Recapitalisation d'Air France : Ryanair pousse Bruxelles à durcir les contreparties

En pleine négociation entre Paris et Bruxelles sur la recapitalisation d'Air France par l'Etat français, la compagnie low-cost irlandaise a appelé mercredi la Commission européenne à exiger qu'Air France cède de nombreux créneaux aéroportuaires de décollages en France en contrepartie de la validation de l'aide d'Etat qu'elle recevra. Ryanair demande même un durcissement de ces contreparties.
Fabrice Gliszczynski
(Crédits : Christian Hartmann)

Pour l'instant, tout le monde est dans son rôle dans le débat sur la restitution des créneaux horaires de décollage à Orly qu'Air France que devrait respecter en contrepartie d'un feu vert à sa recapitalisation par l'Etat français. La direction s'étrangle, les syndicats s'indignent, certains observateurs (parfois très proches de ces derniers) crient au scandale et le ministre des transports Jean-Baptiste Djebbari s'y oppose. De l'autre, Ryanair met la pression sur Bruxelles en lui demandant dans un communiqué diffusé ce mercredi de rester ferme afin "de garantir une concurrence loyale sur le marché français et de protéger les intérêts des consommateurs français".

Ryanair candidate pour Orly

La compagnie low-cost irlandaise se dite en capacité d'assurer tout ou partie des créneaux horaires que devraient restituer Air France à Orly, et évoque aussi Roissy et Lyon où la situation est différente puisque, contrairement à Orly, la pénurie de créneaux s'observe dans les plages de hub d'Air France.

"L'UE doit mettre fin à ce flot de renflouements discriminatoires à coups de milliards d'euros à des compagnies aériennes inefficaces qui faussent le marché unique européen et déprécient la concurrence juste et loyale.La commissaire Vestager se doit de rester ferme dans ses discussions avec le gouvernement français. Soit Air France n'obtient aucune aide d'État, soit des recours appropriés devront être mis en place pour garantir des conditions de concurrence justes et équitables pour toutes les compagnies aériennes. Cela implique l'abandon par Air France de créneaux dans des aéroports français clefs. Les 24 créneaux horaires de Paris Orly mentionnés dans certains articles de presse ne suffisent pas, la Commission doit aller plus loin.

Depuis le début de la crise, Ryanair tire à boulets rouges sur les aides d'Etat reçues par les grandes compagnies comme Air France ou Lufthansa. En juin dernier, Edward Wilson, le directeur général de Ryanair avait déclaré dans nos colonnes :

"Les difficultés sont vraiment dues au fait que nous sommes en concurrence avec d'anciennes compagnies nationales qui ont obtenu d'importantes aides financières de leur État. Cet argent sera utilisé pour lutter contre les compagnies à bas coûts. Ce qui signifie que les compagnies aériennes qui dépendent de leurs propres ressources comme Ryanair sont désavantagées. C'est un vrai problème pour l'Europe. Que des compagnies aériennes bénéficient d'un traitement spécial va à l'encontre des principes de l'Union européenne. Nous ne voulons pas d'aides".

Lire aussi : "C'est une honte d'avoir aidé Air France" (Edward Wilson, CEO de Ryanair)

Alors que les syndicats d'Air France ne cessent de dénoncer son modèle basé sur des subventions dans les régions, il avait répondu :

"C'est complètement différent. Pour lancer des routes européennes, les régions françaises ne décident pas d'accorder des "incentives" pour nous faire plaisir, mais parce qu'il y a un retour sur investissement. Il y a un sens pour les régions d'investir pour faire venir des passagers qui dépensent de l'argent sur leur territoire. Chaque passager de Ryanair ou d'une autre compagnie dépense en moyenne plus de 700 euros dans l'économie locale. C'est une forme de décision commerciale. C'est totalement légitime. Avec ses prix exceptionnellement bas, Ryanair peut faire venir des passagers dans les régions. Les autres compagnies peuvent le faire également car les "incentives" des régions ne sont pas proposés à Ryanair seulement, mais à tout le monde. La difficulté pour les autres compagnies, c'est qu'elles ne peuvent pas -ou ne veulent pas- voler vers des petites villes comme Béziers ou Carcassonne, car leur structure de coûts élevée ne leur permet pas de proposer des bas tarifs. C'est un cercle vertueux : la compagnie est performante et a des coûts bas, lesquels permettent de proposer des bas tarifs et de faire venir des touristes dans des régions, lesquelles nouent des partenariats avec des compagnies comme Ryanair ou d'autres comme Easyjet. Comparé à l'aide reçue par Air France, cela a du sens. Air France, dit à l'État : "On perd de l'argent. Donnez-nous-en s'il vous plaît !" Le secteur du voyage aérien n'est pas systémique. Il survit à la faillite d'une compagnie. Les passagers se moquent d'utiliser ou pas une compagnie nationale. Pourquoi le contribuable doit-il payer pour les maintenir" ?

