Pourquoi GDF Suez a proposé des tarifs élevés dans la bataille de l'éolien offshore

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Selon les déclarations du ministre de l'Energie lui-même, c'est le prix excessif demandé par le groupe gazier pour le parc des Deux-Côtes, où il était seul en lice, qui a conduit à déclarer l'appel d'offres infructueux. Et sur tous les autres sites, le consortium mené par EDF et Dong a été le mieux disant. Les concurrents avaient élaboré leurs offres selon des méthodes différentes.

Le choix de la meilleure méthode pour répondre à l'appel d'offres éolien offshore n'était sûrement pas le seul motif de divergences entre GDF Suez et Jean-Michel Germa, le fondateur de La Compagnie du Vent dont Suez était devenu actionnaire à 57 % en 2007. Les relations entre l'actionnaire majoritaire et minoritaire (Jean-Michel Germa, via sa holding personnelle Soper) se sont tellement détériorées que ce dernier a été évincé de la direction de l'entreprise en mai 2011. Il est aujourd'hui engagé dans une procédure judiciaire contre GDF Suez pour faire valoir les intérêts de La Compagnie du Vent et de Soper.

Mais le projet des Deux-Côtes, au large du Tréport, a cristallisé les divergences. La Compagnie du Vent, qui l'étudiait depuis de nombreuses années, souhaitait aux dires du groupe « le mener seul avec l'argent de GDF Suez, alors que Jean-Michel Germa n'avait jamais développé de projet de cette envergure, deux milliards d'euros ».

Ce dernier affirme en tout cas qu'il était en mesure de proposer un prix de rachat de l'électricité inférieur à 175 euros par mégawatheure, le haut de la fourchette fixée par le gouvernement. Une fourchette qui aurait d'ailleurs été établie de longue date, précisément pour limiter le risque de surenchère au cas où l'avance de la Compagnie du vent dissuaderait d'autres concurrents. Sans être confirmé par aucune des parties, le prix de 220 euros a été largement évoqué concernant l'offre finalement déposée par GDF-Suez. Et Eric Besson a lui même précisé en annonçant les résultats de l'appel d'offres que le tarif proposé par le seul candidat était trop élevé. Il a même évoqué un surcoût de 500 millions d'euros sur la CSPE (contribution au service spécial de l'électricité, facturé aux consommateurs), un chiffre contesté par GDF Suez. Pourquoi un tel écart ? « Le prix avancé par Monsieur Germa était incompatible avec ceux donnés par nos fournisseurs, et avec le résultat des études réalisées », affirme Henri Ducré, directeur de la branche énergie France du groupe.

Un surcoût de 15 à 20 % pour le clé en main

« La méthode du « clé en main » qu'ils ont choisie entraîne systématiquement un surcoût de 15 à 20 % », observe Jean-Michel Germa, tenant de la méthode dite « par lots ». Dans le premier cas, un maître d'?uvre désigné par le donneur d'ordres porte l'intégralité du risque; il gère l'interface avec l'ensemble des fournisseurs et perçoit une rémunération en échange. C'est un mode de fonctionnement souvent choisi par des donneurs d'ordre publics. Dans le second cas, qui implique une bonne connaissance du dossier par le donneur d'ordre, le risque est réparti entre chacun des lots : la turbine, son installation, les fondations, la sous-station, les câbles, etc.

Un prix final équivalent ?

« Quelle que soit la partie qui l'assume, la prise de risque est nécessairement rémunérée, ça ne change donc rien au coût final » rétorque Henri Ducré. « Vinci Construction est un spécialiste mondialement reconnu, auquel il nous a semblé sûr de confier la responsabilité de l'interface avec les autres fournisseurs. Mais nous n'avons pas opté pour du pur « clé en main », puisque nous avions deux lots, dont les turbines. » Areva (partenaire de GDF Suez sur plusieurs sites dont celui du Tréport) prenait donc en charge le risque afférent.

A l'époque de la Compagnie du Vent, tous les turbiniers avaient été approchés. « Nous étions plutôt partisans de prendre deux fournisseurs », témoigne Jean-Michel Germa. Areva sans doute mais aussi Siemens, « une vraie machine de guerre ». Et une mise en concurrence en principe synonyme deprix négociés. Pour GDF Suez, la présence même d'Areva dans le consortium (donc intéressé à la rentabilité globale du projet) offre la garantie des prix les plus compétitifs.

