Corinne Lepage : " Sur le nucléaire, François Hollande va devoir faire des choix d'investissements"

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<b> INTERVIEW - </b> A quelques jours de la Conférence environnementale organisée les 14 et 15 septembre prochains, l'ancienne ministre de l'Environnement et députée européenne Corinne Lepage -qui avait appelé à voter François Hollande à l'élection présidentielle- exprime ses attentes mais aussi ses doutes quant aux résultats de cette initiative.

Qu'attendez-vous de la Conférence environnementale des 14 et 15 septembre prochains ?

D'abord, cette conférence, centrée sur l'environnement alors que les Français sont surtout préoccupés par leur pouvoir d'achat, intervient à un très mauvais moment. En outre, au sujet de la transition énergétique qu'elle est censée englober, de deux choses l'une : soit il ne s'agit que de lancer le débat sur le sujet, auquel cas aucune décision ne sera prise, soit on va réellement traiter le sujet, mais dans ce cas, c'est réducteur de ne l'aborder que sous l'angle de l'environnement. De mon point de vue, l'interconnexion entre économie et environnement est un sujet tout à fait central. « L'environnement, moteur d'un nouveau développement économique », voilà qui aurait fait un meilleur angle.

En quoi cette conférence diffère-t-elle du Grenelle de l'Environnement ?

Le Grenelle, c'est du passé, ça a été un grand espoir largement déçu. En gros, en dehors de ce qui directement lié à l'activité économique, comme les déchets, on est complètement à côté de la plaque sur la croissance de l'économie verte, le CO2, les énergies renouvelables...
Il est donc normal que le nouveau gouvernement ait envie de faire autre chose. Les sujets au programme, biodiversité, santé et environnement, sont essentiels.
Le tout est de savoir si cette conférence n'a pour objectif que de déboucher sur des débats et des commissions concernant des sujets déjà connus, ou de proposer des mesures et de les ouvrir au débat...
Car il n'est plus temps de chercher des solutions, on les connaît, on sait ce qu'il faut faire. Il s'agit de trouver la volonté politique de les mettre en ?uvre. La vraie question, c'est la volonté du gouvernement d'aller vers une véritable transition écologique.

Vous en doutez ?

Nous avons un précédent avec l'exemple de la filière automobile industrielle. Largement soutenus par les pouvoirs publics, les constructeurs français se sont obstinés dans la voie de la diésélisation, en refusant toute nouvelle technologie intégrant l'environnement et la santé, notamment l'hybridation. Cette attitude défensive a conduit à un problème à la fois sanitaire (les particules fines émises par diesel ont été déclarées cancérogènes par l'Organisation mondiale de la santé en juin dernier, ndlr) et industriel : on ne vend plus que du bas de gamme qui n'est pas produit en France, ou du très haut de gamme, mais les ventes de modèles de milieu de gamme s'effondrent. Il ne faudrait pas reproduire la même erreur sur l'énergie.

A mettre tous nos ?ufs dans le même panier (le nucléaire, ndlr), on ne veut pas voir qu'il y a des menaces sur l'emploi, même à court terme. Areva est dans une situation financière catastrophique, et le Japon, qui a déjà réduit ses importations de Mox de 50 %, pourrait les supprimer totalement, avec des conséquences difficiles à évaluer. Areva, qui est une très belle entreprise, pourrait développer son activité de conseil, de démantèlement, et accélérer dans les grosses turbines pour l'éolien en mer. Atmea, la co-entreprise qu'il a créée avec des Japonais, est en guerre contre EDF, allié à des Chinois ; l'EPR vient d'être retoqué aux Etats-Unis ; en Inde, le gouvernement veut imposer l'obligation d'assurer les centrales, ce qui risque de compliquer singulièrement les choses...

François Hollande s'est engagé à faire passer la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75 % à 50 % en 2025. Mais en 2025, il ne sera plus à la tête du pays.

C'est vrai, mais d'ici à la fin de son mandat, il va déjà devoir faire des choix en matière d'investissements. Va-t-il favoriser la sécurité des centrales existantes ? Le générateur de quatrième génération Astrid ? L'EPR ? Les énergies renouvelables ? A propos d'Astrid, c'est un point ambigu dans l'accord passé entre les Verts et le PS, qui stipule qu'il n'y aura pas de nouveaux réacteurs. Mais si Astrid a été initié sous la mandature de Nicolas Sarkozy, les contrats ont été signés en juillet après l'élection de François Hollande. Dans cet accord, Astrid est-il considéré comme un nouveau réacteur ? C'est toute la question.

