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Pour attirer les cheminots de la SNCF, Transdev est prêt à les payer plus

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 10 avril 2018 à 13:38 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:06

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Thierry Mallet, le Pdg de Transdev, explique que si le statut et les conditions de travail de la SNCF sont imposés aux nouveaux entrants dans le cadre de l'ouverture à la concurrence du ferroviaire, Transdev ne bougera pas.

En plein bras de fer entre le gouvernement et les syndicats de la SNCF sur la réforme de la société publique pour la préparer à l'ouverture à la concurrence, Transdev, l'opérateur privé français de mobilités, présent dans le secteur ferroviaire dans plusieurs pays comme l'Allemagne ou la Suède, lorgne la fin du monopole de la SNCF sur le réseau régional et reste attentif aux modalités de l'ouverture à la concurrence. Notamment sur le plan social, alors que le gouvernement pourrait être tenté, pour calmer le jeu avec les syndicats, de faire des concessions aux cheminots qui mettraient des bâtons dans les roues des futurs nouveaux entrants.

« Il y a deux conditions à la réussite de la réforme ferroviaire : mettre en place une véritable ouverture à la concurrence permettant aux nouveaux entrants de détenir une part de marché significative, mais aussi une organisation du travail différente, plus souple que celle que nous connaissons aujourd'hui », a déclaré ce mardi Thierry Mallet, le Pdg de Transdev, lors de la présentation des résultats financiers de 2017 marqués par une hausse de 10 millions du résultat net, à 76 millions d'euros pour un chiffre d'affaires stable de 6,6 milliards.

«Il ne faut pas rigidifier le modèle social et faire en sorte que le statut et les conditions de travail qui existent à la SNCF soient imposés aux nouveaux entrants, sinon nous ne bougerons pas », a-t-il ajouté.

Également président de l'UTP, l'union des transporteurs publics, Thierry Mallet prône la flexibilité du travail et la polyvalence des équipes sur le terrain, nécessaires selon lui à l'amélioration de la qualité de service.

Pour laisser le temps à la SNCF de revoir son mode de fonctionnement, il soutient une ouverture à la concurrence progressive comme ce fut le cas en Allemagne où 24 ans après l'ouverture à la concurrence « la Deutsche Bahn est aujourd'hui aussi compétitive que les acteurs privés ». Lui ne voit pas Transdev ouvrir les premières lignes régionales françaises avant fin 2020-début 2021 et n'envisage pas de se lancer sur les lignes à grande vitesse.

Intérêt pour les petites lignes

Cette polyvalence est d'ailleurs à ses yeux indispensable pour relancer les « petites lignes » exploitées à grand frais par la SNCF dont la pérennité, même si le gouvernement a garanti leur maintien, est menacée à terme pour des raisons de coûts.

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« Le bénéfice de la concurrence, c'est aussi la capacité de régénérer les petites lignes. Il y a beaucoup de choses à faire pour les petites lignes en France », a expliqué Thierry Mallet en prenant l'exemple des réussites de Transdev dans ce domaine en Allemagne ou celui de la ligne Carhaix-Guingamp-Paimpol en Bretagne que Transdev ne pourrait pas exploiter aux mêmes coûts avec le modèle SNCF.

En évitant de « démultiplier les personnes pour faire une fonction » ou « que plusieurs fonctions puissent être portées par plusieurs personnes », la polyvalence permet de baisser les coûts du personnel.

« Il faut faire en sorte que le train soit presque géré comme un autocar sur rail avec un chef de train qui est également le conducteur. C'est comme cela que l'on peut avoir un service économique. Si l'on compartimente les fonctions, il faut 3 ou 4 personnes et on ne peut plus faire fonctionner ce type de lignes. C'est un élément clé », a précisé Thierry Mallet.

Certains éléments du statut seront conservés

S'il défend une nouvelle façon de travailler, ce dernier est néanmoins favorable à conserver des éléments du statut des cheminots qui viendraient chez Transdev, comme « la rémunération, la garantie de l'emploi, certains avantages comme les facilités de circulation ou l'accès à la médecine particulière de la SNCF et le système de retraite ».

Thierry Mallet entend bien attirer des volontaires de la SNCF.

« On va faire en sorte d'être attractif. Pour que les cheminots aient envie à venir chez nous. Je suis prêt à les payer plus pour autant qu'on ait une organisation du travail différente », a-t-il expliqué.

Autrement dit en travaillant plus, l'objectif de  Transdev étant de faire rouler plus de trains avec les mêmes effectifs.

Édouard Philippe affiche sa fermeté

Les propos du Pdg de Transdev interviennent au moment où Edouard Philippe a affiché mardi devant les députés LREM sa fermeté face aux mouvements contre les réformes de l'exécutif, jugeant qu'"il se joue quelque chose de plus large que la réforme ferroviaire", certains attendant "le grand soir" ou "que l'on cède".

"Il faut toujours plus d'explications et toujours plus de pédagogie. En matière d'explication, nous n'en faisons jamais assez. Il faut démultiplier cet effort et chacun doit s'y coller", a exhorté le Premier ministre, selon des participants à cette réunion à huis clos.

Le chef de file des députés LREM Richard Ferrand les avait appelés la semaine dernière à aller "voir les cheminots" pour faire la pédagogie de la réforme. Ceux des élus qui l'ont fait ont été diversement accueillis sur le terrain.

"Nous devons donner des exemples. On a ouvert la concurrence dans le secteur aérien par exemple, et le client a eu une offre développée. Le transport ferroviaire gagnera lui aussi beaucoup à l'ouverture à la concurrence", a aussi plaidé Edouard Philippe.

Et cet ancien LR de marteler : "On ne privatise rien, on ouvre à la concurrence".
Le projet de loi de réforme ferroviaire, vivement critiqué à gauche, est au menu de l'Assemblée toute la semaine, avec un examen rallongé jusqu'à vendredi.

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"Il se joue aujourd'hui quelque chose de plus large que la réforme ferroviaire : certains attendent le grand soir, d'autres attendent que l'on cède", a ajouté le chef du gouvernement, en référence également aux mouvements de blocage dans les universités contre la loi sur les nouvelles modalités d'accès à l'enseignement supérieur et Parcoursup. Sur ces réformes, "nous irons jusqu'au bout", tweetaient des députés LREM pendant leur réunion de groupe.

Fabrice Gliszczynski

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