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Les marchés financiers doivent s'imposer un sevrage de la drogue Monti

Romaric Godin

Publié le 12 décembre 2012 à 11:24 - Mis à jour le 12 décembre 2012 à 11:26

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Le président du conseil italien a, durant des mois, apaisé les marchés, qui paniquent maintenant de son possible départ. Efficacité... ou effet psychotrope ? La réalité - économique, politique et sociale - italienne plaident pour la seconde option.

La toxicomanie est un des pires fléaux de notre époque. Un fléau si répandu qu'il n'épargne même pas les marchés financiers et les grands médias économiques. Il ne s'agit pas ici de dénoncer l'usage dans les salles de trading -ou de rédaction- de produits psychotropes prohibés par la loi, mais plutôt d'une drogue d'un nouveau genre: Mario Monti.

Effet apaisant

L'usage du Monti est certes apaisant. Depuis sa nomination, l'Italie a progressivement disparu des inquiétudes des marchés, remplacée par l'Espagne ou même la France. Chacun voulait se convaincre et convaincre les autres qu'il «fallait être patient», que «la croissance allait revenir», que «Mario Monti fait le travail nécessaire». Le nom du président du conseil italien avait un aspect magique qui réduisait à néant tous les doutes. On avait beau présenter les i nquiétants chiffres économiques, les cinq trimestres de récession, les effets sociaux de la rigueur, la désagrégation de la société, rien n'y faisait: Mario Monti était alors mis en avant, tel un totem rassurant.

Etat de manque

Mais toute drogue a son redoutable revers. L'oubli de la réalité et l'euphorie qu'elle procure ne sont en effet que passagers. Lorsque vient le manque, la réalité dans toute sa triste vérité réapparaît au sujet qui alors désespère et réclame à nouveau son stupéfiant. C'est à ce malheureux processus auquel l'on a assisté ce week-end lorsque les marchés et les éditorialistes européens ont découvert que Mario Monti risquait de quitter la scène. Le taux italien a fortement augmenté, les éditorialistes européens ont paniqué : sans Mario, qu'allait devenir l'Europe?

En cas de manque, le sujet se crée souvent de fausses frayeurs. C'est aussi un moyen de tenter de réclamer le produit qui lui manque. Dans ce cas, Silvio Berlusconi a joué ce rôle. Pour qui s'intéresse d'un peu loin à la politique italienne, il est évident que le cavaliere ne peut pas redevenir président du conseil. Son parti est très loin dans les sondages, lui-même n'est plus guère populaire. Surtout, à l'exception de la Ligue du Nord, aucun parti n'accepterait de s'allier avec lui.

Or, la Ligue est autant à l'agonie que le parti berlusconien. Bref, il n'existe pas de danger Berlusconi. Et pourtant, que n'a-t-on entendu ces derniers jours sur le retour du Cavaliere et sa capacité à déstabiliser l'Italie... Certains journaux, comme l'allemand Handelsblatt ont même surjoué cette crainte en titrant «Silvio, reviens!» (et surtitrant sans nuances: «Le peuple l'appelle») un reportage très orienté. On comprend le but de la man?uvre : montrer que Mario Monti est indispensable. Derrière ce titre du quotidien allemand, il faut lire en filigrane ce message: « Mario, reviens! »

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Désastre démocratique

En réalité, et c'est une des constantes de la toxicomanie, l'addiction est souvent plus dangereuse que la réalité que l'on veut oublier. Car elle l'aggrave. Ainsi en est-il du gouvernement Monti. Politiquement et économiquement. D'abord, politiquement. En faisant croire à l'Europe que seul un gouvernement technocratique était à même de régler les problèmes de l'Italie, il a réduit à néant la confiance des investisseurs dans le personnel politique italien et, plus généralement dans la démocratie italienne. Les marchés et les partenaires de Rome n'ont alors plus eu qu'une crainte: voir revenir le choix démocratique en Italie. Ceci a également eu pour conséquence de réduire à néant la confiance des Italiens eux-mêmes dans leurs institutions. Résultat: la République italienne vacille sur ses bases et l'opposition populiste du blogueur Beppe Grillo atteint presque 20 % des intentions de vote sur un programme anti-Monti.

Désastre économique

Sur le plan économique, nul besoin de s'attarder. Les «réformes» mises en place par Mario Monti se sont souvent limitées à des coupes budgétaires qui ont conduit à une récession grave. Comme l'Espagne et la Grèce, l'Italie est, depuis l'arrivée de Mario Monti, entrée dans une spirale déflationniste dont elle aura grand peine à s'extirper. Le bilan du président du conseil est catastrophique: uniquement des trimestres de contraction du PIB. Il faut être un économiste allemand convaincu par les vertus déflationnistes pour croire que de ces ténèbres surgira la lumière, comme le promet le gouvernement depuis des mois.

En tout cas, même l'OCDE s'est inquiétée de l'incapacité de faire jouer les stabilisateurs économiques. L'Italie, qui bénéficie d'une industrie exportatrice performante, à la différence de la France, n'a pas bénéficié de cette politique. C'est la preuve par l'exemple de l'échec de la politique de réduction massive et rapide des déficits censée redresser la compétitivité. Dans ces conditions, c'est bien cette politique qui mène l'Italie à la ruine et qui doit inquiéter les agences et les investisseurs. Au lieu de quoi, c'est elle qui les rassure.

Du coup, la démission du gouvernement Monti, comme tout sevrage, apparaît comme une crise difficile à surmonter. Mais c'est une crise nécessaire afin de désintoxiquer définitivement les marchés de l'illusion Monti. Et que l'Italie puisse enfin retrouver un rapport sain avec le reste de l'Europe.

Romaric Godin

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