Transition énergétique. De l'art subtil de décider en pleine incertitude

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Blocages réglementaires ou de principe, incertitudes quant à l'évolution de la technologie et des modes de vie, un marché mondial en plein bouleversement... pas simple d'imaginer le mix énergétique français dans 10 ou 40 ans.

A quelques semaines de la remise à Delphine Batho d?un premier draft de propositions transmises par le Conseil national du débat sur la transition énergétique, les discussions qui se sont tenues cette semaine dans le cadre du forum annuel organisé par Enerpresse étaient nécessairement placées sous le signe de cette transition.

On a pu observer qu?en dépit de quelques points de consensus, les blocages, qu?ils résultent d?oppositions frontales entre acteurs aux intérêts divergents ou d?incohérences réglementaires, demeurent légion. Sans parler des incertitudes inhérentes à toute projection future, qui suscitent des réactions diverses.

Les territoires en première ligne sur l?efficacité énergétique

Parmi les sujets les plus consensuels : le rôle croissant que seront amenés à jouer les territoires dans cette transition. A des échelons variables, les collectivités locales ont été remises à l?honneur dans notre douce France historiquement hyper centralisée en vertu de leur efficacité en matière d?actions de lutte contre le changement climatique et notamment de développement des énergies renouvelables (ENR). Un « certain niveau de décentralisation » de la production d?énergie semble désormais acquis.

D?autant que dans la situation actuelle de crise économique et de finances publiques exsangues,il faut d?abord que les investissements se réalisent pour que cette transition s?enclenche. Or, quelle que soit leur nature (ferme éolienne, ligne à haute tension, centrale de méthanisation?) la quasi totalité des projets se heurte à l?opposition des riverains. Et ce sont bien les collectivités locales les mieux à même de lever ces réticences, à condition de pouvoir faire la démonstration des retombées positives d?un projet en termes d?emplois et d?activité économique au niveau local. Ce qui suppose de modifier à la fois la fiscalité, afin de maximiser ces retombées locales, et la réglementation, pour accélérer les processus de décision et d?autorisation particulièrement lourds et longs en France, et favoriser, par exemple, le financement participatif des projets ENR.

Une consommation divisée par deux d?ici à 2050

Autre donnée admise de façon quasi-unanime, à l?exception notoire des fournisseurs d?électricité, la nécessité de diviser la consommation nationale d?énergie par deux d?ici à 2050 pour être en mesure d?atteindre le facteur 4 (division par 4 des émissions de gaz à effet de serre à cette échéance).

Consensus également sur la nécessité de s?attaquer en priorité au secteur du bâtiments, en commençant par les plus énergivores, pour améliorer la sobriété globale du pays. Mais, pour ce faire, le secteur doit impérativement modifier ses modes de fonctionnement traditionnels et s?adapter à la nouvelle exigence d?efficacité énergétique.
En revanche, les transports, qui viennent juste derrière en volume et, surtout, consomment la plus grande partie des hydrocarbures importés, n?ont été que très peu évoqués dans le débat.

L?efficacité énergétique, deuxième « source » d?énergie française en 2050 ?

Globalement, on estime que les gisements d?efficacité énergétique, s?ils étaient correctement exploités, pourraient à l?horizon 2020 représenter 35 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), en-dessous de la consommation pétrolière attendue à cet horizon (46 Mtep) mais légèrement au-dessus de la consommation électrique (33 Mtep).

Mais au cours des échanges, ce qui divise le plus, c?est finalement l?attitude adoptée ou conseillée face aux incertitudes inhérentes à tout exercice de prospective, plus encore en matière d?énergie, un secteur marqué aussi bien par des évolutions technologiques, économiques ou géopolitiques.

De nombreuses voix s?élèvent pour souligner que l?avenir, par définition, ne ressemblera pas au passé, qu?à titre d?exemple, on aurait eu les plus grandes difficultés à anticiper il y a vingt ans les bouleversements liés à l?explosion des télécoms.