Quelles pistes préconisez-vous pour développer les énergies renouvelables ?

Pour le moment, on ne voit venir aucune mesure, même symbolique, alors que les professionnels des énergies renouvelables, notamment de l'éolien, ne cessent d'appeler au secours. Il est normal que l'Etat conserve un contrôle sur l'implantation d'éoliennes dans des sites admirables, sinon c'est le meilleur moyen de provoquer une opposition encore plus grande, mais on pourrait néanmoins facilement relâcher la réglementation sur l'éolien. La biomasse se développe aussi très lentement, par manque d'incitation et en raison d'une réglementation trop compliquée. Or il y a là tout un gisement d'activité qui ne demande qu'à se développer. De plus en plus de sociétés coopératives de citoyens financent des projets, comme à Montdidier (Somme), qui sera autonome en énergie à partir de 2015. En outre, la régie redistribuera ses bénéfices aux habitants sous la forme d'un impôt négatif. Ce sont donc des expériences positives pour le pouvoir d'achat des Français, qui est le sujet essentiel aujourd'hui. Mais pour que ce soit possible, il faut être en régie, ce qui n'est le cas que des 150 collectivités locales en France. Depuis la loi de nationalisation de l'électricité de 1946, c'est devenu impossible. Il faudrait revoir cela.

Quel mode de financement favoriserait l'essor des énergies renouvelables ?

Comme je l'avais proposé lors de la campagne présidentielle, il faudrait créer un fonds, qui serait alimenté par les enchères de quotas carbone, qui doivent débuter en janvier 2013, et bénéficier du « fléchage » de 2,5 milliards d'euros de subventions aujourd'hui attribuées aux énergies fossiles. Les particuliers auraient également la possibilité d'y investir via le livret de développement durable (LDD). Les fonds, dont le volume serait ainsi déconnecté de la conjoncture et de toute considération budgétaire telle que les rentrées d'impôts, seraient bloqués pour 30 ans.
Mais derrière le nucléaire et les énergies renouvelables, les vrais sujets, ce sont les réseaux et l'efficacité énergétique. On nous répète à l'envi que la France est le pays où l'électricité est la moins chère, mais c'est aussi en France que la facture est la plus élevée car les Français en consomment de grandes quantités notamment à cause de l'importance du chauffage électrique.

L'une des tables rondes doit être dédiée à la gouvernance de l'environnement. Quels changements vous semblent souhaitables ?

C'est un vrai sujet. Quel sera le processus décisionnel appliqué aux grandes infrastructures ? Quid de la représentativité des associations ? Le décret paru en juillet 2011 à l'initiative de Nathalie Kosciusko-Morizet a limité l'accès à un certain nombre de commissions prédéfinies aux associations comptant plus de 2000 cotisants. Cela exclut de fait les experts et les scientifiques, les seuls capables de débattre sérieusement sur le fonds.
En 2008, j'avais remis à Jean-Louis Borloo (alors ministre de l'Environnement, ndlr) un rapport contenant 90 propositions. Pas une seule n'a été retenue.
Il faut savoir si l'on veut protéger les lanceurs d'alerte, empêcher les conflits d'intérêt au sein des agences sanitaires, etc. Ce sont des mesures simples et qui ne coûtent rien. Mais ces décisions vont à l'encontre d'importants intérêts économiques, relayés par des scientifiques dont les crédits recherche dépendent précisément de ces entreprises...

Une autre table ronde sera consacrée à la biodiversité. La piste consistant à donner un prix à la nature vous semble-t-elle opportune ?

