Covid-19, bénéfices en baisse, grèves chez HOP : les temps sont durs pour Air France-KLM

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(Crédits : Reuters)
Le groupe de transport aérien a dégagé en 2019 un bénéfice d'exploitation de 1,141 milliard d'euros, en retrait de 264 millions d'euros par rapport à 2018, année qui avait été impactée par 15 jours de grève à Air France. L'année 2020 s'annonce difficile avec le Covid-19. L'impact négatif sur le résultat d'exploitation est estimé à 150-200 millions d'euros entre février et avril.

Les temps sont durs pour Air France-KLM. Les effets négatifs du Covid-19 sur l'activité du groupe, l'incertitude qu'il fait peser sur l'année 2020 après un exercice 2019 difficile, marqué par un résultat d'exploitation inférieur à celui de l'année précédente qui avait pourtant été impacté par des conflits sociaux à Air France, viennent rappeler que les difficultés du groupe persistent 18 mois après l'arrivée aux commandes de Ben Smith et que l'objectif de rattraper sur le plan financier ses deux rivaux, Lufthansa et le groupe IAG, ne sera pas une mince affaire si tant est que cet objectif soit tenable.

Ce jeudi, à l'occasion de la présentation des résultats financiers 2019, Air France-KLM a estimé l'impact négatif du Covid-19 sur le résultat d'exploitation de février à avril à 150-200 millions d'euros. Se fondant sur une reprise progressive des opérations vers la Chine (les vols sont aujourd'hui suspendus), cette prévision prend en compte la perte de recettes liée à la suspension des opérations, l'impact négatif sur les flux de correspondance et l'affaiblissement sur le reste de l'Asie ainsi que les économies réalisées.

"C'est l'hypothèse que nous avons retenue pour l'instant. Nous ne savons pas si elle est totalement crédible ou pas du tout crédible", a déclaré à des journalistes le directeur financier du groupe, Frédéric Gagey. "Évidemment, si c'est plus long, l'impact sera supérieur ", a-t-il ajouté.

Tous les transporteurs craignent en effet que cette crise sanitaire déborde sur la saison estivale, laquelle génère l'essentiel des bénéfices de l'année.

Lire aussi : Que le coronavirus déborde sur la saison été : la grosse crainte des compagnies aériennes

KLM génère l'essentiel des bénéfices

Cette crise intervient alors que les résultats du groupe, en particulier ceux d'Air France, ne montrent pas d'amélioration malgré l'apaisement du climat social à Air France et la faillite en septembre de deux compagnies françaises. En 2019, Air France-KLM a dégagé un bénéfice d'exploitation de 1,141 milliard d'euros, en retrait de 264 millions d'euros par rapport à 2018 qui avait été impacté par 15 jours de grève à Air France à hauteur de 335 millions d'euros. Hors effet des grèves, le bénéfice d'exploitation baisse donc de près de 600 millions d'euros (soit 33,5%), en grande partie à cause de la hausse de 550 millions d'euros de la facture carburant que l'environnement commercial et concurrentiel n'a pas permis de compenser. Les difficultés de l'activité cargo ont pesé lourdement et ont absorbé la baisse des coûts unitaires de 0,9% réalisée en 2019.

Comme c'est le cas depuis des années, KLM dégage l'essentiel des bénéfices du groupe : 853 millions d'euros, contre 280 millions pour Air France.

L'année 2020 s'annonce donc difficile, même si le groupe devrait bénéficier d'une baisse de la facture carburant de 300 millions d'euros. Elle sera suivie de près pour voir si les mesures prises par Ben Smith commencent à se faire sentir dans les comptes. Au sein du groupe Air France, elle débute par un conflit avec les pilotes de HOP, dont il est encore difficile de mesure l'ampleur.

Lire aussi : Air France : grève des pilotes de HOP et du personnel des escales françaises

Un plan stratégique très ambitieux

En tous cas, le plan stratégique du directeur général canadien dont l'objectif est d'atteindre une "marge opérationnelle moyen-terme de 7-8%" (contre 4,2% en 2019), n'est pas remis en cause. Ce plan est très ambitieux. Sachant que la marge de KLM était de 7% en 2019, l'essentiel du plan consiste donc à améliorer significativement la performance d'Air France, qui a affiché l'an dernier une marge de 1,7% seulement.

