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Dabchy, le Vinted tunisien arrive sur le marché de la mode circulaire au Moyen-Orient

Marie-France Réveillard, envoyée spéciale à Tunis

Publié le 19 décembre 2022 à 13:47 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:59

Team dabchy

Ghazi Ketata, Ameni Mansouri et Oussama Mahjoub.

Dabchy

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Avec plus de 100 000 visiteurs et 25 000 nouveaux inscrits par mois, la plateforme Dabchy.com qui compte un million d'utilisateurs, soit près de 10 % de la population tunisienne, accélère son développement. En partance pour le pays des pharaons, le premier réseau social de mode circulaire de Tunisie, ambitionne désormais de conquérir les fashionatas du Moyen-Orient...

La Tribune Afrique : De quelle façon votre parcours vous a-t-il conduite à fonder l'entreprise Dabchy ?

Ameni Mansouri, CEO et co-fondatrice de Dabchy.com : J'ai fait des études pharmaceutiques et d'ingénierie biomédicale et je me suis spécialisée dans les biothérapies avant de travailler pour le groupe Sanofi-Pasteur, dans les vaccins. C'était une autre vie. J'ai toujours eu envie d'entreprendre, car je cherchais à avoir de l'impact tout en me garantissant une certaine liberté de faire les choses comme je l'entendais. Je m'étais d'ailleurs spécialisée dans les biothérapies, considérant que c'était tellement innovant, qu'il y avait sûrement une idée à capitaliser sur le sujet (...).

Ghazi Ketata, co-fondateur est aujourd'hui mon mari. Il s'était lancé dans l'entrepreneuriat quelques mois plus tôt, avec le troisième co-fondateur de Dabchy, Oussama Mahjoub (CTO). Ghazi m'observait vider mon dressing et aller vers les consommatrices, avec la conviction d'avoir trouvé une idée en or. J'ai commencé mes recherches sur le potentiel tunisien et j'ai été surprise de constater que beaucoup d'initiatives existaient déjà sur les pages Facebook.

Que signifie Dabchy et que propose cette application ?

Dabchy signifie « mes vêtements » en tunisien. J'ai co-fondée Dabchy en 2016 avec Ghazi Ketata, le Product Manager et Oussama Mahjoub, tous deux diplômés de l'école d'ingénieurs Télécom Bretagne. L'idée est venue d'une expérience personnelle. En 2014, j'ai déménagé à Paris alors que j'étais encore étudiante. J'étais une shopping-addict. J'ai pris connaissance du concept de seconde main dès 2014, avant même que Vinted ne commence ses grandes campagnes de communication.

Avec le temps, je me suis aperçue que je pouvais avoir accès à la mode facilement et à moindre coût, tout en allégeant mon dressing dans une logique de consommation circulaire et de recyclage. J'avais conscience que ma passion pour les vêtements avait un coût pour l'environnement. Très vite, la seconde main s'est imposée comme une conviction personnelle. C'est ainsi qu'est née l'idée de créer une plateforme dans l'esprit de Vinted, pour les consommatrices tunisiennes.

De quelle façon s'est structuré votre projet ?

Il est né en 2016. Pendant dix-huit mois, nous avons préparé le site Internet et développé notre communauté. A cette époque, les acheteurs identifiaient le produit sur le site, puis entraient directement en contact avec les vendeurs sur Facebook, qui ensuite procédaient à la livraison et au paiement. Le colis était récupéré à la poste. Au départ, nous avons créé un groupe Facebook fermé pour attirer les consommateurs vers notre plateforme.

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Je répondais aux membres de ce groupe en expliquant aux vendeuses que si elles vendaient dix articles dans dix groupes différents, elles étaient obligées de publier une centaine de posts, alors que sur Dabchy il était possible de partager un dressing de plusieurs centaines d'articles en une seule opération. Nous avons procédé de façon très organique.

Après dix-huit mois d'existence, nous proposions déjà plus de 30 000 articles et nous enregistrions 150.000 inscrits. Nous sommes une vingtaine de collaborateurs permanents aujourd'hui et nous avons tout réalisé en interne : de l'élaboration de la plateforme au marketing, en passant par le service après-vente. Le montant des ventes l'année dernière s'élevait à 1,2 million de dollars.

Quels ont été les principaux défis auxquels vous avez été confronté en lançant Dabchy.com ?

La culture numérique est encore embryonnaire en Tunisie. Il a fallu éduquer le marché sur le paiement en ligne ou à la livraison. Quand nous avons lancé Dabchy.com, personne ne faisait de livraison CtoC. Il nous a fallu frapper aux portes des entreprises pour les convaincre du bien-fondé de notre initiative et de ce qu'elles avaient à y gagner. Cela a pris du temps. Nous avons commencé avec 30 articles enregistrés chaque jour sur notre plateforme et aujourd'hui, nous en enregistrons près de 2 500 au quotidien.

Votre modèle est-il un fac-similé tunisien du géant Vinted ?

Nous ne sommes pas 100 % comparables à Vinted qui laisse le choix aux acheteurs de passer par la plateforme ou d'acheter leurs articles en dehors de la plateforme. Pour Dabchy, pendant les dix-huit premiers mois, toutes les opérations passaient hors plateforme pour bâtir un catalogue et une communauté. Ensuite, lorsque le souci de la garantie s'est fait ressentir chez nos clientes, nous avons décidé de prendre une commission sur la vente de chaque article et de fermer le système pour développer un modèle qui fonctionne davantage comme Airbnb.

Comment garantissez-vous la qualité des produits disponibles sur votre application ?

