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Le cours du baril suspendu au « jeu de dupes » de l'Opep

Ristel Tchounand

Publié le 01 janvier 2017 à 16:00

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Ces deux dernières années ont été particulièrement rudes pour le marché mondial du pétrole, 2016 encore plus, plongeant les grands producteurs dans un inconfort certain. L'accord de réduction de la production conclu par l'Opep le 30 novembre dernier a tout de suite influé sur le cour du baril, le propulsant du dessus des 55 $, un niveau plus jamais atteint depuis juillet 2015. Après un léger relâchement, le cours a renoué avec une tendance haussière le 10 décembre, grâce à l'entente de réduction de...

Vendredi 19 décembre 2014. Le marché, déjà en alerte depuis le début du deuxième semestre, s'effondre. Le Brent qui était à 111,8 $ en juin, dégringole à 62,2 $, soit une baisse de 40%. Comme si cela ne suffisait pas, le cours du baril fléchit à nouveau à 48,4 $ en janvier 2015, avant de renouer avec la hausse le mois suivant atteignant une moyenne de 64,4 $ en mai, son niveau le plus haut depuis lors. Malgré cela, l'année s'achèvera sur une mauvaise note avec une chute du Brent à 38,5 $ en décembre 2015. Ainsi se profile alors une descente aux enfers qui va se confirmer en 2016.

Vendredi 15 janvier 2016, panique à Londres. Il est 11h05 GMT lorsque le cours du baril de pétrole descend sous la barre des 30 dollars à 28,66 $. Pire, deux jours plus tard les compteurs affichent 27,78 $. Le premier mois de l'année fera finalement ressortir un cours moyen du Brent à 30,69 $, soit son niveau le plus bas depuis décembre 2004. Si le prix de l'or noir a été particulièrement fluctuant cette année, il n'a jamais dépassé les 50 $ jusqu'au 30 novembre dernier. Réunis à Vienne dans le cadre de l'accord d'Alger (septembre 2016), les membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) acceptent de réduire leur production à 32,5 millions de barils par jour contre 33,6 millions effectifs à ce moment. Un engagement pris pour une durée de six mois à compter du 1er janvier 2017.

Pessimisme vs Optimisme

Cette décision provoque toute de suite l'euphorie sur les marchés. Le Brent grimpe de 8,1% passant au-dessus des 50 $. Deux jours plus tard, le cours frôlait même les 56 $. Mais aussi vite remonté, le Brent recommençait à perdre de la vitesse dès le début de la deuxième semaine de décembre. En cause, le doute suscité par l'accord de réduction de la production de l'Opep.

«Pour l'instant, on est sur des promesses. [...] Tout cela est encore fragile puisque c'est à partir du 1er janvier que l'on saura effectivement si les pays pétroliers respectent leurs engagements», a expliqué à La Tribune Afrique Jean-Pierre Favennec -président de l'Association pour le développement de l'énergie en Afrique (ADEA), directeur général de l'Institut africain de l'Energie (IAE), professeur à Sciences Po et à l'Ecole nationale supérieure du Pétrole à Paris.

En d'autres termes, certains investisseurs veulent voir avant d'y croire. «Par le passé, les pays de l'Opep ont reçu des quotas de production de pétrole à respecter dans le cadre de leurs précédents accords. Mais historiquement, Ils n'ont pas été bons dans le respect de ces quotas, avec un ou plusieurs pays qui ''trichent'' généralement en produisant plus que ce dont ils étaient censés produire», indique dans une tribune publiée sur International Business Times Edmund Shing, Global Head Stratégie Action & Dérivées chez BNP Paribas et auteur du livre The Idle Investor (la veille de l'investisseur), paru en mai 2015. L'expert financier rappelle au passage une récente sortie médiatique à Washington de l'ancien ministre saoudien du Pétrole, Ali al-Naimi, qui reconnaissait : «la seule arme qu'ils [Opep] ont, consiste à limiter la production. Malheureusement, nous avons tendance à tricher».

En effet, l'Opep a acté plusieurs décisions de réduction de sa production. Quelques-unes ont particulièrement marqué l'histoire. En 1973, dans un contexte de pic de la production américaine, de fin de la convertibilité du dollar en or et de guerre arabo-israélienne, le cours du baril de pétrole s'effondre. Le 16 octobre, l'Opep s'accorde pour la réduction de sa production, provoquant un boom du cours de 2,80 $ à 11,80 $. Mais le Koweït est cité comme un de ces pays infidèles à l'accord.

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Rebelote le 4 août 1986 ! Le cartel décide de diminuer sa production. Objectif: relever le cours de l'or noir qui a plongé à 8 $ à fin juillet, suite à l'excès de l'offre saoudienne. Il en résulte en 1987 une remontée du cours à 17 $. A partir de ce moment, malgré de régulières oscillations, le Brent évolue dans une tendance haussière, jusqu'à atteindre un pic de 148 $ en août 2008, «grâce» notamment à la demande croissante du pétrole, favorisée par l'émergence chinoise. A l'automne cependant, la crise qui ébranle le monde financier impacte directement le marché du pétrole. En l'espace de quelques heures, le baril chute à moins de 35 $. Mais à tous les coups, le cartel ne reste pas complètement fidèle à ses engagements de baisse de la production. Toutefois, l'accord de réduction de l'Opep permettra cette fois de remonter le Brent au-dessus des 50 $.

