui vulnérable », commente Kapil Kaul.

Autre erreur, la fusion avec Air Deccan, une compagnie indienne low cost en perte de vitesse. Rebaptisée Kingfisher Red et destinée à être compétitive sur le segment à bas prix, la compagnie n'a cessé de creuser la perte de sa maison mère pour finalement être arrêtée en septembre dernier. Il est donc temps pour Kingfisher de repenser sa stratégie.

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Si les banques continuent de refuser de refinancer la compagnie, Vijay Mallya devra lever des capitaux frais. Un défi à la mesure de l'homme, qui peut compter sur son empire dans les spiritueux. Le milliardaire pourra alors continuer de souhaiter bon vol à chacun des passagers sur les écrans à bord de ses avions.

Benjamin Ramet, à Bombay

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