Alors que les missions américaines de mesure du carbone sont menacées de coupes budgétaires, la France lancera le 25 juillet le premier satellite européen capable de mesurer la teneur en CO2 dans l'atmosphère et les puits de carbone. Il voyagera avec la constellation CO3D, vouée à cartographier en 3D la Terre.C'est un effet collatéral préoccupant du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. L'administration américaine réfléchit à couper les crédits associés aux deux satellites OCO (Orbiting Carbon Observatory) utilisés par les scientifiques du monde entier pour mesurer la quantité de dioxyde de carbone présent dans l'atmosphère terrestre. « C'est dramatique de dépendre de quelqu'un qui du jour au lendemain peut décider unilatéralement que la communauté scientifique ne puisse plus disposer de données scientifiques. Or de telles données qualifiées sont cruciales dans notre époque marquée par des fake news », pointe Selma Cherchali, responsable du programme d'observation de la terre au CNES.
Comprendre les puits de carbone
Autant dire que Microcarb, premier satellite européen capable de mesurer la teneur en CO2 dans l'atmosphère et les interactions avec les puits de carbone, est attendu de pied ferme. Il sera envoyé en orbite dans la nuit du 25 au 26 juillet prochain depuis Kourou à bord du lanceur Vega-C. Finalisé depuis le CNES à Toulouse, le satellite a été assemblé par Thales Alenia Space au Royaume-Uni, son instrument a été fourni par Airbus et son centre de mission est réalisé par Capgemini.
« Microcarb va étudier la lumière du soleil qui traverse l'atmosphère pour être ensuite réfléchie par le sol et revenir vers le satellite. Cette lumière va être décomposée et le spectre va permettre d'obtenir une estimation de la concentration de CO2 sur la portion étudiée », expliquait en avril dernier Philippe Landiech, chef de projet au CNES. Il faudra 25 jours au satellite pour scanner entièrement la Terre.
De quoi combler les lacunes scientifiques actuelles sur le cycle du carbone.
« Nous connaissons déjà les émissions de chaque pays, nous savons que les villes émettent plus que les zones rurales... Mais l'absorption du carbone, notamment dans les forêts, varie beaucoup d'une année à l'autre, sans que nous en sachions les causes. Nous voulons améliorer notre compréhension du cycle naturel du carbone et de tous les puits de carbone qui limitent l'augmentation du taux de l'effet de serre et du changement climatique », glisse François-Marie Bréon, responsable scientifique de la mission Microcarb.