Pour éviter de semer la pagaille dans le ciel américain, la mise en place de la 5G près de certains aéroports est reportée

Les opérateurs de téléphonie mobile AT&T et Verizon vont finalement retardé temporairement le déploiement de la 5G autour de "certains aéroports" aux États-Unis afin d'éviter le potentiel "chaos" craint par les acteurs du transport aérien. oe Biden a remercié dans un communiqué les deux opérateurs pour cette décision, qui évite selon lui des perturbations "potentiellement dévastatrices" du trafic aérien tout en permettant l'activation de l'immense majorité des tours de téléphonie mobile prévues pour la 5G, élément essentiel pour la compétitivité du pays.

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(Crédits : Mike Blake)

Il était prévu le 5 décembre, puis le 5 janvier avant d'être reporté au 19 janvier. Et aujourd'hui le déploiement de la 5G aux Etats-Unis est une nouvelle fois contrarié puisqu'il est temporairement décalé autour de certains aéroports. C'est ce qu'ont annoncé les deux opérateurs de téléphonie mobile AT&T et Verizon vont finalement retarder temporairement dans le but d'éviter le potentiel "chaos" redouté par les compagnies aériennes. Un geste salué par le président américain Joe Biden, inquiet d'éviter des perturbations pour les passagers. La Federal Aviation Authorities (FAA), la direction de l'aviation civile américaine s'inquiète de possibles interférences entre les fréquences utilisées par la 5G et des instruments de bord essentiels à l'atterrissage des avions dans certaines conditions et a exigé des ajustements.

Le secteur aérien redoute en effet que cela ne brouille les données des radioaltimètres, un radar qui mesure la distance séparant l'avion du sol, essentiel aux instruments de nuit notamment pour atterrir ou en cas de mauvaise visibilité. Ces derniers fonctionnent dans le spectre des 4,2 à 4,4 GHz. Un niveau proche de certaines fréquences attribuées (pour plusieurs dizaines de milliards de dollars) début 2021 à AT&T et Verizon pour le déploiement de leur 5G, lesquelles vont de 3,7 à 3,98 gigahertz (GHz).

Lire aussi 5 mn5G et aéroports: le chaos est "imminent", alertent 10 compagnies aériennes américaines

Airbus et Boeing avaient également tiré la sonnette d'alarme

S'il n'y a pas de risque d'interférence directe entre les fréquences, la puissance d'émission des antennes 5G ou une partie des émissions dirigée vers le haut pourrait poser problème à certains altimètres. Un point sur lequel les constructeurs Airbus et Boeing ont eux aussi alerté. Pourquoi aux outre-Atlantique et par ailleurs? Car les Etats-Unis ont par exemple choisi des fréquences plus proches de celles des radio-altimètres qu'en Europe ou en Corée du Sud.

Pour l'heure, la FAA a pour l'instant validé l'utilisation de certains modèles radioaltimètres et donné son aval pour 48 des 88 aéroports américains les plus directement affectés par les risques d'interférences, imposant donc encore des restrictions dans certains cas.

Face à la pression des transporteurs AT&T et Verizon ont accepté de différer temporairement l'activation de tours de téléphonie mobile autour de certaines pistes d'aéroports, tout en maintenant le lancement de la 5G dans le reste du pays.  Les deux opérateurs regrettent toutefois que les autorités aient mis autant de temps à réagir à ce déploiement de la 5G, prévu depuis au moins deux ans. Et ce, alors que la 5G est déployée en toute sécurité autour des aéroports dans plus de 40 pays, font-ils valoir.

"Ce n'est pas un sujet mondial ou européen, c'est vraiment un sujet spécifique sur l'utilisation de la 5G et sa mise en oeuvre aux États-Unis en termes de bandes de fréquences et de puissance", a assuré le patron d'Airbus Guillaume Faury début janvier.

 En Europe, la bande-coeur de fréquences pour la 5G a été délimitée entre 3,4 et 3,8 GHz, des fréquences moins proches de celles des radioaltimètres qu'outre-Atlantique.

En Corée du Sud, pays très en pointe dans le déploiement de cette technologie mobile, les fréquences 5G ne vont pas au-delà de 3,7 GHz. Le Japon, qui permet à ses opérateurs d'aller jusqu'à 4,1 GHz, ne prévoit "aucune mesure d'atténuation au-dessous de 4 GHz -c'est-à-dire aucune restriction dans le spectre où se dérouleront les opérations 5G aux États-Unis-, et il n'y a pas eu de déclarations d'interférences", plaide le CTIA, l'organisme regroupant les acteurs de la téléphonie mobile américains.

La France s'est saisie du dossier fin 2020

La France s'est saisie dès la fin 2020 des risques d'interférence. "Des zones de protection ont été mises en place autour de 17 grands aéroports français appliquant des procédures d'atterrissage de précision par tous les temps afin de limiter la puissance d'émission des antennes 5G à proximité immédiate de ces aéroports", selon la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). Les opérateurs 5G doivent limiter la puissance des émissions et ne peuvent orienter leurs faisceaux vers le haut dans des "zones de sécurité et de précaution" s'étendant sur plusieurs kilomètres à chaque extrémité de la piste, selon l'Agence nationale des fréquences (ANFR). De fait, les zones de précaution mises en place autour des aéroports américains concernent seulement les 20 dernières secondes du vol de l'avion, contre 96 secondes en France, constate la FAA américaine. Les opérateurs n'y ont pas d'obligation d'incliner leurs antennes 5G vers le bas comme en France et la puissance d'émission est plus forte.

"Aux Etats-Unis, les niveaux de puissance réduits temporairement tels qu'ils sont prévus à travers le pays resteront 2,5 fois plus élevés qu'en France", admet le régulateur américain de l'aérien.

Modification ou suspension de vols vers les Etats-Unis

Pour autant, malgré la décision de Verizon et AT&T, certaines des principales compagnies aériennes mondiales ont modifié ou suspendu leurs vols à destination des États-Unis avant le déploiement mercredi des nouveaux services de 5G dans le pays. D'autres ont changé de modèle d'avion. Plusieurs compagnies aériennes, dont Emirates, All Nippon Airways, Japan Airlines, Korean Air Lines, China Airlines ou Cathay Pacific Airways, ont annoncé qu'elles suspendraient leurs vols vers les États-Unis ou qu'elles n'utiliseraient pas les avions de Boeing pour leurs vols à destination des et aux États-Unis.

Les compagnies aériennes ont déclaré avoir pris cette décision en réponse à un avis de Boeing selon lequel les signaux 5G pourraient interférer avec le radioaltimètre du 777.

(Avec AFP et Reuters)

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Commentaires 2
à écrit le 19/01/2022 à 13:43
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Ne manquez pas de lire "Oxymore" de Jean Tuan chez C.L.C. Edition. L'auteur observateur attentif de la Chine, le pays de son père, nous dévoile les desseins secrets de la Chine avec l'installation de la 5G. Vous découvrirez un très "croustillant" por...

à écrit le 19/01/2022 à 10:00
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Il faudrait prendre à bras le corps ce problème et arrêter de tourner autour avant une catastrophe.

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