Comment Rennes Métropole veut atteindre le « zéro pesticide de synthèse » d’ici à 2030

Le Conseil métropolitain a approuvé le 28 avril dernier la stratégie « Agriculture et alimentation durables » élaborée par Rennes Métropole. L’ambition de la collectivité est notamment de devenir un territoire « zéro pesticide de synthèse » d’ici à 2030. Il s’agit d’accompagner l’évolution des pratiques agricoles des 718 fermes du territoire et de garantir des débouchés aux exploitations. La Fédération Départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles voit dans ce projet une démarche construite « pour l’élite rennaise ».

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Rennes Métropole veut devenir un territoire « zéro pesticide de synthèse » d'ici à 2030, diminuer de 15% les émissions de gaz à effet de serre issues de l'activité agricole et atteindre la moitié de la surface agricole utile en bio.
Rennes Métropole veut devenir un territoire « zéro pesticide de synthèse » d'ici à 2030, diminuer de 15% les émissions de gaz à effet de serre issues de l'activité agricole et atteindre la moitié de la surface agricole utile en bio. (Crédits : Reuters)

Faire de l'agriculture et de l'alimentation durables l'un des chantiers prioritaires du mandat, c'est l'engagement que Rennes Métropole, présidée par la maire PS de Rennes, Nathalie Appéré, entend tenir. L'agglomération a comme ambition de devenir un territoire « zéro pesticide de synthèse » d'ici à 2030, de diminuer de 15% les émissions de gaz à effet de serre issues de l'activité agricole et d'atteindre la moitié de la surface agricole utile en bio. Déjà annoncée depuis juillet 2020, cette stratégie co-construite avec les citoyens et les partenaires territoriaux, a été approuvée le 28 avril par le Conseil métropolitain. La présentation du programme d'actions pluriannuel est fixée à 2023.

 Peser sur la production et sur la consommation

 « Permettre à tous d'avoir accès à une alimentation durable et de qualité est un enjeu majeur, sur les plans sociaux, environnementaux et en matière de santé », avance Yannick Nadesan, conseiller métropolitain, délégué à l'agriculture et à l'alimentation.

« Il n'y avait pas de politique allant dans ce sens jusqu'ici », explique-t-il. Aménagée en ville archipel, Rennes Métropole est un territoire agricole de 43 communes composé à 78% de terres agricoles et d'espaces naturels et à 55% de surface agricole utile. 718 fermes exploitent 38.800 hectares, dont 17% en agriculture biologique. La filière agricole et le secteur de l'agro-alimentaire génèrent 28.000 emplois, énumère le conseiller. « Nous comptons nous appuyer sur cet écosystème dynamique et innovant pour développer et accompagner une agriculture respectueuse des sols, des ressources et de la biodiversité, et continuer de créer des emplois. »

30.000 emplois sous cinq ans

Rennes Métropole prévoit en effet d'atteindre 30.000 emplois dans toute la filière sous cinq ans. La stratégie de la collectivité s'appuie sur le Projet alimentaire territorial (PAT), dont la deuxième phase a été présentée le 28 avril. Reconnu par l'État en juin 2021 dans le cadre du Plan de relance, ce PAT, qui a déjà reçu 486.000 euros de subventions, aborde de façon globale la question des transitions agricoles et alimentaires pour peser à la fois sur la production et sur la consommation.

Le PAT vise à accompagner l'évolution des pratiques agricoles tout en garantissant des débouchés économiques aux exploitations engagées. Une majorité de produits bio et locaux sera à terme proposée dans toutes les restaurations publiques municipales.

100% du patrimoine foncier de Rennes Métropole en bio

Rennes Métropole se donne cinq ans pour atteindre les 17 objectifs fixés, dont les plus notables sont le passage de 100% du patrimoine foncier de Rennes Métropole en bio et le doublement à 600 hectares du foncier agricole de la collectivité pour permettre l'installation-acquisition en agriculture durable.