L'argent de la vente est conservé par Dabchy pendant 24 heures, le temps de vérifier que l'article correspond bel et bien à la description. Dans le cas contraire, la réclamation de l'acheteur génère le blocage du virement et ce dernier est remboursé. Sans réclamation, nous récupérons 20 % de commission et nous virons les 80 % à la vendeuse. C'est là que nous avons commencé à opérer comme une véritable tierce personne de confiance, à la différence de Vinted (...).

Jusqu'alors, les clients devaient se déplacer à la poste pour payer et récupérer leur article. Si l'article n'était pas récupéré, les vendeurs perdaient de l'argent pour l'envoi. Nous avons alors lancé la livraison CtoC. Les vendeuses, appelées « Dabchouchas », ont appris à récupérer leurs biens, les livrer à domicile, récupérer l'argent de la vente et réaliser leur virement sur la plateforme. Si le colis nous revient, nous garantissons son retour à l'expéditeur, sans frais.

Disposez-vous d'un lieu de stockage pour les articles disponibles à la vente ?

En 2022, nous avions 75 000 articles déposés sur Dabchy.com chaque mois. En ce moment, toutes les 40 secondes, un nouvel article est enregistré. Nous avons actuellement plus de 2,2 millions d'articles en ligne que nous ne comptons pas stocker, car nous sommes une marketplace. Néanmoins, l'année dernière, nous avons lancé une catégorie dédiée au luxe pour des articles à partir de 300 dinars tunisiens. Nous recevons et authentifions ces articles siglés de grandes marques internationales comme Dior, Hermès ou Chanel.

Comment s'opèrent les livraisons des articles commandés ?

Nous avons une application et un site web, mais aussi une console d'administration qui nous permet de gérer les commandes. Cette plateforme permet de choisir sa société de livraison en fonction de plusieurs critères, notamment géographiques. Nous sous-traitons les livraisons via plusieurs sociétés. Nous comparons leurs performances, de façon hebdomadaire. Les sociétés les plus performantes reçoivent davantage de commandes la semaine suivante. Nous les mettons en concurrence en quelque sorte, pour optimiser leurs performances et répondre au mieux aux attentes des clients de Dabchy.

Quels sont les partenaires qui vous ont accompagné jusqu'ici ?

Nous avons lancé la société sur fonds propres et nous avons établi notre siège en France assez rapidement. La première année ne nous a rien coûté. Ensuite, il nous a fallu payer l'hébergement du site. Nous avons bénéficié du soutien de sociétés d'accompagnement comme Flat6Labs, en intégrant leur première cohorte. Flat6Labs nous a soutenus à hauteur de 60 000 dollars en 2018. Nous en avons profité pour recruter trois collaborateurs (...).

Nous avons aussi bénéficié du Bridge by Digital Africa qui nous a accordé 150.000 euros de prêt. Personnellement, j'ai reçu l'appui d'un mentor qui travaillait chez LinkedIn MENA. Cela nous a permis d'avoir davantage de visibilité auprès d'investisseurs potentiels. Juste après l'accélération, nous avons obtenu notre preimier Seed Fund de 300 000 dollars de la part de « 500 Startups », de fonds saoudiens (Vision Ventures et Daal Ventures) et de Business Angels. Nous avons suivi l'accélération Orange Fab et en 2021, Orange Ventures a investi 100 000 euros dans Dabchy.

Le groupe est solidement implanté en Afrique et représente un partenaire de choix BtoB pour Dabchy. Grâce à ce partenariat, nos utilisateurs peuvent booster leurs articles en utilisant leurs recherches téléphoniques Orange (Dabchy Boost). Lorsqu'un article est boosté, il est généralement vendu dans l'heure ou dans la journée (...) Nous levons actuellement une série A de 3 millions d'euros pour accompagner notre développement territorial.

Quels sont vos projets de diversification ?

Nous adaptons notre offre en élaborant des abonnements mensuels et annuels. Nous avons par exemple développé Dabchy Prime, pour les livraisons prioritaires, gratuites et illimitées. C'est le cas des commandes dont le prix est supérieur à 39 DT. Notre objectif est d'inciter les clientes à augmenter leur panier moyen qui s'élève à 50 DT aujourd'hui. Nous voulons travailler sur un modèle small BtoC, afin que les petites entreprises de particuliers aient accès à nos outils internes pour prendre la main sur leurs transactions. Par ailleurs, nous voulons travailler avec les marques qui veulent écouler leur fin de série, afin d'élargir notre offre.

Quel est le profil-type de l'utilisatrice de la plateforme Dabchy.com ?

Il s'agit d'une Tunisienne âgée de 24 ans à 32 ans qui commence sa vie active et veut avoir accès à la mode de façon intelligente, responsable et au meilleur prix, tout en gagnant de l'argent. La génération Z est en train de progresser rapidement. Ce sont elles qui deviendront les vendeuses de demain et de potentielles acheteuses. Elles s'engagent par conviction, pour soutenir des initiatives durables.

Avez-vous des projets de développement en dehors de la Tunisie ?

Nous commençons les opérations début 2023 en Egypte et nous visons le Maroc, l'Algérie et l'Arabie Saoudite (...) En Egypte, il est préférable d'avoir un partenaire-référent local, en dehors des partenaires techniques, financiers et logistiques traditionnels, mais ce n'est pas une condition sine qua none, contrairement à l'Afrique subsaharienne où nous rechercherons, dans un second temps, des partenaires solides qui pourraient à terme, devenir nos associés (...).

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Dans chaque pays où nous voulons nous implanter, nous installerons une équipe opérationnelle pour conserver une proximité avec nos clientes, car le succès de Dabchy repose sur la confiance et la disponibilité. Nous travaillons six jours sur sept et sommes disponibles à tout moment. Nous ambitionnons de nous implanter dans cinq pays d'ici cinq ans, avec une 100aine de collaborateurs répartis dans ces nouvelles géographies.

Marie-France Réveillard, envoyée spéciale à Tunis

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