Finance islamique : l'alternative africaine
Aboubacar Yacouba Barma
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De tous les instruments financiers novateurs qui s'offrent actuellement à l'Afrique pour résorber son déficit de financement, estimé à un peu moins de 100 milliards de dollars par an, l'industrie de la finance islamique s'impose de plus en plus comme l'une des alternatives les plus crédibles.
Il n'y a qu'à voir toute l'effervescence qui secoue actuellement le Continent pour se greffer à cette dynamique, avec plusieurs pays qui ont ou sont en train de modifier leurs législations nationales afin d'y intégrer la finance islamique. En parallèle, les événements, conférences et autres rencontres se multiplient également un peu partout dans les différentes capitales et in fine, on assiste à un véritable mouvement d'ensemble qui fait émerger tout un écosystème pour l'industrie de la finance islamique en Afrique. Par exemple, après les pays d'Afrique du Nord qui ont presque tous franchi le pas - le Maroc étant le dernier pays de la région sur la liste -, c'est au tour des pays de l'Afrique de l'Ouest et surtout de l'Est, de suivre le mouvement. Par le biais de réformes législatives et réglementaires, comme c'était le cas dans les pays asiatiques, pionniers en la matière, l'Afrique est en train de rattraper son retard pour enfin pouvoir profiter de cette manne qui se déverse dans l'économie mondiale.
« L'essor de la finance islamique n'est plus à contester, ses avantages et ses perspectives augurent des lendemains meilleurs », témoigne ainsi Mouhamadou Lamine Mbacké, directeur de l'Institut africain de la finance islamique (AIIF, en anglais), basé au Sénégal, et qui résume par là, tout l'intérêt que suscite sur le Continent cette niche aux perspectives des plus reluisantes. Selon les estimations les plus approximatives qui ressortent des principales statistiques qui font foi dans le domaine, la finance islamique totaliserait à l'heure actuelle entre 1 800 et 2 000 milliards de dollars d'actifs.
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Et avec la dynamique que connaît le secteur au niveau mondial, ce chiffre atteindrait 4 000 milliards de dollars à l'horizon 2020 grâce à une croissance soutenue comme c'est le cas depuis 2008. La crise financière qui a émergé à l'époque et qui s'est par la suite répercutée sur l'économie mondiale, laquelle peine encore à se remettre de cette mauvaise passe, s'est traduite par un développement sans précédent de la finance islamique. En 2010 et en pleine crise mondiale, le FMI publiait une étude qui mettait en lumière la dynamique que connaît l'industrie de la finance dite halal, laquelle enregistrait un taux de croissance de 9 % en 2009, 10 % attendue l'année suivante et 22 % en 2011 alors que la finance conventionnelle se limitait, sur les mêmes années, à des taux respectifs de 4 % puis 1 % et 6 %. Des taux confirmés par une étude encore plus récente du cabinet Ernst & Young estimant que si les actifs détenus par les institutions financières conformes à la charia ne représentaient qu'un total d'à peu près 2 milliards de dollars soit 1 % à 2 % des actifs mondiaux, la croissance moyenne annuelle de la finance islamique s'est hissée à 17,6 % entre 2009 et 2013 et elle devrait croître en moyenne de 19,7 % par an jusqu'en 2018.
Aboubacar Yacouba Barma