De loin, la ressemblance est criante. Même cadre, même guidon, même allure... jusqu'au bloc moteur de l'avant remplacé par un panier cylindrique de forme identique. Pour cette version revampée de feu le Solex, Easybike, devenu propriétaire de la marque en mars 2020, a soigneusement évité de braquer les nostalgiques du « vélo qui roule tout seul ». Les précédents modèles un peu trop clinquants avaient été un échec. Cette fois, le fabricant fait jouer la corde sensible, on ne plaisante pas avec un objet iconique qui s'est écoulé à plus de sept millions d'exemplaires à travers le monde. « Modulo le moteur, c'est une réplique exacte du modèle de 1946, assure Gregory Trebaol, PDG et fondateur du groupe. Comme lui, il est simple, léger, robuste, assemblé en France et accessible indifféremment par un avocat ou un maçon ».
Aucun détail n'a été négligé. Même le prix de ce deux roues vintage (un peu moins de 1.600 euros pour le modèle d'entrée de gamme) rappelle le slogan de son ancêtre : « un Solex = un smic ». « En respectant l'ADN de la marque, nous suscitons un courant de sympathie à la fois chez le grand public et dans la communauté des collectionneurs qui sont encore très nombreux » fait valoir son concepteur. Pour entretenir la flamme, l'intéressé a aussi veillé à la date de lancement. Le deux roues dans sa version 2021 est attendu dans les boutiques en novembre : pile 75 ans après la naissance de son grand père. Encore un clin d'œil aux aficionados.
Manifestement, l'approche fait mouche sur le segment ultra-dynamique des vélos à assistance électrique (VAE) dont le marché, de trois milliards d'euros aujourd'hui en France, est appelé à doubler dans les trois ans. Les prévisions d'Easybike (80 salariés - 21 millions d'euros de chiffre d'affaires) sont au diapason. Le groupe, qui réalise l'assemblage dans son usine normande de Saint Lô, revendique déjà plus de dix mille exemplaires en commande dont un bon millier sera livré dans les prochains jours. « Nous devrions être en mesure de fabriquer 300 vélos par jour parce que nous avons sécurisé la supply chain avec nos fournisseurs d'accastillage » précise Emilie Rambonona, directrice générale déléguée, histoire de rassurer les distributeurs que la pénurie de pièces empêche de dormir.