En temps de crises successives, d’inflation et de relations géopolitiques tendues, l’entrepreneuriat a-t-il encore la cote ? C’est ce que tente d’évaluer le rapport Global Entrepreneurship Monitor. En 2023, il a analysé les données de 46 pays. La France remonte dans le classement du contexte entrepreneurial. Malgré une baisse de la valorisation de l'entrepreneuriat, l’intention de créer une entreprise dans les trois prochaines années est revenue au niveau de 2021, et le total de l’activité entrepreneuriale émergente a connu une forte progression. Détails.Le rapport Global Entrepreneurship Monitor (GEM) prend chaque année le pouls de l'activité entrepreneuriale dans le monde (dans 46 pays en 2023) et formule des préconisations à l'attention des décideurs politiques. En France, c'est le LabEx Entreprendre de Montpellier (200 chercheurs), dédié à l'entrepreneuriat dans les domaines « droit, économie et gestion », qui s'y colle depuis 2021.
En 2023, la France a connu une situation économique marquée par une faible augmentation du PIB (environ 1%) mais le contexte géopolitique incertain et des coûts de l'énergie qui ont continué de monter ont favorisé une hausse des faillites d'entreprises (+38,8% entre 2022 et 2023, selon Altarès), en particulier parmi les PME. Malgré tout, le pays a enregistré 1.051.500 créations d'entreprises (INSEE, 2024), même si ce chiffre est en léger recul par rapport à 2022 (-1%).
En 2023, la France est passée de la 18e à la 12e place des pays les plus riches en termes de contexte entrepreneurial.
« L'écosystème entrepreneurial d'un pays est estimé sur la base de treize d'indicateurs - accompagnement, actions menées en termes de financement, promotion de l'entrepreneuriat auprès des jeunes, etc. - et les experts ont estimé que ce contexte entrepreneurial français était resté relativement stable alors qu'il s'était dégradé dansles 15 autres pays les plus riches de l'étude,explique Karim Messeghem, professeur à l'Université Montpellier Management, l'un des deux responsables scientifiques de l'équipe GEM France (avec Frank Lasch).On pourrait dire que les autres pays ont couru moins vite ! »
Une baisse de la valorisation de l'entrepreneuriat
Les résultats de l'étude révèlent une évolution dans la perception de l'entrepreneuriat par la société, avec une baisse de la valorisation de l'entrepreneuriat : « L'entrepreneuriat continue à être perçu comme un choix de carrière souhaitable pour 65% des personnes interrogées (vs 67,8% en 2022) et comme un statut social élevé pour 51,8% (vs 55,4% en 2022) ». De même, la perception de la facilité de démarrer une entreprise recule légèrement : « La perception de la facilité de démarrer une entreprise est passée de 52% en 2022 à 50,5% en 2023 ».
Si le principal moteur de l'entrepreneuriat est la recherche d'autonomie et d'indépendance, l'étude GEM cherche à apprécier d'autres motivations. En France en 2023, elles sont surtout d'ordre économique : « pour bâtir une grande richesse ou obtenir un revenu très élevé » (44% vs 39% en 2021) et « pour gagner sa vie, car les emplois sont rares » (43% vs 51% en 2021). La motivation pour « perpétuer une tradition familiale » est la plus faible pour la France (17,5%), et la motivation « volonté de faire une différence dans le monde » n'est exprimée que par 20% des entrepreneurs interrogés (contre 26% en 2021 et 24% en 2022), en fort décalage avec les autres pays à 47 ou 48%.