Automobile, agrobusiness, ICC… l’Afrique en mode réveil industriel
Ristel Tchounand, envoyée spéciale au Caire

Photo d'illustration
LTA
Ristel Tchounand, envoyée spéciale au Caire

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Des véhicules respectueux de l'environnement fabriqués de A à Z sur le continent, circulant sur les routes urbaines et transfrontalières ; des films, beaux-arts et vêtements réalisés localement et plébiscités sur les marchés africains, des produits alimentaires de tout genre sortis des usines locales pour se retrouver dans les assiettes familiales... Telle était l'ambition de la Foire du commerce intra-africain (IATF) qui s'est tenue il y a quelques semaines au Caire où 1.600 entreprises ont exposé leur savoir-faire, pour des deals chiffrés à plus 43 milliards de dollars. Ici l'accent est mis sur la manière dont les marchés africains peuvent être efficacement connectés, afin que les petites et moyennes entreprises (PME) puissent tirer parti d'un marché de 1,2 milliard de consommateurs (qui devrait en atteindre 2,1 milliards d'ici 2050) à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
Emmerson Mnangagwa du Zimbabwe,
de l'ancien président nigérian Olesegun Obasandjo également président du conseil d'administration de l'IATF, mais aussi Albert Muchanga de l'UA, Wamkele Mene de la Zlecaf et divers partenaires internationaux.Cette année, l'industrie automobile était particulièrement à l'honneur. Identifié par le Secrétariat de la Zlecaf comme un des quatre secteurs prioritaires de l'industrialisation de l'Afrique (avec l'agrobusiness, l'industrie pharmaceutique et les transports et logistique), l'industrie automobile s'inscrit désormais dans une trajectoire de développement accéléré. Les différentes institutions panafricaines y voient une opportunité de leapfrog dans le contexte de transition verte qui fait du continent un terreau pour l'industrie des véhicules électriques notamment avec les ressources dont disposent des pays comme la République démocratique du Congo (RDC) et la Zambie, qui portent d'ailleurs un projet commun de batteries électriques.
Plusieurs géants mondiaux (Nissan, Volkswagen ...) déjà bien implantés sur le continent ont fait le déplacement au Caire pour présenter leurs dernières sorties et explorer les possibilités d'expansion. A côté, des constructeurs régionaux, de plus jeunes et aux plus anciens ont, eux aussi, dominé l'espace. Nissi Ogulu, co-fondatrice de Kemet Automotive basée en Côte d'Ivoire, développe une usine de fabrication de véhicules électriques au Sénégal, avec l'ambition de s'étendre au Ghana. « De nombreux pays ont pour mandat d'établir un certain objectif d'émissions de CO2, afin de préserver la planète. C'est exactement à cela que nous voulons contribuer dans tous les pays dans lesquels nous déployons », explique l'entrepreneure nigériane. Pour sa part, l'Egyptien Teriak Industrial Group spécialisé dans la fabrication des parties des véhicules (radiateurs, condenseurs, peintures, air conditionné...) depuis 1975 - dont les références inclues des géants tels que Renault, Peugeot, Hyundai, BMW... -cherche aujourd'hui à s'ouvrir davantage sur le continent. « En voyant la dynamique qui nait autour de la Zlecaf et la facilité avec laquelle les portes peuvent s'ouvrir entre les pays, nous voulons vraiment attaquer le marché africain », confie Marie Samuel, une des porte-paroles de l'entreprise qui a pu décrocher plusieurs entrées au Sud du Sahara.
