L'habitat indigne. C'est la thématique choisie cette année par la Fondation Abbé Pierre pour son traditionnel bilan du mal-logement.
« La politique du logement aujourd'hui est inexistante et les bailleurs sociaux sont très en difficulté : le prix du foncier continue d'augmenter et il n'existe quasiment plus d'aide à la pierre pour construire logement très social,contextualise Sylvie Chamvoux, directrice régionale de l'agence Occitanie de la Fondation Abbé Pierre.Le nombre de ménages ne pouvant pas accéder au logement est devenu énorme en Occitanie et cette problématique va s'amplifier car on ne produit plus suffisamment de logements sociaux. Entre 2020 et 2022, on a enregistré une augmentation de 16,5% de la demande de logement social en Occitanie, avec 121.840 demandes en cours en 2022 et seulement 24.760 attributions.Dans le département de l'Hérault, c'est 37.160 demandes et 4.860 attribution pour parc de 70.500 logements... Les situations sont particulièrement tendues à Toulouse et Montpellier, avec des difficultés encore plus accrues sur la métropole de Montpellier où aujourd'hui, le délais moyen d'obtention d'un logement social est de 21 mois, et jusqu'à cinq ans pour les situations les plus tendues de familles nombreuses par exemple, contre 13 mois à Toulouse...Les marchands de sommeil ont de beaux jours devant eux malheureusement ! »
Face à ces difficultés à se loger, les situations d'habitat indigne et précaire se multiplient, avec le recours à des mobil-homes, des caravanes, des cabanes ou la formation de bidonvilles. Et selon la Fondation Abbé Pierre, la région Occitanie est particulièrement affectée, comme l'explique Sylvie Chamvoux : « En Occitanie plus qu'ailleurs, la problématique est forte car la région connaît une forte attractivité, une forte démographie et un prix du foncier très élevé. Surtout à Montpellier où, en 2021, le prix moyen du terrain à bâtir était de 313 euros le m2 contre 176 à Toulouse. En 2017, dans le parc privé à Montpellier, 181.000 logements potentiellement indignes avaient été dénombrés, un chiffre qui n'incluait pas l'habitat précaire ou de fortune... Le point commun aux familles et personnes concernées par l'habitat indigne, c'est l'impossibilité de se loger autrement sur le territoire. Ce n'est évidemment pas un choix ! Il n'existe pas de réponse alternative. Et cela peut concerner des locataires comme des propriétaires occupants ».
L'association héraultaise Adages, spécialisée dans l'accompagnement de publics fragilisés par l'âge, le handicap, la précarité sociale, la maladie mentale et les accidents de la vie, rapporte que « selon le revenu moyen des foyers locataires en Occitanie, 40% des ménages fiscaux vivent dans le parc privé avec des revenus inférieurs à 60% du plafond HLM, 22% des ménages fiscaux vivent en HLM avec des revenus inférieurs de 60% du plafond HLM et même 45% dans l'Hérault, ce qui signifie qu'un logement sur deux est occupé par des personnes ayant de très faibles ressources qui paient donc des loyers trop élevés. Le parc privé est encore un parc refuge pour public à petites ressources ».