Contrairement à son grand frère charentais, le Cognac, qui traverse quelques turbulences, l'eau de vie produite principalement dans le Gers semble avoir de beaux jours devant elle. Entre une production à la hausse de +10% en 2023 et une demande à l'export qui grimpe, l'Armagnac envisage l'avenir sereinement. Analyse et rencontre avec ceux qui font la filière.Qui a dit que le Cognac était fait pour être vendu et l'Armagnac pour être consommé ? Si le Cognac est plongé dans un début de crise, avec particulièrement une surproduction et une baisse des exportations qui plongent la filière dans de profondes interrogations, son petit frère, l'Armagnac, semble avoir de beaux jours devant lui. À titre d'exemple, il suffit de se rendre dans la maison Delord, un producteur familial d'Armagnac de génération en génération qui voit la demande exploser. « En 2023, nous allons frôler les sept millions d'euros de chiffre d'affaires, soit une croissance de +40% », se félicite Jérôme Delord, le dirigeant, avec son frère, de l'établissement.
Grâce à cette eau de vie, en très grande majorité produite dans le département du Gers, l'entreprise emploie une vingtaine de personnes à Lannepax sur tous les maillons de la chaîne : de la vigne au négoce, en passant par la distillation. Bien que l'entreprise ait constaté une hausse de +7% de ses ventes en France, c'est surtout l'export qui fait tourner la boutique.
« Environ 81% de notre chiffre d'affaires, et 70% de nos volumes sont assurés par l'export. Rien qu'en Europe, nos exportations ont augmenté de 23% en 2023. Il n'y a aucune contrainte pour que l'Armagnac ne se développe pas à l'export. Nos amis charentais ont débroussaillé le terrain. Nous avons une eau de vie qui plaît sur le plan gustatif », observe Jérôme Delord.
Ukraine, Pays-Bas, Kazakhstan, États-Unis, Australie, Moldavie, Irlande, Chine... Le spiritueux de la Maison Delord - avec un prix moyen de 50 euros la bouteille - s'exporte aux quatre coins du globe. Mais l'entrepreneur a d'autres ambitions : « la filière de l'Armagnac doit doubler ses ventes rapidement », poursuit celui qui est aussi président du bureau national interprofessionnel de l'Armagnac (BNIA) depuis près d'un an.
Une filière qui monte en puissance
Selon l'interprofession, qui porte l'AOC de l'Armagnac, la filière aura écoulé 3,7 millions de bouteilles sur l'année 2023. L'idée est donc de dépasser le cap des six millions de bouteilles vendues à l'année avant la fin de la décennie en cours, soit 2030. Jérôme Delord a fait de cette ambition LE marqueur de sa présidence à la tête de la filière.