Le défi de l'acceptation des énergies renouvelables en ville

Lors du Forum Zéro Carbone organisé par La Tribune, la ville de Paris et l'association d'élus France urbaine le 30 novembre, élus locaux et professionnels ont convenu qu'il fallait associer les citoyens, les entreprises et les responsables politiques pour démocratiser la production d'énergies renouvelables.

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Rana Adib, directrice générale du réseau politique REN21
Rana Adib, directrice générale du réseau politique REN21 (Crédits : Dijon Metropole)

Vidéo - Comment faciliter l'acceptation des énergies renouvelables en ville ?

« Les villes ont un rôle majeur à jouer, mais elles ne sont souvent pas autour de la table quand il s'agit de définir les stratégies énergétiques nationales. » Ce constat est signé Rana Adib, directrice générale du réseau politique REN21, spécialisé dans le partage d'information sur la transition écologiques, lors du Paris Zéro Carbone, forum organisé ce 30 novembre par La Tribune avec la ville de Paris et l'association d'élus France urbaine.

Des obligations dans les plans locaux d'urbanisme

Elle ne croit pas si bien dire. En théorie, la stratégie nationale bas-carbone enjoint les responsables politiques « à l'échelle nationale comme territoriale » à développer des modalités de gouvernance « facilitant la mise en œuvre territoriale » et des données « permettant la comparaison des trajectoires de transition territoriales avec la trajectoire nationale ».

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Dans la pratique, les villes, qui concentrent deux tiers et bientôt trois quarts des habitants de la planète, appliquent les textes règlementaires à leur appréciation. « Dans notre plan local d'urbanisme intercommunal, nous avons inscrit l'obligation de mettre des panneaux solaires à partir d'une certaine surface de toitures », témoigne ainsi Bertrand Spindler, conseiller métropolitain de Grenoble-Alpes Métropole et maire de la Tronche.

A cela s'ajoutent des ombrières photovoltaïques sur les parkings, des poubelles pour les déchets fermentescibles - c'est-à-dire composés de matières organiques biodégradables - , de la production de biogaz à parties de boues d'épuration ou encore de la récupération de chaleur à la suite d'incinération de déchets.

La nécessité d'associer les habitants

Des énergies renouvelables, la métropole iséroise a en effet pris le chemin des énergies de récupération. En hiver, elle glane le surplus d'énergie produite par les industriels de la chimie ; en été, ce sont eux qui la récupèrent. De la même façon qu'elle profite des torrents qui descendent de la montagne pour développer de la petite hydroélectricité.

Dans le même temps, rien ne se fera sans les habitants. Responsable du pôle animation d'Energie partagée, un mouvement qui promeut la production d'énergies renouvelables en France, Justine Peullemeulle veut les remettre à l'initiative.

« Les énergies renouvelables sont souvent une affaire de techniciens et de gros sous, mais pas que ».

« Des bénévoles ont des compétences avec lesquelles nous arrivons à faire des choses extraordinaires », acquiesce Gilles Wintrebert, co-président de la coopérative d'énergie Enercitif.

« La France est encore hypercentralisée.»

Les territoires accompagnent ce mouvement de façon afin qu'elles soutiennent, notamment, les collectivités de moindre échelle à se saisir de la question.

« La métropole a aidé une coopérative citoyenne à démarrer avec des aides juridiques et des subventions. Aujourd'hui, elle fait tout clé en main pour des petites communes qui n'ont pas toujours l'ingénierie », témoigne Bernard Spindler, conseiller métropolitain grenoblois et maire de la Tronche.

Il devient donc nécessaire de mettre l'ensemble des parties prenantes autour de la table.

« Nous animons des formations qui organisent les liens entre les habitants et les collectivités et qui permettent d'obtenir des retours d'expérience », explique Justine Peullemeulle d'Energie Partagée.

« La France est encore hypercentralisée. Nous devons nous libérer de cette lourdeur jacobine historique »,   abonde l'édile Bernard Spindler.

« L'ennemi c'est le carbone ! »

La solution viendra-t-elle de l'hydrogène, un vecteur de stockage d'énergie produit localement et soutenu par France Relance et le plan France 2030 pour près de 10 milliards d'euros ?

« En 2020, l'Union européenne et les Etats-membres se sont mobilisés pour sortir des stratégies avec plans de subventions massifs », relève Valérie Bouillon-Delporte, présidente d'Hydrogen Europe.
« Aujourd'hui, il y a 480 projets dans les transports, l'industrie et l'énergie, dont la moitié en Europe, pour 600 milliards de dollars », poursuit la directrice de l'écosystème hydrogène chez Michelin.

Le directeur du développement France de Lhyfe, Ghislain Robert, a, lui, déjà commencé à produire 350 kg d'hydrogène renouvelable par jour depuis fin septembre 2020. « Nous sommes connectés à des éoliennes qui nous apportent des électrons verts. L'ennemi c'est le carbone », assène-t-il.

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Décarboner les collectivités territoriales

Des débouchés qui intéressent les élus locaux, à commencer par Patrick Masson, vice-président de Dijon Métropole chargé de la transition écologique. « C'est important pour nous pour maîtriser au plan local notre sort énergétique et favoriser la décroissance de l'utilisation d'énergies fossiles », souligne-t-il.

Lui-même a recours à cette énergie pour les transports en commun et les camions-bennes, à la différence de l'électrique, dont la batterie pèse sur le véhicule et dont le temps de chargement est supérieur à celui de la pile à combustible.

« Le transport public illustre bien cette volonté des collectivités », confirme Valérie Bouillon-Delporte d'Hydrogen Europe et Michelin, qui cite également les autocars, les balayeuses, le train et le transport de marchandises.

Reste à trouver le bon modèle économique

La métropole dijonnaise a, elle, déjà ouvert sa station à tous les utilisateurs « pour que les entreprises, de poids lourds notamment, suivent ». « Cela crée un effet d'entraînement », assure-t-il.

Hydrogen Europe vient d'ailleurs de publier un livre blanc sur le déploiement des bus à hydrogène, sur le modèle de celui roulant à Pau, de la même manière qu'elle conduit un groupe de travail pour accompagner le bloc local.

Reste à trouver le bon modèle économique. Un camion-benne à hydrogène coûte encore trois plus cher qu'un véhicule traditionnel. Dijon espère ainsi atteindre la parité des coûts à horizon 2027. « Si ce n'est pas viable économiquement, on met la clé sous la porte », approuve Ghislain Robert de Lhyfe.

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Commentaires 3
à écrit le 23/12/2021 à 12:02
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La première chose à faire serait d'aérer les villes en repensant l'aménagement du territoire. Ce serait bénéfique pour les urbains et les ruraux. Tout ce qui est censé améliorer la ville ne fait que la rendre plus invivable et insecure. Les centaine...

à écrit le 23/12/2021 à 8:21
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Les citoyens français au bord de la guerre civile braqués les uns contre les autres par les médias de masse à cause du pass sanitaire. Oui c'est bien vous êtes réalistes au moins, une connaissance de l'état des lieux social et actuel d'une précision ...

à écrit le 23/12/2021 à 8:12
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Concernant l'hydrogène dans les transports, ils mettront la clef sous la porte c'est certains. Nous manquons d'électricité en europe, on le voit bien, alors meme qu'on a pas commencé la transition. Dans ces conditions, on fera des transports urbains ...

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