La Métropole, qui aidera aussi les porteurs de projets pourvoyeurs d'emplois, vient de lancer un appel à manifestation d'intérêt pour trouver des candidats en maraîchage et petites cultures pour sa ferme de Mérol (31 hectares), en conversion bio depuis 2021. Alors que plus de quatre agriculteurs sur 10 ont plus de 55 ans, la question de la transmission des exploitations devient cruciale.

« Nous souhaitons amener 25% des agriculteurs à conduire un diagnostic afin de changer leurs pratiques, faire émerger une ou des plateformes logistiques axées sur la production locale durable et structurer de nouvelles filières locales, dont les dix filières du programme Terres de Sources, label de protection de l'eau » détaille Yannick Nadesan.

Le projet de Rennes Métropole s'adresse aussi aux consommateurs. Croisant l'ambition de la Région Bretagne, la collectivité entend « cultiver le bien manger » qui sera au cœur des réflexions autour de projets d'agriculture urbaine. Elle souhaite aussi encourager à « la transition des comportements alimentaires » vers moins de produits carnés et plus de légumineuses.

« Clivant et illusoire » fustige la FDSEA

Le projet de Rennes Métropole, qui assure avoir reçu 1.100 contributions écrites lors de sa consultation citoyenne et le concours des agriculteurs, ne fait pas l'unanimité. Dans une lettre ouverte, la FDSEA d'Ille-et-Vilaine a dénoncé, le 6 mai, un « projet clivant, illusoire et construit pour l'élite rennaise ».

Affirmant ne pas avoir été associé aux discussions, le syndicat fustige un dénigrement d'une partie des agriculteurs du territoire au profit de l'agriculture biologique. Le syndicat agricole marque son désaccord avec l'objectif d'interdire tous les produits phytosanitaires de synthèse en 2030, estimant que le passage à 50% de bio aura « des conséquences dévastatrices sur tous les élevages et notamment sur l'élevage bovin et laitier, encore majoritaire ».

La Fédération Départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FDSEA) estime aussi que « le marché des produits biologiques se situe autour des 10% » et qu'il est « en berne depuis quelques mois, sans doute en lien avec la crise du pouvoir d'achat ». Si le citoyen souhaite du bio, le consommateur n'est peut-être pas prêt à en payer le prix, 20 à 100% plus cher, avance le syndicat. « Les discussions se poursuivent » tempère Yannick Nadesan. « Notre porte d'entrée c'est quand même que l'agriculture reste un pilier fort du territoire rennais ».

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Commentaires 6
à écrit le 30/05/2022 à 10:45
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Le niveau d'une Métropole est bien adapté à ce type de démarche ambitieuse totalement inapplicable à un niveau national. Si ça marche ça fera un exemple à suivre pour d'autre Métropoles ou intercommunalités sans contraintes étatiques et c'est comme ç...

à écrit le 30/05/2022 à 9:44
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Plus on avance et plus en recule dans les ambitions, dans 5 ans, il sera dit la même chose mais cela sera déjà trop tard!

à écrit le 30/05/2022 à 9:03
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Bravo à Rennes qui suit tranquillement la voie d'autres villes dans ce domaine dans lequel nos politiciens nationaux sont bien trop compromis avec le lobby agro-industriel pour pouvoir faire quoi que ce soit contre l'empoisonnement généralisé. Si on ...

à écrit le 30/05/2022 à 8:09
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Si la résilience dans l'agriculture devait être de mise face à un climat qui change et des prix dans les intrants qui augmentent , il faut sortir de la logique actuelle qui perdure depuis plusieurs décennies. A l'opposé , il faudra reconnaitre le tra...

le 30/05/2022 à 8:37
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suppression des engrais chimiques et des pesticides ) permettra d'atteindre le BON ETAT ECOLOGIQUE Encore un poncif à 2 balles ... L'agronomie c'est de la chimie à la base une plante ne consomme QUE des composées chimiques par exemple pour l'azote ...

à écrit le 30/05/2022 à 8:08
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Si la résilience dans l'agriculture devait être de mise face à un climat qui change et des prix dans les intrants qui augmentent , il faut sortir de la logique actuelle qui perdure depuis plusieurs décennies. A l'opposé , il faudra reconnaitre le tra...

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