Face à GDF Suez, EDF et Dong, qui se sont partout avérés les mieux-disants, ont bénéficié du solide retour d'expérience de Dong dans le développement de parcs éoliens offshore, capable notamment de chiffrer les coûts d'un projet poste par poste. Mais les deux partenaires ont également procédé par lots, de quatre à sept selon le site concerné.

Pas de remise en cause

Pour autant, le groupe gazier ne remet pas en cause un choix qui aurait de surcroît la préférence des financiers. « Sur tous nos projets de taille importante, partout dans le monde, la maîtrise d'?uvre est assurée par un tiers, qui gère les risques d'interfaces ».

Le site du Tréport, (d'une taille initiale de 750 MW qui pourrait être doublée), doit figurer dans la deuxième tranche de l'appel d'offres, prévue pour être lancée au deuxième semestre 2012. GDF Suez s'y portera-il candidat ? « Cela fait dix ans que nous étudions ce site, nous n'allons pas abandonner maintenant », assure Henri Ducré. Au sein de la Compagnie du vent, les salariés, échaudés par ce premier échec, sont dans l'expectative...

 

 


 

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a écrit le 25/04/2012 à 15:58 :
Très chères éoliennes offshore... Je vous conseille d'aller consulter les données du site de la Commission de Régulation de l'Energie :
http://www.cre.fr/documents/deliberations/proposition/cspe-et-contribution-unitaire-2012
on y trouve le montant que les Français vont payer, par leurs factures d'électricité, pour les éoliennes : 495 Meuros et pour le solaire : 1526 Meuros ; cela représente au total plus de 4% de leur facture totale, mais ce surcout (CSPE) grimpe très rapidement : +60% en 2 ans.
On trouve aussi dans l'annexe le prix d'achat par EDF des kWh éoliens : 87 euros/MWh et solaires : 487 euros/MWh (le barême actuel pour le solaire donne des prix de 214 à 388 euros/MWh).
Si le prix de 220 euros/MWh donné dans cet article est bien celui proposé par GDF-Suez, c'est 2,5 fois plus cher que l'éolien terrestre !
D'après les déclarations ministérielles, le surcout des éoliennes finalement retenues par l'appel d'offre ajouterait 1,2 mds euros à la CSPE, ce qui permet de calculer que ce surcout serait de 209 euros/MWh ; ces 1,2 mds représente une hausse de tarif de 2% pour les consommateurs.
EDF-EN annonce la création de 5000 emplois pérennes : la subvention payée par les consommateurs d?électricité, soit 1200 Meuros/an, se monte donc à 240000 euros par emploi et par an !!! Jamais on n'a vu dans l'histoire des aberrations de la politique de l'emploi des créations d'emplois aussi coûteuses... mais les subventions étant dissimulées dans les factures d'électricité, seuls les initiés peuvent la voir.
a écrit le 20/04/2012 à 18:25 :
que ce soit EDF ou gdf l'éolien n'a rien de vert , ne réduira pas le nucléaire et trés pervers au niveau du co2 , des emplois liés au paysages et pêche , valeur immobilière et capacité des particuliers a financer des économies d'énergie .
que ce soit + ou - 20% c'est c'est la même chose ...stupide et inefficace .
a écrit le 20/04/2012 à 9:57 :
çà n'est pas EDF qui paie le surcoût de l'éolien offshore (comme pour le photovoltaïque) c'est le consommateur dans la CSPE bien sûr!
a écrit le 19/04/2012 à 23:27 :
C'est un article ou un communiqué de l'ancien patron de la Compagnie des vents ??? Les journalistes ont-ils fait leur propre analyse ou se sont-ils contentés de reproduire un texte de propagande qui leur a été fourni ?
a écrit le 19/04/2012 à 16:36 :
c'est quand meme un peu normal qu'edf auquel on demande de racheter l'electricite verte et pas rentable issu de l'eolien des particuliers, recoive un ' coup de pouce' pour certains projets....... les francais devraient arreter de croire que le ' tout gratuit rembourse par la secu', ca existe...
Réponse de le 20/04/2012 à 17:22 :
Churchill.... je pense que tu n'as rien compris!

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