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Entreprises - La Tribune Montpellier

Selon Amarok, les experts-comptables et les agriculteurs sont très exposés au burnout

Photo de Cécile Chaigneau

Cécile Chaigneau

Publié le 28 février 2020 à 13:03 - Mis à jour le 02 mars 2020 à 07:05

L'épuisement professionnel des dirigeants d'entreprise, menant potentiellement au burnout, est un risque à prendre au sérieux, selon Olivier Torrès.

L'épuisement professionnel des dirigeants d'entreprise, menant potentiellement au burnout, est un risque à prendre au sérieux, selon Olivier Torrès.

DR

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L’observatoire Amarok, dirigé par le professeur Olivier Torrès à Montpellier, vient de passer à la loupe le risque d’épuisement professionnel chez les entrepreneurs de différents secteurs d’activités (17,5 % d’entre eux). Si l’on savait les agriculteurs exposés (35,1 %), la surprise vient des résultats sur la profession d’expert-comptable (30,2 %).

La santé des travailleurs non-salariés (dirigeants d'entreprise, commerçants indépendants, professions libérales, artisans), c'est son sujet de prédilection depuis dix ans. A Montpellier, le professeur Olivier Torrès, qui enseigne à l'Université de Montpellier et à Montpellier Business School, a fondé l'Observatoire Amarok dont la vocation est d'étudier les liens entre la santé de l'entreprise et celle de son dirigeant.

Olivier Torrès vient de produire, pour la Revue Française de Gestion et en collaboration avec Charlotte Kinowski-Moysan, une publication sur le dépistage de l'épuisement et prévention du burnout des dirigeants de PME. Avec une surprise selon lui : l'exposition à ce risque pour la profession d'experts-comptables.

«17,5 %, la statistique qui fixe la ligne d'horizon»

Le chercheur, qui a coutume de répéter que « entreprendre est bon pour la santé, mais c'est risqué », rappelle que le risque de burnout des chefs d'entreprise a rarement fait l'objet de recherche « alors qu'il fait peser sur toute l'entreprise un risque majeur ».

« Le burnout comporte trois facettes, selon l'Organisation mondiale de la santé : l'épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et la perte d'efficacité́ personnelle,souligne-t-il en préambule.Sans réduire le burnout à l'épuisement professionnel, il semble que tout commence par lui...Notre intention est de le prévenir le plus en amont possible. »

Les travaux des chercheurs* fournissent différents chiffres concernant le risque de burnout de cette population spécifique. Ainsi, à partir d'un échantillon représentatif de 1 500 chefs d'entreprises (données collectées par Opinion Way), ils révèlent que 17,5 % des entrepreneurs (dirigeants, patrons, chefs d'entreprises, indépendants, travailleurs non-salariés), tous secteurs d'activité confondus, sont en risque de burnout.

«Pour la première fois, nous établissons une statistique officielle et fiable du risque d'épuisement des chefs d'entreprise sur le territoire national, un chiffre qui fixe la ligne d'horizon.Sachant qu'il y a 3,2 millions de travailleurs non-salariés, cela porte à 560 000 le nombre de personnes concernées. »

Expert-comptable, le médecin généraliste du chef d'entreprise

D'autres chiffres font un focus sur certaines professions ou types de PME. La vraie surprise des travaux publiés par le Montpelliérain s'inscrit dans les résultats obtenus en observant la profession des experts-comptables, rarement sous le feu des projecteurs. L'étude a été menée avec l'Ordre des Experts-Comptables et commissaires aux comptes d'Ile-de-France. Sur les 268 professionnels qui ont répondu, 30,2 % se révèlent en risque de burnout.

