Vente de Corsair : coup de théâtre, le vendeur TUI prêt à rester au capital

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(Crédits : DR)
Le projet de vente de la compagnie aérienne française à Intro Aviation et Crestline prend une autre tournure. TUI est prêt à conserver près de 25% de Corsair tandis que les salariés se verraient attribuer 20% du capital. Le calendrier de vente est décalé. Un nouveau processus d'information-consultation du comité d'entreprise a été acté. Il s'achèvera fin février.

Le processus de vente de Corsair (1.200 salariés) par le groupe touristique TUI est chamboulé. L'opération qui passait par la vente de la compagnie aérienne française à Intro Aviation, un groupe allemand spécialisé dans différentes activités aériennes, en partenariat avec le fond d'investissement américain Crestline, prend en effet une autre tournure. Pour lever les doutes des représentants du personnel sur la solidité financière des acheteurs, TUI, qui cherche pourtant à se désengager de Corsair depuis des années, est désormais prêt à rester au capital de la compagnie française.

20% proposés aux salariés

Dans le schéma capitalistique sur lequel travaillaient jusqu'ici les différentes parties prenantes de ce dossier, le couple Intro Aviation-Crestline devait détenir 80% de Corsair et les salariés le solde (20%).

Selon des sources concordantes, ce schéma a été remplacé par un autre projet qui maintient la présence du groupe TUI dans le capital de Corsair à hauteur de 25% environ. La part de l'actionnariat salarié ne bougerait pas. Elle serait portée par une fondation néerlandaise dans le but de mettre en place un système d'intéressement à travers les dividendes. La participation d'Intro Aviation et de Crestline serait, en revanche, ramenée à près de 55%.

Ce schéma a été dévoilé jeudi 20 décembre lors d'un comité d'entreprise extraordinaire. Contactée, la direction de TUI France et de Corsair n'était pas en mesure de répondre à nos sollicitations.

Le calendrier prolongé

Ce nouveau projet décale le calendrier. Lancé le 9 octobre, le processus d'information-consultation des représentants du personnel, qui devait se conclure le 10 janvier 2019 par l'avis du comité d'entreprise sur le projet, est désormais remplacé par un nouveau processus d'information-consultation devant désormais s'achever fin février.

Le maintien de TUI dans le capital vise à apporter des garanties aux représentants du personnel et aux salariés sur la solidité du montage capitalistique. Leader mondial du tourisme, TUI est en effet très puissant financièrement et a toujours joué chez Corsair son rôle d'actionnaire en supportant non seulement des pertes quasiment récurrentes depuis sa prise de contrôle au début des années 2000, mais aussi les investissements pour tenter de redresser la barre.

Même s'il n'est que consultatif, l'avis du CE peut s'avérer déterminant. Selon plusieurs sources, TUI se serait en effet engagé oralement à suivre son avis, sans pour autant que cet engagement ait une quelconque valeur juridique.

Le 5 décembre dans un communiqué, le bureau SNPL de Corsair indiquait que son "avis était à ce jour négatif", au motif notamment que les "hypothèses budgétaires présentées étaient pour le moins optimistes voire irréalistes" et que "la solidité financière de la nouvelle entité était extrêmement faible et exposait la compagnie à un risque majeur à court et moyen terme".

Interrogé ce jeudi par La Tribune, Jacques Biron du syndicat Unsa ne cache pas son « scepticisme sur le nouveau montage financier » et « espère avoir des informations plus précises par la suite ». Il se dit par ailleurs « déçu de voir Tuifly se développer sur le marché français » et demande « un engagement de non-agression » de cette dernière à l'égard de Corsair. Tuifly se développe en effet dans l'Hexagone sur l'activité moyen-courrier, un segment de marché abandonné depuis plusieurs années par Corsair, focalisée aujourd'hui sur le long-courrier.

Quasi doublement de la flotte

Cette organisation ne modifie en rien les contrats français des salariés de Corsair. Les repreneurs se sont engagés à les conserver. Ce changement de structure capitalistique ne change pas non plus le plan de flotte.

Comme La Tribune le révélait le 30 novembre dernier, Intro Aviation prévoit un quasi-doublement de la flotte de Corsair d'ici à 2023 (13 appareils exactement contre sept aujourd'hui), composée uniquement d'Airbus A330, à la fois des versions remotorisées Neo et des versions classiques. Évoqué cet automne, le remplacement de deux B747-400 par trois A330 Neo devrait être prochainement validé, bien avant l'issue du processus d'information-consultation.

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