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Pétrole : les deux premiers producteurs d'Afrique frappés de pénurie

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 26 décembre 2017 à 14:03 - Mis à jour le 26 décembre 2017 à 14:03

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Le Nigéria et l’Angola font face depuis quelques jours à une pénurie de carburants qui plombe leurs économies. Une situation paradoxale pour les deux plus grands producteurs de l’or noir du Continent. Si les raisons ne sont pas les mêmes dans les deux pays, cette situation révèle la faiblesse de l’industrie pétrolifère locale, ainsi que la mauvaise gouvernance qui prévaut dans le secteur.

On aurait pu croire que c'est la fin de l'année avec ses interminables fêtes et congés qui serait derrière la pénurie de carburants à laquelle font face actuellement le Nigéria et l'Angola. C'est pourtant tout le contraire, puisque les raisons de cette situation sont à chercher ailleurs.

Des pratiques frauduleuses au Nigéria

Au Nigéria, des pratiques commerciales peu orthodoxes, opérées par des détaillants et autres acteurs du marché, ont provoqué la pénurie qui a affecté plusieurs villes du pays, notamment le weekend dernier. C'est en tout cas ce que mettent en avant les autorités, bien qu'un mouvement de grève dans le secteur à la mi-décembre a également perturbé la production et l'approvisionnement normal des stations-service.

Cependant, selon Garba Abari, directeur général de l'Agence nationale d'orientation (ANO), l'organe en charge de la régulation du secteur, cette situation a été provoquée par des «commerçants véreux qui recourent à une thésaurisation délibérée des carburants afin de faire augmenter les prix en ces périodes de forte demande». «Des pratiques antipatriotiques», selon lui, afin de forcer le gouvernement à augmenter le prix à la pompe de l'essence.

La situation était tellement citrique que la NNPC, la société nationale de production de pétrole, a dû annuler les congés de fin d'année pour la plupart de ses employés afin d'atténuer les effets de la pénurie.

Le président Muhammadu Buhari s'est également saisi du dossier et a réuni, dimanche dernier, un comité de crise qui devrait trouver une solution urgente à la situation qui risque de s'amplifier les prochains jours. «Je compatis avec tous les Nigérians qui vont devoir supporter des files d'attente interminables pour se procurer de carburant», s'est presque excusé le chef de l'Etat qui a souligné être «régulièrement informé sur l'évolution de la situation, en particulier sur les interventions de la NNPC pour s'assurer qu'il y aura assez de carburant disponible pendant cette période et au-delà».

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Buhari a enfin donné ses instructions aux différents régulateurs du secteur de l'énergie pour intensifier le contrôle des marchés, afin de mettre fin aux pratiques frauduleuses qui se traduisent en plus par une inflation des prix à la pompe. Pour l'heure, le gouvernement fédéral écarte toute idée d'augmenter les prix, ce que réclament certains acteurs du marché local.

En Angola, le jeu trouble des lobbys

En Angola, ce sont pratiquement les mêmes raisons qui expliqueraient la pénurie constatée ces derniers jours. La Sonangol, la société publique, a certes reconnu des retards dans le paiement de certains de ses fournisseurs, ce qui a provoqué une perturbation de l'approvisionnement du marché.

Cependant, comme l'ont confié plusieurs consommateurs et citoyens angolais à l'AFP, derrière cette pénurie se cache la main des proches de l'ancien président José Eduardo Santos qui s'inquiètent de la vaste campagne de lutte contre la corruption et d'assainissement du secteur, entamée par le nouveau président Joao Lourenço. «Tout ça, c'est une tentative de bloquer le gouvernement du président João Lourenço», a confié à la même source l'analyste politique Agostinho Dos Santos qui fait remarquer que «la plupart des stations de carburant en Angola appartiennent ou sont contrôlées par des généraux du régime de l'ex-président et de sa fille».

Paradoxes et réticences du marché

Comme au Nigéria ou en Angola, la situation que vivent actuellement les consommateurs constitue un paradoxe d'autant que les deux pays produisent chacun et en moyenne entre 1,6 et 1,7 million de barils de pétrole par jour. L'Angola ne dispose que d'une seule raffinerie, alors que celles du Nigéria ne tournent pas à plein régime, malgré une demande en nette progression.

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Dans les deux cas et au-delà des raisons avancées, la situation reflète la mal-gouvernance qui prévaut dans l'industrie pétrolière africaine. Il convient d'ailleurs de remarquer que dans les deux pays, les autorités ont engagé de véritables réformes dans le secteur, ce qui n'est pas sans faire grincer des dents et surtout provoquer la réticence. Des réformes pourtant nécessaires pour ces pays qui pâtissent lourdement de la baisse du cours de l'or noir, depuis 2014, et dont leurs économies sont grandement dépendantes.

Aboubacar Yacouba Barma

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