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Tunisia 2020 : sécuriser les promesses d’investissement, l’urgence !

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 02 décembre 2016 à 15:50 - Mis à jour le 02 décembre 2016 à 15:50

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La Tunisie vient de boucler deux jours intenses de promotion de ses opportunités d’affaires. A l’issue de cette grosse opération séduction, le gouvernement a annoncé environ 6,1 milliards d'euros « fermes » et 7,8 milliards d'euros de promesses. Alors que l’enthousiasme règne à Tunis, tout le monde reste conscient qu’entre l’engagement et l’action, il y a un pas à franchir. Désormais, la nécessité de sécuriser ces promesses et de rassurer les potentiels investisseurs attentistes. Explications.

Cela faisait très longtemps que la Tunisie n'avait pas autant mobilisé la communauté internationale autour de son économie, en mal de performance depuis le printemps arabe. Mais pendant deux jours cette semaine, du 29 au 30 novembre, ce sont jusqu'à 4500 invités venus de 74 pays qui ont foulé le sol tunisien pour participer au Tunisia 2020, la conférence internationale organisée pour lever des fonds qui serviront au financement du plan quinquennal éponyme 2016-2020, avec au menu 142 projets répartis les différents secteurs économiques. Le but cette République laïc nord-africaine, relever le taux de croissance de 2% du PIB actuellement à 4% par en an en 2020.

14 milliards d'euros mobilisés dont 6,1 milliards « fermes »

Chefs d'Etat, de gouvernements, d'entreprises...tous sont venus toucher du doigt cette Tunisie qui, après avoir montré l'exemple en matière de démocratie, veut retrouver son rayonnement économique d'antan. Oreilles attentives et main à la poche, elle a trouvé ! Le pays a pu ainsi lever 15 milliards de dinars (environ 6,1 milliards €) sous forme d'accords « fermes » (dons, crédits et contrats d'investissement) et 19 milliards de dinars (environ 7,8 milliards €) de promesses d'investissement, a indiqué le chef du gouvernement, Youssef Chahed, à l'issue de la conférence.

C'est donc en tout 34 milliards de dinars, soit environ 14 milliards d'euros potentiellement mobilisés. On est certes loin des 30 milliards d'euros attendus par Tunis, mais les autorités se félicitent d'un « événement réussi ». Et ils ne sont pas les seuls.

Et après?

« Du point de vue organisationnel, tout le monde s'accorde pour dire qu'on a réussi », déclare à La Tribune Afrique, Mohamed Harrad, président de l'Association des économistes tunisiens. Au-delà, il voit une embellie de l'image de marque du pays. « La Tunisie a démontré qu'elle s'intéresse à la question économique et qu'elle est potentiellement un pays où on peut investir », argue-t-il, déplorant la réputation de pays pas assez sécurisé portée « à tort », selon lui, depuis l'attentat du Sousse en juin 2015. Lequel, signalons-le, a fait s'écrouler le secteur touristique d'un pays qui, il y a quelques années pourtant, menait la cadence dans la sous-région.

Économiste émérite, Mohamed Harrad, n'est pas surpris par les résultats pratiques du Tunisie 2020. D'après lui, il est évident que les investisseurs ne pouvaient s'engager au premier abord. « La priorité d'un investisseur c'est le gain. Ils ont besoin d'être rassurés. Je crois que la bonne tenue de cette rencontre et l'engagement des pays amis de la Tunisie a donné une bonne impression. Après il faut aller plus loin ».

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C'est ce que le gouvernement tente de faire avec son projet de Loi de finances 2017. Il prévoit de nombreuses mesures incitatives pour booster les IDE : impôt sur les sociétés à 15%, assouplissement de la procédure de rapatriement des capitaux, possibilité de recourir à l'arbitrage international en cas de conflit,... la liste est longue. Si ce projet de loi ne fait toujours pas l'unanimité, le gouvernement espère qu'il séduira le maximum d'investisseurs.

« Tout faire pour concrétiser »

Mais après avoir présenté tous ces avantages alléchants au parterre de businessmen présents à la grande messe tunisienne de l'investissement, quelle sera la prochaine étape ? Alors que le Sharm El Sheikh en juin 2015 en Egypte s'était soldé par une non concrétisation des promesses, nombre d'observateurs craignent une reproduction de cette issue en Tunisie. Mohamed Harrad n'est cependant pas de cet avis. Pour lui, le cas tunisien est différent. « C'est désormais à nous, Tunisiens, qu'incombe la responsabilité de sécuriser ces promesses d'investissement et tout faire pour qu'elles se concrétisent ».

Depuis l'année dernière, les institutions internationales appellent le pays à accélérer les réformes, condition sine qua none pour rassurer les investisseurs et contribuer à un net assainissement du climat des affaires. Et c'était encore l'objet de la visite début novembre d'une délégation du FMI à Tunis. Aujourd'hui, la réforme administrative s'impose en urgence, dans un pays où la résolution d'un simple problème administratif peut parfois prendre des semaines, voire des mois.

L'incontestabilité des réformes

Pour M. Harrad, l'autre donnée fondamentale à la démarche du gouvernement tunisien serait le traitement des questions liées à la justice sociale dans le pays. « N'oublions pas que les deux préalables à l'investissement sont la stabilité politique et le climat social, j'entends par là notamment la réforme du code du travail, la lutte par tous les moyens contre la corruption qui devient de plus en plus importante... », explique-t-il, soulignant que sans ces éléments, la Tunisie aura beau présenter des mesures aussi incitatives soient-elles, les investisseurs ne se sentiraient pas totalement en sécurité.

«La grande problématique depuis le 14 janvier 2011, c'est qu'on a accordé la priorité au débat politique. Du coup, tous les 7 gouvernements qui se sont succédés n'ont pas réussi à faire redémarrer la machine économique. D'un côté, c'est positif, la Tunisie est aujourd'hui considérée comme une référence démocratique. Mais, la transition démocratique ne peut être consolidée que s'il y a création de la richesse et une meilleure répartition de celle-ci. Dans ce contexte, la nécessité d'un gros investissement s'impose, d'où l'urgence des réformes».

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C'est d'ailleurs ce talon d'Achille économique qu'a pointé le think thank international Legatum Institute dans son rapport 2016 de la prospérité dans le monde. 93ème sur 149 pays, la Tunisie s'illustre au sixième rang en Afrique. Mais cette belle place régionale, cette République laïc nord-africaine ne la doit vraiment qu'à sa stabilité politique restaurée, l'aspect économique intervenant bien après. Après les discours de Tunisia 2020, les projecteurs sont désormais braqués sur le gouvernement de Youssef Chahed pour la concrétisation de ces promesses d'investissement et pourquoi pas...bien plus !

Ristel Tchounand

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