La prouesse avait fait grand bruit dans le secteur aérien. En janvier 2023, Airbus franchissait un nouveau cap dans l'assistance au pilotage en accomplissant un déroutement d'urgence sur un A350 sans intervention de l'équipage. Dans ce programme baptisé Dragonfly, une voix synthétique générée par un algorithme d'intelligence artificielle alerte le contrôle aérien et la compagnie aérienne. D'autres caps ont été franchis dans la filière.
Le développement de systèmes d'IA pour le support client a ainsi permis à Daher de réduire très significativement le temps de réponse au diagnostic de problèmes rencontrés dans l'exploitation de leurs avions, en passant d'une douzaine de minutes au lieu de deux semaines dans les cas les plus favorables précédemment. Pour sa part, la start-up toulousaine OpenAirlines a développé depuis dix ans des systèmes à base d'AI pour optimiser la consommation de carburant en vol.
Malgré cette multiplication de cas d'usage, « l'intelligence artificielle n'a pas révolutionné l'aéronautique comme elle a pu le faire dans le domaine hautement lucratif et peu critique de la publicité ciblée ». Tel est le constat dressé par une quarantaine d'experts d'Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine dans un livre blanc qui vient de paraître aux éditions Cépaduès. Intitulé "Contribution de l'IA à une aéronautique pérenne", l'ouvrage piloté par le pôle de compétitivité Aerospace Valley dresse les principaux cas d'usage des algorithmes d'IA et les freins de son adoption.
«L'IA a rapidement et radicalement changé les pratiques des secteurs de type BtoC (Business to consumer) en raison de son impact direct sur le chiffre d'affaires et la rentabilité. Or, dans le secteur aéronautique, les seuls acteurs en BtoC sont les compagnies aériennes, les gestionnaires d'aéroport et les acteurs de l'aviation générale. Les autres acteurs (équipementiers, avionneurs, opérateurs du trafic, acteurs MRO) sont en BtoB où la plus-value de l'IA est plus longue et complexe à apporter», remarquent les experts.