Ni trop tôt, ni trop tard, ni trop, ni trop peu?

A partir de là, d?aucuns misent tout sur d?hypothétiques ruptures technologiques rendant inutiles tout effort de sobriété, quand d?autres se contentent de projections « balistiques ». Consistant à poursuivre la trajectoire actuelle, elles ne tiennent au contraire aucun compte des évolutions technologiques à venir et encore moins de celles des de modes de vie.

Quant au gouvernement, de l?aveu même de l?un de ses représentants, la situation des finances publiques va le contraindre à faire des choix entre différentes solutions, sans savoir laquelle se serait in fine révélée la plus efficace. Avec une difficulté : opérer cette hiérarchisation « ni trop tôt, ni trop tard ». Autre commentaire entendu au cours des débats : pour être retenue, une solution doit démontrer sa « soutenabilité », y compris, si ce n?est d?abord, sur le plan économique.

Autrement dit, s?il est bien naturel qu?une nouvelle technologie soit soutenue à ses débuts de façon artificielle, pas question que la situation perdure de façon indéfinie. Là encore, question de curseur?

L?adage mendésien selon lequel « gouverner, c?est choisir » est donc particulièrement délicat en matière de transition énergétique, sans qu?on ait même évoqué ni le nucléaire, ni les gaz de schiste, qui ont pourtant bien « pollué » le débat.

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Commentaires
a écrit le 04/07/2013 à 7:35 :
bla bla bla...
a écrit le 04/07/2013 à 7:19 :
Pendant que les Français se chamaillent, les Allemands avancent : record de la part des énergies renouvelables dans la production nationale d'électricité en Allemagne (essentiellement éolien + photovoltaïque) : 61 % le 16 Juin 2013 de 14h à 15h.... Et ce n'est qu'un début...
Réponse de le 04/07/2013 à 7:32 :
a bon????? ils vont fermer leurs mines de charbon?????
Réponse de le 04/07/2013 à 12:26 :
@zeus Oui, les Allemands vont fermer leur centrales au charbon et arriveront à 80% de leur mix énergétique avec des renouvelables en 2040 http://climatecrocks.com/2013/05/15/no-more-coal-plants-in-germany/
Réponse de le 09/09/2013 à 13:13 :
Est-ce qu'on peut s'autoriser à comparer avec un autre pays où là par contre il n'y eu aucune centrale construite depuis bientôt 30 ans, et sur celles existantes une hécatombe de fermeture est prévue dès 2015 ?? : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_centrales_thermiques_%C3%A0_flamme_en_France#Centrales_.C3.A0_charbon

