Aides modiques, marché engorgé, arrivants en difficulté : la viticulture bio en crise
Michèle Trévoux
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
En Occitanie, le volume de surfaces de vigne en première année de conversion bio était de 3.558 hectares en 2022, contre 6.958 hectares en 2021.
Patrice Thebault - Région Occitanie
La forte augmentation des volumes de production en 2022 a déstabilisé la filière viticole bio en Occitanie. Si les vignerons bio bien établis, qui vendent en bouteille, s’en sortent plutôt bien, la partie est plus compliquée pour les nouveaux arrivants. Et ce n’est pas le fonds d’urgence qui va changer la donne…
Les chiffres viennent de tomber. Parmi les produits bio, le vin est le seul qui poursuit sa croissance. Sur l'année 2022, les ventes sont en croissance de 2,2%, alors que les fruits affichent une baisse de 7%, les légumes de 5% et la viande de 13%.
Tout n'est cependant pas rose pour la filière viticole bio, car les évolutions diffèrent selon les circuits. Si les ventes directes, qui représentent 29% des ventes globales, sont en hausse de 5% et les cavistes de 8%, les ventes s'essoufflent dans la grande distribution et dans les magasins spécialisés bio, tous deux en recul de 7%. Côté production, la dynamique très forte de conversion observée en 2021, avec 24.800 hectares de vignes en première année de conversion, s'est tarie en 2022 avec moins de 13.000 hectares nouvellement engagés.
Le risque de déconversion
L'Occitanie n'échappe pas à cette tendance : les surfaces en première année de conversion en 2022 (3.558 hectares) diminuent quasiment de moitié par rapport à 2021 (6.958 hectares). Et il semble peu probable que la dynamique des conversions reprenne en 2023. Car le marché peine à absorber les nouveaux volumes produits en 2022 suite à la belle récolte et à la forte augmentation des surfaces certifiées (+ 39.000 hectares). En 2022, il s'est produit 1,5 à 1,6 million d'hectolitres de vin bio en Occitanie contre 1 million d'hectolitres en 2021, année du gel. Cet afflux provoque un engorgement du marché avec des prix à la baisse sur le marché des vins en vrac.
Alerté sur les difficultés tant structurelles que conjoncturelles de la filière bio, le gouvernement vient d'accorder un fonds d'urgence doté de 10 millions d'euros au niveau national pour accompagner les exploitations en agriculture biologique risquant la déconversion, voire la faillite.
Ramené à l'échelle de la région, cette aide s'élève à 135.000 euros pour l'Hérault, 146.000 euros pour l'Aude, et 159.000 euros pour le Gard. Des sommes qui paraissent bien limitées, d'autant que les aides sont plafonnées à 4.000 ou 5.000 euros par exploitation, selon les départements.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.