L'accord de la dernière chance

Depuis lors, l'Opep n'avait plus connu une situation aussi difficile que celle de ces deux dernières années, 2016 étant la plus alarmante. Ce qui inquiète certains analystes comme Edmund Shing, c'est cette tendance des pays membres à prendre des engagements, sans les respecter. Or, au point où en est le cartel, le respect de ses engagements peut s'avérer capital cette fois. Et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'à Paris notamment, une catégorie d'analystes reste optimiste. «C'est vrai que certains pays de l'Opep ont l'habitude de passer outre leurs engagements de réduction. Mais n'oublions pas que le présent accord a été voulu par l'Arabie Saoudite qui s'est elle-même engagée à réduire une part importante de sa production», nous fait remarquer un expert du pétrole avant d'avertir : «les pays de l'Opep sont morts s'ils ne concrétisent pas cet accord». D'après lui, si certains membres du cartel ne revoient à la baisse leurs extractions de pétrole, la présidence de l'Opep pourrait passer à la vitesse supérieure.

«La solution pour l'Arabie Saoudite serait d'inonder le marché. Dans ce cas, le baril chuterait à 25 $, voire moins. Les autres membres du cartel vont sérieusement en pâtir, le Nigéria et le Venezuela en l'occurrence. C'est une question de survie !», explique l'expert.

Le cas nigérian est en effet assez éloquent. Le premier producteur de pétrole d'Afrique a vu son économie vaciller depuis l'année dernière en raison de la chute du cours du pétrole. En 2015, il a affiché un taux de croissance de 3%, soit le plus faible depuis plus de dix ans, selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI). Frappé cette année par plusieurs attaques dans l'une des régions de production, cette économie ouest-africaine fortement dépendante de l'or noir a fini par entrer en récession. Le gouvernement table désormais sur un plan de relance économique avec pour principal pilier la diversification, afin de remonter la pente. En septembre dernier, le ministre algérien du Pétrole, Noureddine Boutarfa, affirmait que le cours du baril en dessous des 40 $ entraine «300 et 500 millions de dollars de pertes [quotidiennes] pour les pays de l'Opep». L'Officiel algérien alertait d'ailleurs sur le fait qu'aucune compagnie pétrolière ne pouvait résister si le cours du Brent restait à ces niveaux bas.

La reprise de l'investissement, une urgence !

Dans un contexte de tendance baissière du cours du pétrole en effet, les compagnies pétrolières et gazières ont licencié plus de 250.000 salariés à travers le monde en 2015, selon le cabinet spécialiste de l'industrie de l'énergie, Graves & Co. Objectif : réduire les coûts. En janvier 2016, la compagnie pétrolière britannique BP -pour ne citer qu'elle- annonçait la suppression de 4000 postes dans l'exploration et la production cette année.

L'autre réalité à laquelle le secteur a été confronté avec la chute du cours du baril : l'investissement. Alors qu'ils atteignaient les 780 milliards $ en 2014, les investissements dans les projets d'exploration-production à travers le monde ont connu une baisse d'environ 200 milliards en 2015 et devraient être une nouvelle fois réduits de près de 140 milliards en 2016, selon l'étude annuelle de l'Agence internationale de l'Energie (AIE) publiée en novembre dernier. A titre d'exemple, la Brésilienne Petrobras démarrait l'année en prévoyant une baisse de 25% de ses investissements. La Française Total a, elle aussi, revu son enveloppe pour n'investir que 18 milliards d'euros en 2016, contre 28 milliards habituellement. Une situation qui met également le marché en danger.

«Quand il n'y a pas ou peu d'investissement dans un champ pétrolier, la production ne progresse plus et a même tendance à diminuer assez rapidement de l'ordre de 5% environ par an. Il est très clair que le manque d'investissement actuel va produire progressivement un manque de pétrole sur les marchés», analysait récemment Jean-Pierre Favennec.

Un tel scénario pourrait être avantageux pour l'Opep qui trouverait l'occasion idéale de rehausser sa production, mais désavantageuse pour les compagnies pétrolières issues des pays non-Opep qui verrait leurs chiffres dégringoler.

Mais comme pour les deux groupes la logique dominante s'inscrit toujours -sauf cas de force majeur comme actuellement- dans une production de pétrole plus importante, le manque d'investissement ne saurait faire les affaires, à la fois, du Cartel et de ses amis non membres. Dans son rapport, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) appelle à une reprise des investissements pour éviter d'enfoncer davantage le marché au cours des prochaines années.

D'autant plus que selon un sondage mené par Thomson Reuters début décembre auprès de 29 analystes, le Brent ne devrait afficher qu'une moyenne de 44,69 $ le baril en 2016 et pas plus de 57,01 $ en 2017. Leur postulat : l'accord de l'Opep ne permettrait pas une remontée du prix du pétrole sur le long terme. Un raisonnement qui rappelle un peu celui de l'AIE qui tablait en novembre 2015 sur un rééquilibrage du marché pétrolier à l'horizon 2020 autour de 80$ le baril.

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Le 10 décembre dernier à Vienne, 11 pays non-Opep on suscité l'espoir en acceptant de réduire leur production de 558 000 barils par jour. Reste désormais à savoir si 2017 confirmera le pessimisme des uns ou l'optimisme des autres.

Ristel Tchounand

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