Easybike ressuscite le Solex en version décarbonée

Les icones des années 60 sont de retour. Pendant que Renault réhabilite la 4L, c’est sur l’inoxydable Solex que mise le groupe Easybike. Une version en mode vélo électrique urbain sera commercialisée cet automne avant une gamme ultra-connectée puis un cyclomoteur l’an prochain.

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Le Solex a changé plusieurs fois de mains depuis sa naissance après guerre. Easybike a acquis la marque auprès de l'homme d'affaires Jean-Pierre Bansard (également sénateur des français de l'étranger) qui l'avait lui même achetée à Magneti-Marelli (groupe Fiat).
Le Solex a changé plusieurs fois de mains depuis sa naissance après guerre. Easybike a acquis la marque auprès de l'homme d'affaires Jean-Pierre Bansard (également sénateur des français de l'étranger) qui l'avait lui même achetée à Magneti-Marelli (groupe Fiat). (Crédits : Easybike)

De loin, la ressemblance est criante. Même cadre, même guidon, même allure... jusqu'au bloc moteur de l'avant remplacé par un panier cylindrique de forme identique. Pour cette version revampée de feu le Solex, Easybike, devenu propriétaire de la marque en mars 2020, a soigneusement évité de braquer les nostalgiques du « vélo qui roule tout seul ». Les précédents modèles un peu trop clinquants avaient été un échec. Cette fois, le fabricant fait jouer la corde sensible, on ne plaisante pas avec un objet iconique qui s'est écoulé à plus de sept millions d'exemplaires à travers le monde. « Modulo le moteur, c'est une réplique exacte du modèle de 1946, assure Gregory Trebaol, PDG et fondateur du groupe. Comme lui, il est simple, léger, robuste, assemblé en France et accessible indifféremment par un avocat ou un maçon ».

Capital sympathie

Aucun détail n'a été négligé. Même le prix de ce deux roues vintage (un peu moins de 1.600 euros pour le modèle d'entrée de gamme) rappelle le slogan de son ancêtre : « un Solex = un smic ». « En respectant l'ADN de la marque, nous suscitons un courant de sympathie à la fois chez le grand public et dans la communauté des collectionneurs qui sont encore très nombreux » fait valoir son concepteur. Pour entretenir la flamme, l'intéressé a aussi veillé à la date de lancement. Le deux roues dans sa version 2021 est attendu dans les boutiques en novembre : pile 75 ans après la naissance de son grand père. Encore un clin d'œil aux aficionados.

10.000 exemplaires en commande

Manifestement, l'approche fait mouche sur le segment ultra-dynamique des vélos à assistance électrique (VAE) dont le marché, de trois milliards d'euros aujourd'hui en France, est appelé à doubler dans les trois ans. Les prévisions d'Easybike (80 salariés - 21 millions d'euros de chiffre d'affaires) sont au diapason. Le groupe, qui réalise l'assemblage dans son usine normande de Saint Lô, revendique déjà plus de dix mille exemplaires en commande dont un bon millier sera livré dans les prochains jours. « Nous devrions être en mesure de fabriquer 300 vélos par jour parce que nous avons sécurisé la supply chain avec nos fournisseurs d'accastillage » précise Emilie Rambonona, directrice générale déléguée, histoire de rassurer les distributeurs que la pénurie de pièces empêche de dormir.

Vers un vélo 4.0

Les projets de l'inventif Gregory Trebaol, l'un des pionniers français du vélo électrique, ne s'arrêtent pas là. Pour ferrer les plus jeunes, il se prépare à lancer une deuxième gamme de VAE sous le nom de Solex Origine, conçue avec l'école de design parisienne Creapole. « Cette collection obéira à tous les codes de la génération des 20-35 ans pour qui la propriété n'est pas une fin en soi : le partage, la connectivité, l'intelligence embarquée et la recyclabilité » détaille t-il.  Cadre en composite 100% recyclable, enceintes intégrées, double batterie, tracker, système de monitoring et de paramétrage, solutions de leasing, d'assurance et de maintenance, bornes de recharge solaires... Ce n'est plus un deux roues mais un véritable écosystème de mobilité que développe Easybike. Dans son viseur, les citadins millenials mais aussi les flottes en libre service des collectivités pour lesquelles son bureau d'études imagine des solutions de financement participatif. Le VAE en libre service devenant en quelque sorte un produit de placement « pour responsabiliser les utilisateurs et prévenir le vandalisme ».

BB sur un Solex

Le come back du "vélo qui roule tout seul"

Le groupe peaufine, en parallèle, le prototype d'un vélomoteur. Lointain cousin de l'engin qu'enfourchait Brigitte Bardot dans les années 60, ce deux roues sera capable d'atteindre 40 km/h et devrait être mis sur le marché fin 2022. Propulsé par un moteur électrique, il se positionne en rival du scooter zéro émission « trop encombrant, trop lourd et trop compliqué à garer en ville » pour Grégory Trebaol. Dans les cartons enfin, un triporteur et un quadricycle dans lequel le PDG d'Easybike veut voir « la Smart de 2024 ». Comme un retour vers le futur.

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Un français qui revient de loin ... grâce aux américains

L'histoire d'Easybike est celle d'une remontada. Fondé en 2005, dix ans avant qu'Arnaud Montebourg inaugure son usine normande, le groupe a senti passer le vent du boulet. En juin 2019, il est placé en redressement judiciaire par le tribunal de Coutances (Manche) pour cessation de paiements. Lâché par Decathlon qui lui confiait l'assemblage d'une partie de ses vélos, sa trésorerie est à marée basse, lestée par le rachat des marques Matra puis Solex. Il faudra deux ans de procédure avant qu'il ne sorte de la nasse. En 2020, l'agglomération de Saint Lô se porte à son secours en rachetant le site pour le lui louer. Puis c'est un fonds familial suisse qui apporte un peu plus de 7 millions d'euros au capital. Entretemps, le groupe a optimisé ses méthodes de production et réorganisé sa logistique. Las. Les banques françaises ne suivent pas et le tribunal fait la sourde oreille. « C'est un peu comme si nous avions été marqués au fer rouge » se souvient Emilie Rambonona. Le salut viendra finalement d'Outre Atlantique où Grégory Trebaol est encore détenteur de la fameuse Green Card après une jeunesse passée aux Etats-Unis. A l'été 2021, le fonds américain Remington lui consent une ligne de crédit de 50 millions d'euros. « J'avais demandé 30 mais ils ont estimé que nos besoins en fonds de roulement à étaient supérieurs », raconte t-il. Remis à flot et fort d'un carnet de commandes replet, le groupe prépare une levée de fonds de 100 millions d'euros « sous forme d'emprunt obligatoire » précise son PDG.

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Commentaires 2
à écrit le 15/10/2021 à 18:19
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A voir, ça me ferait revenir dans ma jeunesse mais en version modernisée... :-) Quand y avait du verglas (vu vers 1976-77), le galet s'emballait, mais cet engin était déjà fait pour lui procurer une assistance, il fallait l'aider dans les côtes, avec...

à écrit le 15/10/2021 à 9:05
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Nul, n'importe quel vélo électrique affublé d'un porte bagage avant cylindrique peut être baptisé SOLEX.

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