Fabrice Gliszczynski

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 15
à écrit le 12/02/2021 à 12:23
Signaler
Ok, mais dans ce cas il faut interdire toute subvention publique aux petits aéroports qui accueillent Ryanair.

à écrit le 11/02/2021 à 14:50
Signaler
Quand le savant montre la Lune , l'idiot regarde le doigt ! Désolé de ressortir cette phrase usée… mais toujours aussi vraie, quand je vois tous ces commentaires anti-Europe primaires et dépourvus d'arguments. Est-ce la faute à l'Europe si une co...

le 11/02/2021 à 16:02
Signaler
Shootée aux subventions? Vous avez des preuves? À part dès soi disantes infos glanées sur les réseaux sociaux? Pas d’aides depuis 1993. L'état s’est depuis bien rattrapé avec tout ce que la compagnie a payé en taxes, charges. Quasiment tous ses...

le 11/02/2021 à 16:48
Signaler
@N'importe quoi: 1. AF reçoit des aides d'état sous formes de "bord à bord" et de délégation de service public. Et les sommes sont "rondelettes" par rapport aux prix de la concurrence, pourtant disponible pour moins cher; 2. La seule année ou AF a ...

le 11/02/2021 à 17:16
Signaler
Les deleguations de service public sont ouvertes à tous. Elles Permettent d’exploiter des lignes non rentables car peu fréquentées mais permettant un désenclavement de certaines régions. Quand RYR touche de l’argent des régions Pour financer ses lig...

le 18/02/2021 à 8:21
Signaler
"Shooté aux subventions publiques" ? Ha bon ? D'où sortez vous cette affirmation vous qui avez l'air si savant ? Air France ne coûte rien à l'état depuis des lustres, contrairement à une compagnie comme ryanair qui, elle, est payée par les régions po...

à écrit le 11/02/2021 à 13:48
Signaler
Soit il faut "sortir" de cet cet EU incompetente, soit "tenir bon" contre ce chantage.

à écrit le 11/02/2021 à 11:37
Signaler
la rue des lobbys Bruxelles défend ses intérets un point c tout . la gestion du covid et des vaccin le prouve

à écrit le 11/02/2021 à 11:13
Signaler
On se demande parfois ce que la France fait dans cette UE qui empêche les groupes de rester compétitifs au niveau mondial. De toute façon, il faudrait privatiser cette compagnie qui est toujours en difficulté covid ou pas. Mais qui voudra acheter u...

le 11/02/2021 à 21:05
Signaler
Pour info Air France est privatisée depuis plus de 15 ans...

à écrit le 11/02/2021 à 11:00
Signaler
Combien ryanair paye d'impôts en France?

le 11/02/2021 à 12:07
Signaler
Combien de CICE touche Ryanair en France: 0

le 11/02/2021 à 13:12
Signaler
Je ne sais pas combien d impôts paye Ryanair en France mais une chose est certaine: je préfère pouvoir choisir entre différentes compagnies aériennes plutôt que être obligé de passer par air France qui dans ma zone a le monopole et m'arnaque avec des...

à écrit le 11/02/2021 à 10:37
Signaler
Vu de l'autre cote du globe, cette lutte intestine est jubilatoire. Union qui n'en a que le nom. Adieu vieille europe, que le diable t'emporte.

à écrit le 11/02/2021 à 9:45
Signaler
Ryainair qui est en moins mauvaise santé que les autres compagnies aériennes cherche à s'étendre tandis que le modèle économique aérien est largement subventionné, c'est logique ils avancent leurs pions. Puis avec l'entité informe qu'est Bruxelles to...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.