Capital-investissement: pourquoi tant de haine?
Christine Lejoux
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Christine Lejoux
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
«On ne nous aime pas, on ne nous comprend pas.» Cette plainte n'émane pas d'un groupe d'adolescents boudeurs, mais de gérants de fonds de capital-investissement français. «La France est l'un des pays où le private equity est le plus détesté. L'Etat ne comprend rien à notre métier», a sifflé Gilles Mougenot, directeur général de la société de capital-investissement Argos Soditic et ancien président de l'Afic (association des investisseurs pour la croissance), lors d'une conférence de presse, le 20 novembre.
Une détestation qui, selon les acteurs du secteur, trouve sa plus récente expression dans le projet de Budget 2013, lequel prévoit un alourdissement de la taxation des plus-values de cession et du «carried interest» (intéressement des gestionnaires de fonds aux résultats obtenus). Mais l'incompréhension entre le capital-investissement et les pouvoirs publics ne date pas d'aujourd'hui : «Nicolas Sarkozy nous détestait», affirme Gilles Mougenot.
Le temps de l'ignorance
Pourquoi tant de haine à l'égard des fonds de capital-investissement, alors que ces derniers, aime à répéter l'Afic, ont encore injecté l'an dernier près de 10 milliards d'euros dans quelque 1.700 PME françaises? «Je ne vous avais jamais montré mon schéma? Vous allez comprendre», assure Gilles Mougenot. En trois coups de crayon, le patron d'Argos Soditic brosse l'évolution de «la perception du capital-investissement, en France», passée de la phase «d'ignorance», de 1984 au milieu des années 1990, à celle de la «reconnaissance» (1995/2003), puis de «l'arrogance» (2003/2008) et, enfin, de la «détestation» (de 2008 à aujourd'hui).
À lire également
De fait, dans les années 1980, le mot «capital-investissement» n'évoque pas grand chose en France. Alors que ce métier - qui consiste à prendre des participations dans des sociétés non cotées pour le compte d'investisseurs institutionnels - existe aux Etats-Unis depuis 1946, il commence alors tout juste à se développer dans l'Hexagone, avec la création des fonds communs de placement à risque (FCPR), en 1983, puis la promulgation, en 1984, de la loi autorisant le rachat des entreprises par leurs salariées, ce qui va ouvrir la voie aux LBOs (Leverage Buy-Outs : acquisitions par endettement).
Christine Lejoux