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ClimatTransitions Écologiques

Des technologies pour mieux respirer en ville

Erick Haehnsen et Eliane Kan

Publié le 29 septembre 2014 à 08:50 - Mis à jour le 29 septembre 2014 à 10:54

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La France risque de payer une forte amende à l'Union européenne pour non-respect de la réglementation sur la qualité de l'air. En cause, les particules fines des véhicules diesel. Panorama des solutions envisagées pour diminuer la pollution en régulant mieux le trafic.

Asthme, bronchites chroniques, cancers, AVC... l'atmosphère urbaine est tellement polluée que le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) l'a classée comme étant « cancérogène pour l'homme ». Principaux accusés : les effluents des moteurs diesel et leurs microparticules. 100.000 décès et 725.000 années de vie perdues par an sont imputables aux particules fines en Europe, selon le rapport « Clean Air for Europe », rédigé en 2005 pour le compte de la Commission européenne.

Outre l'aspect humain, l'UE évalue les coûts de cette mortalité à près de 145 milliards d'euros par an. La France n'est pas épargnée : 18.500 personnes y meurent chaque année des effets de la pollution de l'air par le trafic routier. Ce qui, d'après l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ponctionne notre économie de 40 milliards d'euros par an. Cette année, pour non-respect de la législation européenne entrée en vigueur en 2005, la France pourrait être condamnée à payer des pénalités financières à l'UE. À savoir une amende de 11 millions d'euros, sans compter les astreintes journalières (240.000 euros) qui pourraient occasionner un dépassement annuel de 100 millions d'euros !

À Paris, le diésel en ligne de mire

Il n'empêche. Dans le sillage de l'État, régions et municipalités collaborent sur tout le territoire avec des instituts de recherche, des pôles de compétitivité, de grandes entreprises et des start-up pour mettre en oeuvre des solutions urbaines innovantes. À l'instar de l'incubateur « Respirer dans la ville » inauguré en juin dernier par l'i-Lab d'Air Liquide et Paris Région Lab qui, parmi ses trois jeunes pousses, compte NaturalGrass, une start-up spécialisée dans le développement de surfaces végétales en milieu urbain. Plus globalement, le premier objectif vise à réduire la pollution à la source.

En témoigne Anne Hidalgo, la maire de Paris, qui prône un ensemble de mesures d'urgence pour favoriser, en cas de pic de pollution, « la circulation alternée, le report modal de la voiture individuelle vers les transports collectifs, l'Autolib', le Vélib' ou le covoiturage », détaille-t-elle dans la feuille de route qu'elle a adressée en mai dernier à Christophe Najdovski, maire adjoint et chargé des Transports. Sur le long terme, Anne Hidalgo envisage également « un plan de sortie du diesel d'ici 2020 ».

Au programme : l'amorce dès cette année du « remplacement du parc de bus diesel de la RATP par des motorisations électriques et GNV ».

À titre d'exemplarité, plus aucune berline ni citadine de l'administration parisienne ne devrait être diesel d'ici à 2015.

Des outils de comptage affinés et moins chers

Autre ligne d'action : la limitation « des cars de tourisme et des poids lourds aux véhicules les plus propres, qui pourraient passer par la refonte des cartes professionnelles de stationnement et des interdictions de circuler pour les véhicules les plus polluants. »La maire de Paris souhaite également poursuivre « le travail réalisé dans le cadre de la Charte en faveur d'une logistique urbaine durable afin de trouver, en concertation avec les professionnels, les moyens d'atteindre l'objectif de 50 % des livraisons du dernier kilomètre réalisés en véhicule non-diesel en 2017, puis 100 % en 2020. »

Encore faut-il être capable de mesurer précisément l'état du trafic routier afin de prendre les bonnes décisions. À cet égard, les collectivités commencent à remplacer les boucles magnétiques noyées dans le bitume par d'autres capteurs moins coûteux en génie civil comme les radars ou les capteurs magnétomètres, comme ceux de l'américain Sensys Networks qui en a déployé 50.000 dans le monde. Dans son sillage, la start-up française Hikob, créée par des chercheurs en 2011, propose de petits magnétomètres qui communiquent par radio via une passerelle fixée sur un mât ou dans une armoire électrique jusqu'au centre de supervision routière.

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« Il suffit d'un quart d'heure pour les installer par simple carottage », souligne Ludovic Broquereau, directeur marketing et commercial de l'entreprise qui compte 10 salariés.

Le secteur des capteurs routiers s'enrichit également de caméras vidéo intelligentes. En vue, la mesure du nombre de cyclistes empruntant les pistes cyclables ou des piétons circulant sur les trottoirs ou patientant à l'arrêt d'un bus. C'est d'ailleurs ce que fournit l'éditeur français Evitech qui conçoit des solutions d'analyse d'images vidéo au départ pour la gestion de foule.