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«Ce dernier chiffre est peut-être l'un des plus surprenants, car personne ne sait qu'aujourd'hui la profession d'expertise-comptable est en souffrance,commente Olivier Torrès.Les causes de ces forts épuisements, ce sont les évolutions de la législation du secteur qui désespèrent en grande partie cette profession : 72,32 % d'entre eux se sentent menacés par l'instabilité́ législative, 71,81 % par le durcissement des lois à l'encontre de leur profession et 65,96 % par la complexité́ des lois. Ainsi, la loi PACTE a fortement impacté les seuils de recours aux commissaires aux comptes, ce qui a supprimé une grande partie du marché pour eux. Par ailleurs, l'expert-comptable est un sachant. Or avec l'augmentation des lois et autres réglementations, les clients des experts-comptables posent beaucoup questions et se reposent sur eux. L'expert-comptable est le médecin généraliste du chef d'entreprise ! »

Déconsidération et non-reconnaissance

A Montpellier, le président de l'Ordre des experts-comptables de la région, Philippe Lamouroux, n'est qu'à peine étonné.

«Je suis quand même surpris par l'ampleur du chiffre, même si le phénomène est certainement plus lourd en Île-de-France que dans nos régions,déclare-t-il.Nous sommes habitués à travailler dans un quotidien très mouvant du point de vue législatif, et nous avons toujours su l'assumer. Nous sommes une profession qui ne peut pas s'endormir sur ses lauriers. Mais ces dernières années, des éléments de déconsidération et de non-reconnaissance sont venus s'ajouter, qui viennent discréditer nos valeurs et se transforment en tsunami social. Par exemple, la loi PACTE nous a complètement sapé moralement ! Relever le seuil des commissaires aux comptes, c'est comme dire que depuis 70 ans, on travaille pour rien ! Alors que pour la modernisation des entreprises ou le prélèvement à la source, on a eu besoin de nous... Aujourd'hui, on aurait besoin qu'on nous mettre sur pause et qu'on nous laisse travailler. Et qu'on nous reconnaisse ce rôle de tiers de confiance officiellement. »

35,1 % des agriculteurs exposés

Par ailleurs, les résultats concernant la profession d'agriculteur viennent confirmer les difficultés déjà connues rencontrées dans ce secteur : 35,1% des agriculteurs sont exposés au risque de burnout selon l'étude menée avec (et à la demande de) la chambre d'agriculture de Saône-et-Loire auprès de 4 000 agriculteurs (7 000 exploitations), dont 440 ont répondu.

« Le département de la Saône-et-Loire est une petite France agricole à lui tout seul,souligne Olivier Torrès.Le président de la Chambre d'agriculture avait été heurté par différents suicides dans son département, raison pour laquelle il nous a demandé de monter cet observatoire en 2018. Je ne suis pas si surpris du résultat, car on sait que l'agriculture traverse une crise. »

Les raisons de cette exposition à l'épuisement : un sentiment de perdre la maîtrise de son destin dans une économie mondialisée, une surcharge de travail, du temps de sommeil rogné et les effets grandissants de l'agri-bashing et la perte de sens.

N° vert : 21 experts-comptables et 11 agriculteurs ont appelé

Les auteurs ont proposé la mise en place d'un dépistage du risque de burnout avec un système d'alerte en temps réel pour les agriculteurs de Saône et Loire et les experts-comptables d'Ile-de-France.

«Nous avons mis un questionnaire en ligne pour que chacun mesure son niveau d'épuisement,précise Olivier Torrès.S'ils dépassent un certain seuil, ils ont la possibilité d'appeler un n° vert ou d'être appelés par notre psychologue chez Amarok. Ce dispositif est opérationnel depuis 2019. A ce jour, 11 agriculteurs et 21 experts-comptables ont appelé... »

À lire également

  • Le Montpelliérain Olivier Torrès lance le 1er MOOC pour entrepreneurs
  • Experts-comptables : inquiétudes et optimisme autour de la loi PACTE
  • Amarok lance une enquête sur la santé des dirigeants

Des résultats qui font dire à Olivier Torrès que « ces travaux devraient inciter à intégrer la population des travailleurs non-salariés dans le champ de la prévention et de la santé au travail ».

* Qui se sont appuyés sur l'échelle de Pines (Burnout Measure Short version).

Cécile Chaigneau

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