2017 sera l'année de tous les records pour Air France-KLM. Mais...

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Si Air France-KLM est pénalisé par le poids de la taxation spécifique qui touche sa plus grosse filiale, Air France, la faiblesse des mesures internes à la compagnie française pèse toujours sur le groupe.
Si Air France-KLM est pénalisé par le poids de la taxation spécifique qui touche sa plus grosse filiale, Air France, la faiblesse des mesures internes à la compagnie française pèse toujours sur le groupe. (Crédits : Stephane Mahe)
Le groupe français a dégagé un trafic record en 2017. Il pourrait également annoncer en février des résultats financiers record. Pour autant, la très bonne année d'Air France-KLM est davantage le fruit d'une conjoncture exceptionnelle, avec une demande dynamique et un prix du baril relativement bas, que celui de mesures d'amélioration de la performance. Et les concurrents européens avancent plus vite.

2017 restera une année paradoxale pour Air France-KLM. C'est tout d'abord une année exceptionnelle à bien des égards. En termes de trafic, notamment, puisque le groupe a annoncé ce mardi avoir transporté l'an dernier le nombre record de 99 millions de passagers, en hausse de 5,6%, mais aussi, probablement en termes de résultats financiers. Ces derniers seront annoncés en février et ils devraient faire état (sauf provisions) d'un résultat d'exploitation proche de 1,5 milliard d'euros, légèrement supérieur au 1,405 milliard engrangé à l'issue de l'exercice 2007-2008.

Une année en trompe-l'oeil?

Pour autant, 2017 apparaît un peu comme une année en trompe-l'œil pour Air France-KLM. La très bonne année d'Air France-KLM est en effet davantage le fruit d'une conjoncture exceptionnelle, avec une demande dynamique et un prix du baril relativement bas, que celui de mesures d'amélioration de la performance, en particulier chez Air France. Les décisions prises en ce sens n'ont été mises en place qu'en décembre (lancement de Joon). Surtout, si elles ont le mérite de remettre le groupe en mouvement, il n'est pas sûr qu'elles correspondent aux mesures structurelles qui permettraient au groupe de maintenir la tête hors de l'eau en cas de retournement de l'environnement. Si un tel scenario devait hélas se produire, l'année 2017, aussi exceptionnelle soit-elle, correspondrait aussi à celle où, de manière collective, la compagnie n'a pas su trouver les moyens de se préparer aux coups durs de demain.

Les concurrents gagnent plus d'argent

Par ailleurs, les résultats d'Air France-KLM doivent être relativisés par rapport à ceux des autres grands groupes européens comme Lufthansa (qui compte aussi Eurowings, Brussels Airlines, Austrian Airlines et Swiss) et IAG (British Airways, Iberia, Aer Lingus, Vueling). Selon les analystes, Lufthansa devrait dégager un bénéfice d'exploitation de 2,6 milliards d'euros. IAG table de son côté sur un bénéfice annuel de l'ordre de 3 milliards d'euros. Ces différences s'expliquent essentiellement par les différences de structures de coûts. Si Air France-KLM est pénalisé par le poids de la taxation spécifique qui touche sa plus grosse filiale, Air France, la faiblesse des mesures internes à la compagnie française pèse toujours sur le groupe.

Croissance externe pour Lufthansa

Dans le même temps, si IAG affiche une croissance de trafic inférieure d'Air France-KLM (+4,1%), Lufthansa, qui communiquera ses chiffres ce mercredi, croît beaucoup plus vite qu'Air France-KLM en raison d'une croissance organique plus dynamique (liée à une croissance de l'offre supérieure), et d'une active politique d'acquisitions que ne mène pas Air France-KLM, à l'exception d'une prise de participation minoritaire (31%) dans Virgin Atlantic.

En reprenant une grande partie des actifs d'Air Berlin (et cela, bien avant la faillite de cette dernière), Lufthansa a fortement augmenté son trafic. En novembre dernier, par exemple, le trafic du groupe allemand avait bondi de plus de 30%.

Le schéma est le même chez les deux grands concurrents low-cost. Ryanair et Easyjet ont affiché une croissance du trafic supérieure à celle d'Air France-KLM (+10% pour la première, +9,6% pour la seconde). Pour autant, fait-on valoir au sein du groupe français, la croissance de Transavia (+11,2%), l'activité low-cost d'Air France-KLM, est supérieure à celle de Ryanair et d'Easyjet.

 L'an prochain, Easyjet bénéficiera, elle aussi, de la reprise d'une partie des actifs d'Air Berlin. Lufthansa également, qui pourra peut-être compter sur Alitalia si elle parvient à mettre la main dessus. Enfin, IAG pourra lui aussi compter sur les 15 appareils supplémentaires acquis dans le cadre de la reprise de la compagnie autrichienne Niki.

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Commentaires
a écrit le 11/01/2018 à 16:15 :
Ce journaliste comme son confrère des Echos se borne une fois de plus à une analyse extrêmement rapide de la situation d'Air France qui est réellement impactée négativement par une taxation spécifique et un niveau de charges bien plus élevés que ses principaux concurrents (cet état de fait est balayé d'un revers de la main alors que le différentiel pourrait avoisiner les 500 millions d'euros par an voire plus et donc permettre des investissements supplémentaires à même d'améliorer le service ou de faire de la croissance externe comme les autres concurrents et donc de participer à la croissance du trafic et à l'amélioration de la rentabilité - avions plus récents et plus rentables notamment).
La Direction d'AFKLM a d'ailleurs privilégié le développement du côté d'Amsterdam ces dernières années, les taxes d'aéroport de Schipol et les charges étant bien plus favorables en Hollande qu'en France.
A quand une analyse sérieuse de la situation? En fait à quand un vrai travail de journaliste sérieux, documenté, argumenté, benchmarké?
Pour la petite histoire, lors des nombreuses grèves pilotes chez LH l'année dernière, la Direction de LH avait sortie un comparatif sur les salaires des pilotes en Europe, les pilotes d'AF n'étaient pas les premiers, ils arrivaient en 3ème ou 4ème position; un argument de moins pourtant si facile et si tentant dans ce beau pays de jaloux pour expliquer le décalage entre AF et ses concurrents...
Un peu plus d'honnêteté intellectuelle serait bienvenue chez les journalistes...
a écrit le 11/01/2018 à 8:13 :
Hé bien, pour une fois qu'Air France-KLM fait une bonne année, vous en parlez en termes très négatifs. Il faut aussi parfois savoir profiter des bonnes choses et ne pas toujours tout voir en noir.
N'oubliez pas qu'il y a eu une grève chez Lufthansa fin 2016, et donc sa croissance exceptionnelle s'explique aussi en partie grâce à un comparatif « favorable » d'une année sur l'autre.
Quant au prix relativement bas de l'énergie, c'est pareil pour les autres compagnies, donc Air France n'est pas moins bonne. Tout comme la conjoncture et la demande dynamique. Et encore, si le chômage, la croissance et la démographie française étaient au niveau de l'Allemagne, la comparaison entre ces compagnies serait différente et rapprocherait Air France de Lufthansa (logiquement).
a écrit le 10/01/2018 à 8:21 :
En cas de remontée des cours du pétrole, je vous fais respectueusement remarquer que la flotte d’IAG et de LH contient encore beaucoup de quadrimoteurs ( B747, A340).
La flotte d’AF, en long courrier, est basée essentiellement sur des bimoteurs ( B777, A330) qui sont beaucoup plus économes en carburant.

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