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Etats-Unis : reculer pour mieux sauter dans le gouffre budgétaire ?

Sophie Rolland

Publié le 03 janvier 2013 à 08:53 - Mis à jour le 03 janvier 2013 à 08:53

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S'il a permis d'éviter le pire, c'est-à-dire l'activation automatique de mesures d'austérité, l'accord sur le "fiscal cliff" ne sort aucunement les Etats-Unis de l'impasse budgétaire. La difficulté des élus démocrates et républicains à se mettre d'accord sur ce texte a minima promet des échanges musclés lorsqu'il s'agira de trouver des réponses de long terme au problème de la dette.

L'accord sur le « fiscal cliff » (mur ou falaise budgétaire selon les traductions) auquel sont finalement parvenus les membres du Congrès américain dans la nuit de mardi à mercredi permet aux Etats-Unis (et accessoirement à l'économie mondiale) d'échapper au pire... Du moins pour l'instant. Sans cet accord, 600 milliards de dollars de hausses d'impôts et de baisses des dépenses publiques auraient été automatiquement activées ce qui, selon les estimations du Congressional Budget Office (CBO) - un organisme parlementaire équivalent à la Cour des comptes - aurait entraîné une contraction du PIB de 0,5 % et une remontée du taux de chômage à plus de 9 %.

Pourtant, cet accord est loin d'apporter une réponse définitive aux problèmes budgétaires des Etats-Unis. Se concentrant sur les hausses d'impôt et évitant soigneusement d'aborder le sujet des dépenses, il entraînerait en l'état une augmentation du déficit budgétaire d'encore près de 4.000 milliards de dollars (3.000 milliards d'euros) sur dix ans, estime le CBO. Cela représente certes une économie de 650 milliards (sur la même période) par rapport à la situation avant accord, mais ne suffit pas à sortir le pays de l'impasse. L'essentiel reste à faire...

Que prévoit l'accord sur le « fiscal cliff » ?

Concrètement, le texte sur lequel les élus démocrates et républicains ont fini par s'entendre prévoit le relèvement du taux d'imposition des plus riches : les foyers aux revenus supérieurs à 450.000 dollars par an subiront une hausse du taux d'imposition sur le revenu de 35 % à 39,6 % et une augmentation du taux d'imposition sur les plus-values/dividendes de 15 % à 20 %. Par ailleurs, la taxe sur les successions passera de 35 % à 40 % avec un seuil d'exonération à 5 millions de dollars.

Barack Obama, qui voulait mettre fin aux baisses d'impôt de l'ère Bush pour les ménages les plus riches, a obtenu gain de cause, même si il a dû accepter un seuil de revenus plus élevé que ce qu'il envisageait initialement. Autre victoire des démocrates : le « doc fix » - la mesure destinée à éviter une baisse des tarifs des médecins qui participent au programme Medicare - a été prolongé d'un an et le stimulus de l'administration Obama de 2010 a été en partie préservé avec la prolongation d'un an de l'assurance chômage de longue durée et des autres crédits d'impôts (Child Tax Credit, Earned Income Tax Credit).

En revanche, la baisse (qui devait être provisoire) du taux de cotisations sociales pour les salariés arrivera bien à expiration. A elle seule, cette mesure pourrait amputer de 700 dollars le pouvoir d'achat d'un ménage moyen, selon les estimations du Tax Policy Center, un cercle de réflexion de Washington. De quoi freiner la consommation et priver l'économie américaine d'un quart de point de croissance, selon certaines estimations.

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Qu'est ce qu'il ne prévoit pas ?

En revanche, la question des coupes automatiques dans les dépenses publiques a été reportée de deux mois. Quant à celle du plafond de la dette, elle a été soigneusement évitée, alors même que - le Trésor l'a confirmé lundi -, son  niveau a déjà atteint le seuil fatidique des 16.400 milliards de dollars.

Finalement, la stratégie élaborée en août 2011 (lors du dernier débat sur le relèvement du plafond de la dette) a échoué. L'idée était en effet pour les élus de se lier les mains en fixant une date butoir, le 31 décembre 2012, à laquelle si rien n'avait été décidé pour s'attaquer au déficit budgétaire, une réduction draconienne des dépenses publiques et une lourde augmentation des impôts se mettraient automatiquement en place.

Vers un nouveau psychodrame autour du relèvement du plafond de la dette ?

Pour éviter de se heurter à ce plafond, le gouvernement américain a adopté des mesures qui permettront de stopper la croissance de l'encours de la dette pendant deux mois. Une mesure très provisoire donc... Pendant cette période, les parlementaires devront trouver le moyen d'éloigner le risque de défaut des Etats-Unis. Le psychodrame de 2011, lorsqu'il avait déjà fallu relever le plafond de la dette, et les dernières passes d'armes entre républicains et démocrates annoncent des discussions compliquées. En outre, pour de nombreux analystes, les Etats-Unis auront du mal à échapper à une nouvelle dégradation de leur notation financière.

Contrariés d'avoir fait d'importantes concessions, les républicains ont d'ores et déjà annoncé qu'ils ne voteraient aucune augmentation du plafond de la dette si cette mesure n'est pas accompagnée de coupes dans les programmes de protection sociale comme Medicare (aide destinée aux personnes âgées) ou Medicaid (pour les plus démunis). Les démocrates préfèreraient couper dans les dépenses militaires. Les relations entre les chefs de file des deux partis s'étant nettement détériorées ces dernières semaines, Barack Obama a dit souhaiter des négociations « un peu moins dramatiques » ...

Le problème est qu'à chaque nouvel épisode, l'affrontement entre conservateurs et démocrates sur le déficit gagne en virulence. Alice Rivlin, experte en la matière à la Brookings Institution, redoute ainsi que l'issue de la bataille du mur budgétaire ne durcisse celle de la dette, tout en accréditant l'idée selon laquelle les institutions américaines sont impuissantes face aux grands enjeux économiques. "C'est très mauvais pour notre économie et pour notre image dans le monde. Nous ne passons pas pour un pays responsable de son propre destin. C'est difficile à quantifier, mais ce n'est pas bon", a-t-elle dit à Reuters. "Ce Congrès a du mal à faire son travail, notamment en ce qui concerne les grands problèmes du jour", observe également Sarah Binder, politologue à l'université George Washington, également citée par Reuters.

La dette américaine : un sujet d'inquiétude pour le FMI, les agences de notation ... et la Chine

« Il faut aller plus loin pour remettre les finances publiques américaines sur une trajectoire soutenable sans menacer la reprise économique encore fragile », a déclaré le porte-parole du FMI cette semaine, tandis que les agences de notation Moody's et Standard & Poor's estimaient que l'accord sur le « fiscal cliff » ne rendait pas la trajectoire budgétaire plus soutenable qu'avant.

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L'endettement excessif des Etats-Unis reste également un sujet de préoccupation pour Pékin, dont 70 % des réserves sont investies en actifs libellés en dollars, principalement des emprunts du Trésor américain. Mercredi, l'agence officielle du régime, Chine Nouvelle, a estimé dans un article publié sur son site internet, que les Etats-Unis "ne peuvent vivre éternellement sur une prospérité à crédit". " Les dirigeants politiques préfèrent se contenter de reporter le problème [budgétaire] encore et encore. Mais, pour autant qu'on sache, le problème ne va jamais disparaître". Pour l'agence officielle, « à un moment ou à un autre, [ce problème] va ressurgir et provoquer une lourde chute, qui dans le cas des Etats-Unis, pourrait se terminer au fond d'un gouffre dont il sera impossible de sortir. »

Sophie Rolland

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