Air France-KLM : le montage de la recapitalisation se précise

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(Crédits : Reuters)
Le scénario de la recapitalisation du groupe qui tient la corde prévoit la conversion de la dette liée aux prêts directs accordés par les Etats français (3 milliards d'euros) et néerlandais (1 milliard d'euros) en obligations hybrides (considérées comme des fonds propres). Ce montage va être soumis pour approbation à la Commission européenne. Cette opération prévue d'ici à l'assemblée générale du groupe en mai 2021 se doublera d'une augmentation de capital dont les besoins estimés par certains analystes sont inférieurs à 3 milliards d'euros. Actionnaire à hauteur de 14,3%, l'Etat français devrait injecter quelques centaines de millions d'euros pour ne pas dépasser le seuil des 30% qui l'obligerait à lancer une OPA sur le reste du capital. Reste à savoir ce que feront les Pays-Bas, actionnaire d'Air France-KLM à 14%.

Annoncée en avril dernier, l'opération de renforcement des fonds propres d'Air France-KLM fait l'objet d'intenses discussions entre les Etats français et néerlandais, les deux principaux actionnaires du groupe avec respectivement 14,3% et 14% du capital. Prévue d'ici à la prochaine assemblée générale du groupe en mai 2021, cette opération est nécessaire pour renforcer le bilan de ce groupe aux fonds propres négatifs et à l'endettement difficilement supportable depuis les 10,4 milliards d'euros de prêts obtenus au printemps pour éviter la faillite, 7 milliards d'euros pour Air France (dont quatre de prêts bancaires garantis par l'Etat français et 3 milliards de prêt d'actionnaire de l'Etat français accordé sur le papier à Air France-KLM, mais fléché pour Air France), et 3,4 milliards d'euros pour KLM, composé là aussi d'un prêt direct de l'Etat néerlandais d'un montant de 1 milliard d'euros et d'un prêt bancaire garanti par La Haye de 2,4 milliards d'euros.

Si ces prêts ont permis de renflouer les deux compagnies et compenser les énormes pertes de cash engendrées par la crise sanitaire, l'opération aujourd'hui vise essentiellement à renforcer les fonds propres du groupe.

Montage complexe

Le montage est complexe et les montants en jeu sont colossaux. Ils s'élèvent à plusieurs milliards d'euros (autour de 6-7 milliards disent des analystes, en fonction de l'engagement des différentes parties prenantes), ce qui ne signifie pas qu'il y aura une injection de capital du même montant. Loin de là. Car, dans le montage qui tient la corde (rien n'est encore tranché), une partie de l'opération vise à convertir en capitaux propres la dette liée aux prêts d'actionnaires accordés par l'Etat français (3 milliards) et par l'Etat néerlandais (1 milliard), si ce dernier veut participer à l'opération. Ceci en convertissant ces prêts en obligations hybrides, lesquelles, dans le format choisi par le groupe, sont considérées comme des capitaux propres. Ce type d'instruments ressemble par certains côtés à des obligations perpétuelles, à la différence que la moitié seulement de la valeur de ces dernières est aujourd'hui considérée comme des fonds propres; l'autre moitié étant assimilée à de la dette.

Ainsi convertis, les prêts directs des deux Etats permettraient de renforcer les fonds propres d'Air France-KLM sans augmenter leur participation dans le capital du groupe.

Selon nos informations, une demande d'approbation de ce principe de conversion doit être envoyée à Bruxelles d'ici à la fin de l'année. La réponse est attendue début 2021.

Augmentation de capital

Dans le schéma envisagé côté français, cette opération de conversion de la dette en capitaux propres se doublerait d'une augmentation de capital, dont les besoins sont estimés par certains analystes à moins de trois milliards d'euros. L'Etat français entend bien participer, comme l'a indiqué le ministre des transports Jean-Baptiste Djebbari, au Paris Air Forum. "L'Etat va monter au capital de manière importante", avait-il précisé, mais sans toutefois dépasser, selon certaines sources, les 30%, pour éviter de devoir lancer une offre publique d'achat (OPA) sur le reste du capital, comme l'oblige la réglementation française quand ce seuil est franchi. Ce qui fera grosso modo doubler la participation de l'Etat français, aujourd'hui de 14,3%. Au regard de la faiblesse de la capitalisation boursière d'Air France-KLM (2,3 milliards d'euros), les sommes à injecter par l'Etat français tourneront autour de 300-400 millions d'euros. Même chose pour l'Etat néerlandais, s'il décidait de suivre et maintenir la parité avec Paris. Le reste de l'augmentation de capital se fera sur le marché. Les chances de voir les deux gros actionnaires industriels du groupe, Delta et China Eastern (8,3% du capital chacun), participer à l'opération sont minces pour ne pas dire nulles en raison de la nécessité de se concentrer sur leur propre situation. Ils seraient par conséquent dilués.

