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"Mur budgétaire" américain : l'épée de Damoclès toujours là

Pierre Manière

Publié le 02 janvier 2013 à 14:37

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Après des mois de passes d'armes entre Républicains et Démocrates, les Etats-Unis sont parvenus mercredi à éviter le "fiscal cliff", ce "mur budgétaire" qui aurait contraint le pays à réduire mécaniquement les dépenses et augmenter les impôts, un programme d'austérité dangereux pour sa croissance et l'économie mondiale. Mais il ne s'agit là que d'un accord à minima, qui traduit surtout l'incapacité de la classe politique américaine à mettre en place une vraie politique budgétaire globale à moyen terme.

C'est une bulle d'oxygène. Rien de plus. Mercredi matin, la Chambre des représentants a adopté un accord entériné la veille par le Sénat. Il permet à l'Oncle Sam de surmonter le "fiscal cliff", ce fameux "mur budgétaire". Concrètement, les Etats-Unis échappent ainsi à une hausse de 600 milliards de dollars de hausses d'impôts et de baisses drastiques des dépenses publiques, qui se serait produit mécaniquement en cas de dépassement du plafond de la dette du pays.

Au terme de rocambolesques négociations - qui, pour mémoire, piétinent depuis l'été 2011 -, les Républicains (majoritaires à la Chambre des représentants) et les Démocrates (majoritaires au Sénat) ont donc adopté une hausse de l'impôt sur le revenu des foyers gagnant plus de 450.000 dollars par an, couplée à un élargissement de l'assurance-chômage de longue durée à deux millions de personnes pendant une année. Grâce à cela, les Etats-Unis évitent une cure d'austérité dont personne ne veut à Washington, car elle aurait annulé la poursuite de la reprise fragile de l'économie en 2013, prévue à 2,3%, après quelque 2% en 2012.

Quid de l'augmentation du plafond de la dette?

Reste que ce compromis ne constitue qu'une rustine. Tout reste à faire concernant la réduction des dépenses publiques et l'augmentation du plafond de la dette. Cette dernière atteint aujourd'hui les 16.321 milliards de dollars, à seulement 73 milliards de la limite légale, seuil au-delà duquel l'Etat ne pourra plus assumer ses dépenses. En clair, "les Etats-Unis ont toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête", tranche Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo Securities. "On a au moins réduit de moitié aux deux tiers le 'fiscal cliff' et l'incertitude s'est réduite, mais le problème reste entier", analyse-t-il

De nombreux dossiers chauds demeurent en effet sur la table. Parmi eux, il y a notamment la baisse de 109 milliards de dollars du budget de la Défense et de projets de politique intérieure, prévue mardi, et qui a été repoussée de deux mois. Il en va de même pour l'avenir des programmes fédéraux de santé - Medicare, Medicaid et la protection sociale d'Obama -, que les Républicains veulent largement raboter...

La "faillite générale" de la classe politique

Mais aux yeux des experts, le plus préoccupant reste l'incapacité de l'exécutif à débattre d'une vraie politique budgétaire sur le moyen terme. Pour Bruno Cavalier, l'accord de cette nuit illustre surtout "la faillite générale de la classe politique". De fait, chaque camp s'attache à ne pas perdre la face sur chaque mesure, plutôt que d'établir un véritable programme global et cohérent.

L'augmentation des impôts des foyers à hauts revenus illustre cet imbroglio. Si le "mur budgétaire" n'avait pu être évité, tous les Américains auraient subi des hausses d'impôt de 10% à 40% selon leurs revenus, avec la fin des avantages fiscaux consentis sous George W. Bush. Cela n'était pas acceptable pour les Républicains comme pour les Démocrates. Au final, l'augmentation des impôts concernent uniquement les foyers aux revenus annuels supérieurs à 450.000 dollars, ce qui ne constitue guère une victoire pour Barack Obama, qui avait placé la barre à 250.000 dollars pendant la présidentielle. Et ce n'est pas mieux pour les Républicains, qui veulent eux réduire davantage les impôts pour relancer l'économie...

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Or, cette absence de visibilité à long terme pourrait jouer des tours à la première économie du monde. Selon Bruno Cavalier, l'incertitude autour du "fiscal cliff" pourrait provoquer "un retranchement des dépenses du secteur privé américain". Avec à la clé, "une baisse de l'investissement, des embauches, et de la consommation", égrène-t-il. L'économie américaine est donc loin d'être sortie d'affaire.

Pierre Manière

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