« Il en résulte des statistiques de comptage horodatées qui aident les collectivités à savoir quels sont les points chauds, à quelle heure ils se forment et dans quel sens »,précise Laurent Assouly, directeur marketing d'Evitech, créée en 2005, qui réalise un chiffre d'affaires de 720.000 euros pour 2013 et dénombre une quinzaine de collaborateurs dont les deux tiers travaillent en R&D.

Ces technologies devront compter avec le Floating Car & Mobile Data qui, pour sa part, ne nécessite aucune infrastructure câblée. Le principe consiste à exploiter de manière anonyme la position des smartphones embarqués dans les véhicules afin de déterminer les vitesses, la densité de circulation, etc. « Cette solution permet d'économiser les coûts dans un facteur de 1 à 10 », fait valoir Michel Munoz, adjoint au chef de service des déplacements et du patrimoine routier au Conseil général de Seine-Saint-Denis.

Identifier les véhicules pour mieux les réguler

Autre enjeu du comptage : identifier les véhicules afin de les autoriser ou non à accéder à certaines zones de la ville en fonction de leur motorisation, du nombre de personnes à bord ou encore de la nature des marchandises transportées. Pour délivrer ces informations, on pense à déployer des boîtiers de communication. D'une part dans les véhicules et d'autre part sur les panneaux et feux de signalisation, les stations de bus ou encore les panneaux à message variable. Un gigantesque marché que vise la start-up Yogoko. Signe particulier, ses boîtiers seront, d'ici à 2015, capables d'échanger des données via les réseaux mobiles (2G, 3G et plus), le Wifi urbain et surtout via le Wifi « véhiculaire » qui se génère de manière collaborative entre véhicules équipés. Par exemple, pour avertir les autres automobilistes d'un freinage d'urgence intempestif.

« Le déploiement du Wifi urbain a déjà démarré alors que celui du Wifi véhiculaire prendra du temps, anticipe Thierry Ernst, chef de projet à Mines Paris Tech, en charge de la normalisation des systèmes de transports intelligents et patron de Yogoko.Ces boîtiers vont aussi aider les villes à analyser le flux de voyageurs dans les transports publics ou les flux logistiques afin de les optimiser. »

Optimod'Lyon vise le temps réel via Smartphone

Avec son système Mov'City, labellisé par le pôle de compétitivité Mov'eo, Multitoll (10 millions de chiffre d'affaires en 2013, 70 salariés en France) vise le même objectif en misant sur l'identification automatique des véhicules par badge RFID/UHF (moins de 2 euros) collés sur le pare-brise et par un système de vérification vidéo des plaques minéralogiques.

« Les propriétaires vont déclarer la classe de leur véhicule sur un site Web dédié - A : électrique, B : hybride, C : diesel performant... - et recevront leur badge par la Poste. En fonction de leur classe, les véhicules auront ou non accès à certaines zones urbaines indiquées, par exemple, par des panneaux lumineux », précise Christian Defay, le PDG de Multitoll qui, fin 2013, a mené une expérimentation en grandeur réelle à Paris et à Cergy-Pontoise.

Reste que les échanges électroniques carto-car et car-to-infrastructures ne sont pas pour demain matin. D'où l'intérêt du projet Optimod'Lyon qui compte articuler les modes de déplacement existants afin de développer la mobilité durable au niveau de la métropole. Notamment le report vers les transports en commun.

« Le projet agrège les données du trafic routier avec celles des autres modes de transport : vélo, métro, tram, bus, train... », indique Laurent Jardinier, directeur du programme modélisation et gestion de la mobilité du pôle de compétitivité lyonnais LUTB Transport & Mobility Systems.

Ce dernier suit de près le projet lyonnais qui a démarré en 2012 pour une durée de trois ans. Il réunit autour du Grand Lyon et de la ville de Lyon des organismes publics (Certu-Cete de Metz, CNRS, Let-Université Lyon et Liris-Insa), trois industriels (IBM, Orange, Renault Trucks) ainsi que des PME (Citiway, Geoloc Systems, Phoenix Isi, Parkeon). Financé à hauteur de 7 millions d'euros par l'État et les partenaires d'Optimod'Lyon, le projet débouchera sur une application temps réel pour smartphone. Ce projet devrait intéresser Anne Hidalgo qui, avec le projet de « pass Mobilités », voudrait promouvoir la complémentarité entre « transports en commun, Autolib', Vélib', opérateurs d'autopartage et éventuellement taxis ».

Erick Haehnsen et Eliane Kan

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