Si en 2040, 20% de l'électricité Allemande est générée à partir du charbon, ce sera fortement plus qu'en France cette année. Ce qui va se passer en 2040, on a du mal à en être sûr, ce qui va se passer les 2, 3 premières années, c'est que les exportations de toutes ces nouvelles centrales Allemandes vont mettre en faillite les centrales gaz partout en Europe.
a écrit le 04/07/2013 à 1:28 :
Malheureusement nous ne sommes pas en démocratie quand on parle du mix électrique en France. La Technostructure du Corps des Mines impose 75% de nucléaire à tous les gouvernements, quel que soit leur couleur. Même avec les pseudo-débats sur notre avenir énergétique (au moins une dizaine depuis 30 ans) rien n'y change, le lobby nuc se contrefiche de la démocratie et fini toujours par avoir la peau de ses concurrents: solaire, éolien et économies d'énergie. Désormais le lobby nuc a un nouvel argument massue pour nous vendre sa "Transition à la Française": prolonger de 20 ans la durée de vie de ses pétaudières atomique est la solution la moins chère pour EDF. Et comme toute ces pétaudières roulent sans assurance, quand ça explosera c'est le contribuable qui devra régler seul l'addition, effectivement c'est bien la solution la plus rentable...pour EDF seulement ! C'est tellement facile qu'ils auraient tord de se gêner pour le faire.
a écrit le 03/07/2013 à 18:00 :
J'ai fait une importante decouverte dans la technique electricity et ai finallement le design d'une machine electrique pour remplacer les batteries pour recuperer les kws extras non utilizes.Ceci pourrait etre ma derniere tentative to contact le gouvernement Francais.
.Merci.
JJR Ingenieur
a écrit le 03/07/2013 à 15:51 :
En matiere d'electricite renouvelable la problematique est tres simple : avoir le courage d'expliquer a nos concitoyens que le prix du kWh elec a baisse en euros constants depuis les annees 80 et qu'en consequent, nous ne payons pas le vrai prix de l'electricite ce qui a entraine un sous-investissement des reseaux, non-provisionnement du demantelement (d'ou le forcing d'EDF pour passer de 40 a 50 ans nos centrales nuke, soyez rasures), non-budgetisation de CIGEO.
Bref, une politique marquee par le professionnalisme et le sens de la responsabilite. marque
Réponse de le 09/09/2013 à 13:31 :
Le démantèlement est provisionné, sur Chooz-A tout se passe comme prévu, c'est à dire avec un budget qui respecte les prévisions basées sur le cas du réacteur américain de Maine Yankee, très proche de nos REP.
Par contre ce qui n'a pas été provisionné, c'est la construction de centrale plus récentes en remplacement des anciennes, surtout que Flamanville démontre comment on a plus aucune compétence sérieuse pour le BTP en France.
a écrit le 03/07/2013 à 11:06 :
L'une des clefs du financement réside effectivement dans les engagements participatifs à l'instar du Danemark où les particuliers investissent individuellement et collectivement dans les parcs éoliens.(1er gisement du pays) La France recéle,entre autre,un secteur agricole (l'élevage) pouvant participer à la transition énergétique du pays : la Biométhanisation.Plutôt que d'aider à la survie financière d'exploitations d'élevage étranglées par les ... céréaliers collectons des finances citoyennes pour rendre les élevages en centres d'activités PLURIEL (biogaz= cogénération=serres chauffées=autonomie énergétique(électricité).La diversification constitue l'une des clefs de notre avenir économique et énergétique !
Réponse de le 03/07/2013 à 13:11 :
Ca me va bien comme première approche. On peut également favoriser les renouvellements de toitures en solaire thermique + électrique + super isolation (50% des pertes se font par le toit grosso modo), et ca va changer sérieusement la donne... On pourrait également favoriser le démontage de tout ce qui est chauffage d'eau a partir de l?électricité, la pire des hérésies en matière de rendement énergétique (on chauffe de l'eau pour faire de l?électricité qui chauffe de l'eau, qu'on mélange a l'eau froide pour faire de l'eau tiède...). La seule et unique solution passe par un mix très large de toutes les formes d'énergies, en tachant de les utiliser dans leur meilleur domaine de rendement. Tout ceci présente cependant un énorme problème pour nos monarques en place : cela revient a faire produire l'énergie par le peuple, de manière décentralisée, et non contrôlable par les parasites en place... C'est l'unique problème qui fait que nous n?avançons pas, car toutes les solutions existent depuis très longtemps.
Réponse de le 03/07/2013 à 14:26 :
@ SamVa: Exactement.
Réponse de le 03/07/2013 à 16:18 :
@ SamVa : vous voulez réinventer l'eau tiède ? L'eau chaude doit être produite à 60° pour éviter les légionelles et rien ne vaut un bon cumulus électrique, pas cher à l'achat (500 euros pour un haut de gamme) et économique en étant fonctionnant en heures creuses. Un chauffe-eau thermodynamique coûte 5/6 fois plus cher, fait du bruit et à une fiabilité plus faible (pompe à chaleur), même avec un crédit d'impôt, il faut 15 ans pour l'amortir avant de le changer pour un neuf !

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