Eolien offshore : GDF Suez et ses partenaires courtisent les élus locaux

Réunion au sommet ce lundi en Haute Normandie. Les patrons du consortium GDF Suez/Areva/Vinci sont venus défendre leur projet et en rappeler les retombées économiques pour la région, annonçant la création de 6.000 emplois s'il l'emportaient sur les trois sites normands.

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La pression est encore montée d'un cran, à quelques semaines des résultats de l'appel d'offres éolien offshore. Une semaine après la visite éclair du ministre de l'Industrie, Eric Besson, et du PDG d'Alstom, Patrick Kron, au pied de l'éolienne en test au Carnet (près de Nantes), pas moins de trois patrons du CAC 40 étaient réunis ce lundi sous les plafonds imposants de l'hôtel de Ville du Havre.

Gérard Mestrallet (GDF Suez), Xavier Huillard (Vinci) et Luc Oursel (Areva) étaient venus y rappeler leurs engagements auprès des collectivités locales, dans le cas où le consortium qu'ils forment avec CDC Infrastructures, représenté par son directeur général Jean Bensaïd, remporterait la mise sur les trois parcs normands de Fécamp et du Tréport (Seine-Maritime) et de Courseulles-sur-Mer (Calvados).

Devant les représentants de la communauté d'agglomération havraise et de la mairie du Havre, du grand port maritime, de la région Haute-Normandie, les patrons se sont réjouis du consensus dont jouit l'éolien maritime en Haute Normandie, par delà les clivages politiques. Sur les 6.000 mégawatts prévus en France d'ici à 2020, 1.250 seraient promis à la région. Ils ont surtout souligné le poids de cette adhésion locale aux yeux de la commission de régulation de l'énergie (CRE), qui doit faire une proposition au gouvernement dans les deux prochaines semaines.

6.000 emplois pour les trois sites normands

Les membres du consortium n'ont pas manqué de rappeler leurs atouts : « le seul fabricant français d'éoliennes offshore, le premier producteur d'énergie éolienne de France et le leader mondial du BTP », chargé notamment du « management de projet », une fonction destinée à faciliter la concertation avec les parties prenantes. Avec son éolienne M5, qui tourne depuis deux ans déjà au large des côtes allemandes, Areva, bénéficierait de « huit ans d'avance » sur Alstom qui n'en est qu'au prototype.

Si le consortium l'emporte sur les trois sites normands, Gérard Mestrallet et ses partenaires promettent la création de quelque 6.000 emplois (en ligne avec le gouvernement qui annonce depuis le lancement de l'appel d'offres 2.000 emplois par site), dont 10 % réservés à de la réinsertion. Les investissements se monteraient entre 2 à 3 milliards d'euros par site. A condition d'obtenir au moins deux sites, Areva reproduirait au Havre son modèle de Bremerhaven en Allemagne, avec deux usines dédiées respectivement à l'assemblage des nacelles et à la fabrication des pales, qui emploieraient 700 personnes.

Un terrain de 50 hectares leur est déjà réservé sur le quai Joannès Couvert au centre du port, permettant d'aller vite en besogne : un an seulement serait nécessaire à la construction de l'usine. 20 % de la valeur ajoutée de la machine, qui vise les 100 % de fabrication française, iront aux PME locales. Pas moins de 300 ont été identifiées, dont 80 ont rencontré le consortium. Entre 150 et 180 emplois de maintenance (qui pourraient être en partie occupés par des pêcheurs) seront créés dans tous les ports concernés. Des chantiers de fabrication de fondations sont également envisagés, quels que soient les choix effectués pour chacun des sites.

Le Havre, base export pour le gigantesque marché britannique

En plus des trois sites normands avec GDF Suez, Areva est candidat à Saint-Brieuc (Côtes d'Armor) aux côtés de l'espagnol Iberdrola (et GDF-Suez avec Siemens). Mais pour des raisons évidentes de proximité, deux sites en Normandie permettraient de poser les bases d'une filière industrielle plus compétitive, donc mieux armée pour partir à l'assaut du marché européen, notamment britannique (30 gigawatts à l'horizon 2020, contre 3, peut-être 6, en France).

Le sud de l'Angleterre, pauvre en infrastructures portuaires, pourrait en effet être facilement desservi depuis le port du Havre. A l'inverse, s'il n'obtient qu'un seul parc, Areva le servira depuis ses usines de Bremerhaven, et étudiera l'opportunité d'une implantation en Angleterre. « Dans ce cas, rien ne se passera ici sur le plan industriel », insiste Gérard Mestrallet.

Trois sites pour Alstom et deux pour Areva créeraient le plus d'emplois en France

En face, Alstom, candidat sur tous les sites à l'exception du Tréport aux côtés de EDF EN, assure avoir besoin de trois sites au minimum pour justifier une implantation industrielle en France... Depuis quelques semaines, les rumeurs vont bon train concernant une possible acquisition. L'allemand Repower (aujourd'hui propriété de l'indien Suzlon) et l'espagnol Gamesa ont été évoqués. Après Siemens et Samsung, Gamesa vient d'annoncer une implantation industrielle au Royaume-Uni. De quoi le rendre encore un peu plus séduisant aux yeux du Français.

Si Areva et Alstom s'en tiennent à leurs déclarations, attribuer les deux sites bretons (Saint-Nazaire et Saint-Brieuc) ainsi que celui de Courseulles à EDF et Alstom, et ceux de Fécamp et du Tréport à GDF-Suez et Areva serait la solution, qui créerait le plus d'activité industrielle et d'emplois en France.

Le marché français n'atteindrait pas les 6.000 MW prévus

Mais plusieurs questions restent ouvertes. Comment Bruxelles verrait-il l'absence de tout acteur étranger dans les résultats de l'appel d'offres ? S'il l'emportait en Normandie avec EDF EN, Alstom ne pourrait-il pas récupérer le site du Havre aujourd'hui promis à Areva ? Le gouvernement pourrait-il n'accorder que les deux sites bretons à EDF et Alstom et leur promettre celui de Noirmoutier, l'un des seuls acquis pour la deuxième tranche, dans le but de préserver une certaine cohérence géographique ? Et s'ils n'obtiennent pas gain de cause, les uns et les autres ne pourraient-ils pas profiter de la période de « levée des risques », destinée à valider la rentabilité d'un parc acquis avant tout engagement définitif, pour déclarer forfait ?

Surtout, la taille du marché français est-elle suffisante pour permettre à deux champions nationaux d'atteindre la compétitivité nécessaire pour prétendre jouer un rôle à l'international ? Il semble difficile d'atteindre les 6.000 MW annoncés à l'origine. Déjà, les réponses à la première tranche n'atteindront probablement pas tout à fait les 3.000 MW. Quant à la seconde tranche, qui devait initialement être lancée avant la présidentielle, elle ne le sera certainement pas, et se situerait pour l'instant entre 1.750 et 2.500 MW seulement.

Cette puissance, répartie en quelques sites de taille significative (Noirmoutier, la Baie de Somme et une possible extension de Fécamp) et une multitude de parcs ne dépassant pas les 50 MW, présente une atomisation qui ne permet guère d'atteindre la compétitivité ...Et cette incertitude donne plus de relief encore aux résultats de la première tranche.

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Commentaire 1
à écrit le 02/04/2012 à 20:27
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si l'on décrypte, seul le projet Alstom est de fabrication française, dans les autres cas, les composants techniques sont de fourniture étrangère , (allemande), certains grands groupes français préfèrent acheter des sous-traitants étrangers plutôt q...

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