Air France-KLM entend en effet porter la marge de la compagnie française à 7-7,5% contre 9 à 10% pour KLM. En valeur absolue, l'objectif du groupe est d'augmenter d'ici à 2024 le résultat opérationnel d'Air France de 900 millions d'euros, celui de KLM de 250 millions d'euros et celui de Transavia de 100 millions d'euros.

"La compétitivité est le challenge majeur d'Air France", a déclaré Anne Rigail, la directrice générale d'Air France. Cela passe notamment a-t-elle indiqué par "le renouvellement de la flotte, une gestion dynamique du réseau, le développement d'une offre moyen-courrier au départ d'Orly, une baisse de capacité de l'offre sur le réseau intérieur, la simplification des fonctions support, l'optimisation des dépenses extérieures, le recentrage sur la distribution directe ou encore le développement des recettes annexes", qui ont augmenté de 23% en 2019.

Autre piste pour améliorer la compétitivité, mais le sujet n'a pas été abordé : Air France peut compter sur une pyramide des âges favorable permettant d'envisager des réductions d'effectifs. De nombreux départs naturels sont en effet prévus au cours des prochaines années dans les fonctions support.

Le cours de Bourse du groupe a chuté ce jeudi de 3,49%.

Encadré : Près de 30 milliards de dollars de manque à gagner pour l'aérien

L'épidémie actuelle liée au nouveau coronavirus pourrait entraîner un manque à gagner de 27,8 milliards de dollars pour les compagnies aériennes, dont 12,8 milliards sur le seul marché intérieur chinois, a estimé jeudi l'Association internationale du transport aérien (Iata). La baisse nette du nombre de passagers par rapport à 2019 pourrait être de 8,2% en 2020 dans la région Asie-Pacifique, estime l'Association. "Dans ce scénario, cela se traduirait par une perte de revenus de 27,8 milliards de dollars en 2020 pour les transporteurs de la région", explique Iata.

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Commentaires
a écrit le 24/02/2020 à 8:41 :
Ce qui pèse sur les comptes d'Air France, c'est le coût excessif des salaires et avantages divers dont bénéficient ses pilotes. Aucun gouvernement, aucun patron n'a voulu s'attaquer à ce bastion du corporatisme...
a écrit le 23/02/2020 à 2:59 :
Air France a été , est , et sera encore une belle compagnie aérienne.
Bravo Air France .
a écrit le 22/02/2020 à 5:34 :
Axe de réflexion de Mme Rigail: compter sur la pyramide des âges pour diminuer les effectifs des fonctions support !!!
Avis d un ex PDV de 2014: il y a 10 ans que tous les DG font cela sans que cela n aboutisse à une amélioration des résultats.
Pourquoi ne parlez vous pas des effectifs d encadrement des pilotes et Pnc ainsi que des dernières augmentations accordées aux pilotes par Ben Smith pour acheter la paix sociale.
Le personnel au sol est exténué par cette politique en cachette du copain copain avec le SNPL qui peut tromper le citoyen lambda mais certainement pas le personnel dévoué du sol
a écrit le 21/02/2020 à 13:26 :
On loue un A380 au Portugal pour rapatrier une poignée de compatriotes qui ont chacun 5 sièges ! Air France est restée absente . Bravo Macron .
a écrit le 21/02/2020 à 9:28 :
AF a des équipes trop nombreuses au siège, dans les fonctions support (marketing, RH, gestion....). Easyjet fait voler bien plus de passagers que AF et HOP avec des effectifs administratifs bien plus réduits.
a écrit le 20/02/2020 à 20:00 :
Mais si monsieur ,
car depuis les sixties AF a enchainé grève après grève et vit toujours .
Soyez optimiste , la gréviculture ne tue pas ou alors il n'y aurait plus de fonctionnaires ni de port ni d'enseignants .
a écrit le 20/02/2020 à 17:38 :
faut plaindre les pauvres pilotes d af qui sont les mieux payes d europe et font le moins d heures de vol...heureusement qu il y a klm qui bosse et fait des benefices....
a écrit le 20/02/2020 à 16:34 :
AF ne peut se défaire de cette greviculture maladive qui la tue à petit feu. Car comme l'a prédit le patron de Lufthansa en 2019, il n'y aura pas de place pour tt le monde chez les groupes aériens européens ds les prochaines années.

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