C'est un débat politico-économico-éthique complexe. A partir du moment où l'on donne un prix à quelque chose, la tentation est grande de créer un marché. C'est pourquoi certains considèrent que cette démarche est scandaleuse. Malheureusement, l'expérience a montré que ce qui ne coûte rien, ne vaut rien. Or, je pense au contraire que le fait de polluer doit coûter le plus cher possible. Il faut que cela soit plus intéressant sur le plan financier de mener une démarche de prévention que de polluer.
Mais il ne faut pas pour autant retomber dans les affres du marché carbone, qui a dès le départ été détourné de son objet. Beaucoup de gens se sont enrichis grâce aux  surallocations de quotas, qui ont été accentuées par la crise économique mais l'avaient précédée. Mais le marché a-t-il permis d'éviter l'émission d'une seule tonne de CO2 en Europe ?
En revanche, ce qui est essentiel en matière de biodiversité, c'est la compréhension de ce qui se passe et des conséquences de nos actions. Sinon, cela induit de mauvaises appréciations. Le problème de la mortalité massive des abeilles et ses conséquences sur la pollinisation en est l'exemple le plus parlant. Ce service rendu par les abeilles a un prix. Aux Etats-Unis d'ailleurs, des producteurs de melons ont payé des apiculteurs pour qu'ils puissent maintenir une activité suffisante, après s'être rendu compte que c'était nécessaire à leur production.

Notre politique nationale en matière d'environnement s'inscrit dans le cadre européen. Quelles sont les conséquences sur la marge de manoeuvre du gouvernement ?

Pour commencer, il faudrait déjà remplir nos obligations. Pas moins de quatorze procédures sont actuellement en cours contre la France pour manque de respect de ces obligations, sans compter celles qui ne manqueront pas d'être lancées par Bruxelles. Sur les particules fines, les nitrates (responsables de la prolifération des algues vertes en Bretagne), nous sommes complètement en dehors des clous. Le gouvernement pourrait déjà s'engager à transcrire en droit national les directives européennes qui ne l'ont pas été dans les délais prévus. La France pourrait également faire en sorte de respecter ses engagements pris dans le cadre du paquet climat énergie.
Cela renforcerait notre position en Europe. Au contraire des Allemands, très forts pour imposer au niveau européen des règles qui avantagent leur industrie, en France nous avons toujours eu du mal à lier économie et écologie.
Dès 1997, par exemple, ils ont décidé d'aider leur industrie automobile à anticiper les normes Euro 2000 (portant sur les émissions des véhicules, ndlr). La France a réagi en déposant plainte contre cette aide d'Etat, mais a été déboutée car ces aides sont légales lorsqu'elles sont en faveur de la santé ou de l'environnement. Et pendant ce temps, l'industrie automobile française a pris du retard...

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a écrit le 11/09/2012 à 12:15 :
L'EPR réacteur nouvelle génération, a été retoqué aux USA essentiellement, parce que l?exploitation du gaz de schiste répond aux besoins de la population américaine, baisse des prix de 50% sur les factures de gaz des consommateurs !!Le nucléaire ne présente plus le même intérêt face à l'abondance de cette matière première .....
Réponse de le 11/09/2012 à 12:35 :
Pour répondre à la demande de gaz naturel aux USA, la production de gaz de schiste devra être multipliée par 5 d'ici 2035 si le gaz replace le charbon dans les centrales thermiques. Or aujourd'hui déjà, la sécheresse aux Etats-Unis gêne l?exploitation du gaz de schiste. Donc une multiplication par 5 de cette production n'est pas réaliste.
Réponse de le 11/09/2012 à 14:09 :
Les centrales thermiques au charbon ne sont pas remises en question aux USA il s'agit des centrales nucléaires
nouvelle génération retoquées et plus aussi utiles dans le mixte énergétique existant aux USA, le gaz de schiste
se substituant au nucléaire!!! la pollution liée au gaz de schiste est elle pire que la pollution liée au nucléaire à priori les USA ont choisi tout comme l'Afrique du Sud qui vient de lever son moratoire sur l'exploitation du gaz de schiste!
Réponse de le 11/09/2012 à 14:44 :
Forbes Magazine "Shale Gas Takes On Coal To Power America's Electrical Plants".
Le gaz de schiste prend la place du charbon pour alimenter les centrales électriques américaines.
Le charbon fournit aujourd'hui 37% de l'électricité aux USA contre 42% en 2011.
a écrit le 11/09/2012 à 12:02 :
On peut économiser l'équivalent de 12 Fessenheim.
En France, l'éclairage, le chauffage électrique et les systèmes de réfrigération consomment environ 180 TWh par an soit 35% de la consommation d'électric­ité en France qui est de 510 TWh. Avec l'éclairage LED, l'éclairage ESL (Electron Stimulated Luminescence), l'isolation, les chauffe-ea­u solaires, les pompes à chaleur valorisant­s la chaleur des eaux usées, la géothermie­, les chaudières biomasses, la réfrigération par stockage de froid la nuit, les puits canadien.. la France pourrait économiser 140-150 TWh par an. Soit 12 fois la production Fessenheim qui est de 12 TWh par an.
Réponse de le 11/09/2012 à 23:00 :
Bien vu, Bravo !
a écrit le 11/09/2012 à 11:43 :
Beaucoup de ce que dit Corinne Lepage est juste, équilibré et réaliste. Cette compétence technique indéniable dont elle nous gratifie à chacune de ses interventions, nous aimerions la voir mise au service de la promotion et de la structuration d?un grand Mouvement Ecologiste Indépendant qui fait aujourd?hui tant défaut au Pays. Les leaders opportunistes d?EELV, qui se sont appuyés sur une base gauchiste et irréaliste pour accéder à un mandat de Députés ou de Sénateur ou encore selon l?expression en vogue à un poste de Ministre « muselé », sont disqualifiés pour cette mission importante. Il faut occuper ce vide rapidement ! Les forces existent ! Elles ne demandent qu?à être mobilisées et rassemblées sur un projet d?envergure.
Bernard FRAU
Délégué général Humanisme-Ecologie-République
Réponse de le 11/09/2012 à 23:07 :
C'est juste mais malheureusement en France avec le système actuel les partis autres que droite et gauche n'ont que peu de chance d'accéder au pouvoir (voir l'exemple du Modem de Bayrou) alors la stratégie des Verts a été assez efficace puisqu'elle leur a permis d'avoir de nombreux députés, sénateurs etc et quelques places au gouvernement, à charge pour eux maintenant de démontrer leurs capacités à faire évoluer les choses dans le sens de l'écologie.
a écrit le 11/09/2012 à 10:53 :
@Albert : Mme Lepage n'est pas competente car elle n'a pas le discours qui vous arrange. 'Si le message est mauvais, tuez le messager'.

