En Suisse, le bonheur n'est plus dans le radiateur électrique
Jean-Pierre Gonguet
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Paola Ghinalli ne travaille pas au bonheur des gens. Elle ne va pas créer l'« indice du bonheur », comme elle le lit trop souvent dans la presse helvétique, mais un indice du progrès qui rende compte de la réalité sociale, économique et environnementale des gens. Elle a « vendu » l'idée il y a trois ans à Beat Vonlanthen, chargé de l'économie au sein du Conseil d'État du Canton de Fribourg. L'indice devrait être prêt en 2013. Il s'intégrera au plan de développement de Fribourg, peut-être à celui de la Suisse, et, en tout cas, il sera testé dans les différentes régions européennes regroupées au sein de l'Assemblée des régions d'Europe. « Le travail a été très ardu, explique Paola Ghinalli, ancienne présidente exécutive de la fondation Max Havelaar. Nous avons analysé 26 indicateurs pendant des mois pour en retenir 3. Nous avons finalement retenu l'indice le moins théorique, le plus "bottom up", le Happy Pla-net Index (HPI), élaboré par la New Economics Foundation. Et nous avons commencé à le retravailler, à l'adapter à notre réalité, celle des habitants du canton. »
L'indice associe bonheur et empreinte écologique
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Le HPI en question est une alternative au PIB. Il calcule le Happy Life Years qui, de son côté, complète l'Indice de développement humain. Chaque année est publiée une enquête des Happy Life Years, qui classe les pays en fonction du sentiment de bonheur de leurs habitants et de leur nombre d'années de bonheur (le Costa Rica est en tête, mais les pays du nord de l'Europe sont généralement les grands gagnants). À cet indice, Paola Ghinalli, en fouillant dans les bases statistiques de Fribourg, de l'Office fédéral suisse ou d'Eurostat, a ajouté au fil des mois d'autres indicateurs, qui vont des aspects socio-économiques de la vie de gens à l'empreinte environnementale : le taux de chômage, le nombre de mètres carrés construits, la pureté de l'eau, le revenu disponible moyen, l'endettement de la région, la quantité de déchets par habitant, la qualité de l'énergie, le temps libre, etc. « En 2013, nous allons pouvoir lancer l'enquête auprès des citoyens du canton, sur leur sentiment de bonheur et différents indices, explique-t-elle. Le but est d'arriver à un outil très simple, un indice parallèle au PIB, qui permettra à chaque citoyen de comprendre les conséquences de ses actes et des décisions politiques ou économiques. »Du travail en chambre ? Pas du tout. Avant même que l'indice soit définitif, sa philosophie a imprégné toute l'action du Conseil d'État de Fribourg (depuis 2004, le développement durable est inscrit dans la Constitution). Un canton avec, justement, un PIB à la traîne de celui des autres cantons et une économie traditionnelle et rurale. « Nous avions beau être lanterne rouge en termes de PIB, explique Beat Vonlanthen, nous n'avions pas l'impression de vivre plus mal que les Vaudois ou les Bernois. Il fallait donc peut-être calculer autrement. » Mais le Canton a quand même pris les devants et décidé de privilégier les technologies propres et de réduire considérablement la dépense énergétique (« High Tech in the Green » est son slogan). C'est l'objectif de la « société à 2000 watts ». Deux mille watts, c'est ce que devrait utiliser en moyenne en puissance continue chaque habitant de la planète. Les Américains sont à 12000 watts ; les Suisses, en moyenne, à 5000 watts. Il y a de la marge, mais la transition est difficile à négocier et, surtout, à expliquer.
La preuve ? Les radiateurs électriques. Là, ça bloque dans le canton. Les Fribourgeois ne sont pourtant pas les premiers : Berne, Neuchâtel, bientôt le canton de Vaud ont déjà interdit les radiateurs électriques.
Jean-Pierre Gonguet
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