Si les conditions de marché n'étaient pas réunies, l'augmentation de capital pourrait être décalée par rapport à l'opération de renforcement des fonds propres, laquelle est prévue d'ici au printemps prochain. Alors que le groupe avait déjà de quoi tenir une bonne partie de l'année 2021 avant l'annonce de l'arrivée des vaccins, l'amélioration de la situation sanitaire attendue l'an prochain avec les campagnes de vaccination permet de repousser le besoin de liquidités supplémentaires de plusieurs trimestres.

Que feront les Pays-Bas?

Reste à voir l'attitude de l'Etat néerlandais. En effet, La Haye demande du temps. Dans la perspective des élections régionales en mars, le gouvernement ne veut pas griller ses munitions avec le dossier Air France-KLM, notamment le ministre des Finances Wopke Hoekstra à qui l'on prête l'ambition de viser le poste de Premier ministre. Son action en catimini en février 2019 pour arracher 14% du capital d'Air France-KLM, et la perte de valeur de cette participation depuis, lui sont souvent reprochées. D'autant plus que cette montée au capital du groupe n'a pas permis aux Pays-Bas d'obtenir plus de droits au sein du groupe pour peser sur la stratégie. Résultat, la question de la participation des Pays-Bas à l'augmentation de capital est clairement posée, même si les sommes en jeu restent largement accessibles. Selon plusieurs observateurs, la probabilité que les Pays-Bas ne suivent pas l'Etat français n'est pas négligeable.

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Commentaires
a écrit le 10/12/2020 à 4:27 :
Le pouvoir ne se partage pas, c'est pourtant simple.
a écrit le 10/12/2020 à 3:42 :
Pendant ce temps le SNPL rémunéré 200 K par an achète les bulles du NASDAQ... c'est beau le patriotisme français!
Réponse de le 13/12/2020 à 11:39 :
Surprenant de voir ce genre de commentaire inepte sous ces colonnes.
Un syndicat toucherait une rémunération ????? Un syndicat achèterait des valeurs au NASDAQ.....???? Les syndicats ont des statuts et je doute que cela en fasse partie .
Il est toujours amusant de voir qu’à chaque article sur Air France , nous sommes toujours gratifiés d’au moins un commentaire de ce style biberonné à la haine et n’ayant aucun rapport avec l’article .

Il en fallait un , ce fut megadebt.....

Regrettable qu’il soit publié quand tant d’autres ne le sont pas...
a écrit le 09/12/2020 à 14:19 :
J’ai entendu que c’était la totalité de l’aide Française pour le Groupe AFKL alors que l’état néerlandais verse directement à KL. C’est quoi le fléchage d’un prêt et comment cela est-il distingué une fois attribué à la Holding ? Pourquoi les formes d’aides sont-elles différentes pour les 2 filiales ?
a écrit le 08/12/2020 à 15:12 :
Je ne suis pas un pro des montages financiers, mais il me semble que cette conversion n'est qu'un changement de statut : en quoi est-ce que ça donne des moyens financiers supplémentaires au groupe ?
Réponse de le 08/12/2020 à 17:34 :
Bonjour, 3 milliards de recapitalisation correspondent à une injection de 3Mds€ et une dilution des actions (donc celui qui injecte voit son nombre de parts augmenter). La transformation de dette classique en dette hybride correspond à un changement de terme de remboursement. La dette hybride n'est remboursée que lorsque l'entreprise souhaite le faire (dans 1, 10, 15, 30 ans...). En attendant de rembourser, l'entreprise verse uniquement un intérêt. Donc cette dette est comptabilisée comme des quasi fonds propres, notamment par les agences de notation. Ca ne donne pas en revanche droit à des actions en plus pour le détenteur de la dette hybride. Cette forme de dette peut être vue comme une dette perpétuelle (jusqu'à ce qu'on décide de réellement rembourser). Donc l'entreprise n'a plus de tension pour rembourser et considère qu'elle a bien cet argent de côté... si j'ai bien compris !
Réponse de le 10/12/2020 à 3:52 :
@ Baton : merci pour ces précisions

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