L'agrobusiness était, quant à lui, omniprésent à cette foire avec des pays comme la Côte d'Ivoire et sa vingtaine d'entreprises impliquées notamment dans la transformation de cacao, de manioc (attiéké déshydraté)...; le Sénégal avec ses diverses huiles et produits nutritionnels ; le Cameroun avec son café, son cacao, son poivre de Penja ou son huile de palme ; le Togo avec sa délégation de 17 entrepreneurs et leurs produits alimentaires transformés... Avec les récentes crises, l'agribusiness et l'agroalimentaire sont devenus cruciaux pour la résilience aux chocs d'un continent qui importe en majorité ce qu'il consomme. « Ce qui est intéressant, c'est la possibilité que nous avons de trouver de nouveaux marchés de distribution », déclare un chocolatier ghanéen qui a pu entamer des discussions prometteuses avec des entreprises égyptiennes et sud-africaines.
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Les industries culturelles et créatives (ICC) dont on parle beaucoup ces deux dernières années ont également occupé l'espace dans le cadre du Creative Africa Nexus (CANEX), dont le tout premier Prix pour l'édition est revenu à la célèbre écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie. L'industrie cinématographique bénéficiera dès 2024 d'un fonds de 1 milliard de dollars lancé par Afreximbank qui a déjà débloqué plus de 500 millions de dollars de financement en faveur de cette filière. « Le tout premier film que nous avons financé a récemment été présenté en avant-première au Festival du film de Toronto. La Banque en a plusieurs en préparation en provenance du Nigeria, de l'Afrique du Sud et du Kenya qui devraient être diffusés sur les plateformes de streaming en 2024 », annonce Kanayo Awani, vice-présidente exécutive d'Afreximbank.
Outre la musique, la mode, l'art, le design ou le sport, la gastronomie est aussi un domaine mis en exergue avec le lancement d'un programme de gastronomie d'arts culinaires africains, qui verra la participation de neuf célèbres chefs du continent. Il sera question de durabilité alimentaire, d'agriculture locale, de commerce de franchise, d'infrastructure des services alimentaires, de technologies alimentaires, etc. Pour le bottier Gladys Koumou - qui a relevé le stand du Congo avec ses chaussures en cuir fabriquées à la main depuis son atelier brazzavillois au moyen de matériaux venant aussi bien du continent que d'Europe ou des Etats-Unis, ces initiatives en faveur des ICC sont encourageantes. « Je pouvais être à Paris ou à New York, d'autant que j'ai des clients en France et ailleurs, mais je souhaite contribuer au développement du continent depuis le Congo. Du coup, des occasions comme celles-ci nous ouvrent des horizons », confie cet ingénieur informatique qui a fait ses armes en Chine, avant de se reconvertir dans la botterie.
Le tourisme n'est pas en reste. Des compagnies aériennes telles qu'Ethiopian Airlines ou Air France y ont trouvé leur espace. « Notre présence active à l'IATF permets de favoriser l'accroissement de la visibilité d'Air France surtout dans les régions francophones de l'Afrique », confie Meriem Fawzi aux commandes du stand aménagé par le fleuron français du transport aérien qui est ici, d'abord pour répondre à l'invitation d'un de ses clients stratégiques qu'est Afreximbank.
Alors que l'un des défis du développement du commerce à travers le continent est souvent lié aux contraintes financières, les institutions ont rappelé l'effectivité du système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). A ce jour, onze banques centrales et 81 banques commerciales ont rejoint le système, rendant les paiements intra-africains « plus rapides, moins chers et plus efficaces et en devises africaines ».
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Au-delà de tout cet engouement, la libre circulation des biens et des personnes reste un défi pour le commerce intra-africain. Si les experts reconnaissent que l'entrée en vigueur d'un passeport unique « est un long processus », ils déplorent en revanche que tous les pays du continent n'ouvrent pas toujours leurs frontières aux autres Africains. D'ailleurs, plusieurs délégations n'ont pas pu se rendre en Egypte, faute d'obtention de visa. Le Kenya et le Rwanda ont récemment donné le ton en supprimant les visas pour tous les ressortissants des autres pays du continent. Cependant, la généralisation d'une telle mesure est appelée de plusieurs vœux, pour un plein déploiement industriel et commercial. Ce sera probablement un sujet clé lors de l'édition 2025 en Algérie...
Ristel Tchounand, envoyée spéciale au Caire