J'observe simplement le miserabilisme des reactions : on s'attaque a la personne mais rien sur le fonds.
Et si elle avait raison, et si la mono-culture energetique francaise nous menait droit vers l'abîme ?
a écrit le 11/09/2012 à 10:14 :
Qu'est ce qui peut bien justifier qu'une Corinne Lepage soit systématiquement mise en avant par les médias de droite comme de gauche sur ces questions? Notre pays manque-t-il de personnalités compétentes dans ce domaine? Ou alors y-a-t-il une autre raison inavouable?
Réponse de le 11/09/2012 à 23:14 :
Malheureusement en France, très peu de scientifiques accèdent facilement aux médias donc Corinne Lepage a au moins l'avantage de servir de porte parole sur un certain nombre d'aspects. Son parcours a démontré qu'elle et son réseau Cap 21 ont souvent bien défendu la cause de l'écologie et depuis plusieurs décennies face à des pollueurs influents et peu scrupuleux.
a écrit le 11/09/2012 à 8:02 :
L'énergie doit être envisagée sous l'angle macroéconomique:énergie et travail doivent être associés pour financer les prestations sociales.
a écrit le 11/09/2012 à 6:23 :
Pourquoi la parole a` Corinne Lepage qui ne represente rien, si ce n'est ses propres interets?????
Réponse de le 11/09/2012 à 10:18 :

exactement ..ils nexistent pas politiquement..ne defendent que leurs propre interets
a écrit le 10/09/2012 à 23:41 :
En tout cas réussir a faire alliance avec les écolos sur de telle promesses fortiche le François. 50% de nucléaire en 2025 même réélu en 2017 il peut la refaire sa blague corrézienne. Allez je me lance en politique : si vous votez pour moi en 2017 je donne 1000 milliards a chaque français en 2080.
Réponse de le 11/09/2012 à 8:55 :
@aka : dans la mesure où nos pics de consommations d'énergie ne cessent d'augmenter, le simple fait de fermer les plus vieilles et plus dangereuses centrales tout continuant d'implanter des énergies renouvelables fera automatiquement baisser de manière impressionante la par du nucléaire... et sinon le discours de Mme Lepage est tout à fait cohérent, à force de vouloir suivre les lobby pourris de nos contructeurs auto, on en oublie que sans innovation, pas de marché... d'où leur chute spectaculaire aujourd'hui...

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