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Polémique sur l'éolien offshore : qui dit vrai ?

Marie-Caroline Lopez et Dominique Pialot

Publié le 03 avril 2012 à 13:45 - Mis à jour le 03 avril 2012 à 13:47

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le méga appel d'offres en cours, portant sur 10 milliards d'euros d'investissements dans cinq parcs d'éoliennes en mer, tourne vinaigre. Le gouvernement prétend qu'Areva pourrait être éliminé faute d'avoir fourni un élément au dossier. Le groupe industriel nie farouchement. EDF et Alstom, dirigés par deux proches de Nicolas Sarkozy, seraient en passe de rafler 4 des 5 sites.

Alors que la décision est attendue d'ici à la fin de la semaine, le dossier prend une tournure curieuse. A Bercy, on est affirmatif. « Areva n'a pas fourni de lettre d'engagement concernant sa promesse de construire deux usines au Havre. Et l'appel d'offres est malheureusement clos depuis le 11 janvier », soupire-t-on en laissant entendre que c'était un motif d'élimination, confirmant une informaton du Monde du 4 avril. Cette thèse corrobore surtout le résultat du dépouillement de l'appel d'offres, prêté à la Commission de régulation de l'énergie (CRE), selon lequel EDF et Alstom seraient mieux disant sur 4 des 5 sites. Quant au 5ème site, où GDF Suez est le seul candidat, la CRE propose de le déclarer « infructueux ». La CRE élimine donc, de fait, Areva en lice sur les trois sites normands avec GDF Suez et sur les deux sites bretons avec l'espagnol Iberdrola.
Du côté du groupe nucléaire, on nie catégoriquement qu'il manque une pièce au dossier. « Si c'était le cas, la CRE aurait certainement déclaré irrecevables les propositions des électriciens avec lesquels on concourt », souligne-t-on. Surtout, Areva affirme avoir joint dans ce fameux dossier le protocole d'accord conclu entre le groupe nucléaire et le Port du Havre, où les usines seraient construites si Areva remportait deux parcs. Affirmation confirmée par ses deux partenaires GDF Suez et Iberdrola.

Pourquoi le gouvernement mentirait-il ?
De peur d'un malentendu, Luc Oursel, patron d'Areva, a néanmoins envoyé mardi matin à François Fillon une lettre (voir ci-joint) précisant ses intentions industrielles. «Il ne semblait pas clair pour tout le monde que nous allions construire deux usines si nous gagnions deux parcs, même si les deux parcs ne sont pas exploités par le même électricien », précise-t-on chez Areva. Sans compter que depuis quelques temps, les concurrents d'Areva laissaient courir le bruit que le groupe nucléaire entendait alimenter les chantiers français d'éoliennes depuis ses usines en Allemagne.
Mais alors pourquoi le gouvernement se donne-t-il la peine d'avancer un argument faux pour justifier l'élimination possible d'Areva ? Si selon les stricts critères de l'appel d'offres (selon lesquelles le prix de rachat de l'électricité compte pour 40%, la qualité sociale et industrielle 40%, l'environnement 20%), EDF et Alstom ressortent gagnants sur 4 des 5 sites, quelle est la nécessité de prétendre le dossier d'Areva incomplet ? Peut-être parce qu'à moins de trois semaines des élections présidentielles, le président sortant se sent inconfortable pour attribuer ce méga appel d'offres à deux patrons qui comptent parmi ses proches, Henri Proglio (EDF) et Patrick Kron (Alstom) ? Sans compter qu'une grande partie de ces 10 milliards d'euros sera subventionnée par les consommateurs d'électricité via EDF.
Pour faire passer ce curieux résultat, tâche peu aisée en période électorale, il aurait été préférable, au contraire, de rester abrité derrière le strict calcul arithmétique qui, semble-t-il, donne vainqueurs EDF et Alstom. A moins, qu'exaspéré à l'avance par la polémique inévitable, le gouvernement n'ait tenté un contournement... C'est raté !

Interrogations sur la viabilité des offres
D'autant plus que les candidats évincés donnent de la voix sur les aspects techniques de l'appel d'offres. Première interrogation, et pas des moindres, la fiabilité du prix de rachat de l'électricité énoncé par EDF, même si l'électricien va d'une main récupérer ce qu'elle donnera de l'autre (via la CSPE, taxe sur les factures qui finance notamment les énergies renouvelables). « Nous connaissons tous les coûts de façon certaine puisque nous exploitons déjà des parcs et que les turbines d'Areva tournent. Nous sommes sûrs que notre offre est économiquement viable », martèle GDF Suez. Une façon de dire que les autres ne le sont pas, puisque GDF Suez est systématiquement moins disant.
« Le gouvernement prendrait un très grand risque en attribuant tous les parcs à un seul consortium, surtout un groupement alliant un électricien sans expérience de l'éolien offshore et un fournisseur de turbines qui n'existent pas encore », s'exclame un autre concurrent éconduit.
Quant à Iberdrola, l'espagnol ne se cache pas derrière son petit doigt. « Nul doute que si Iberdrola n'est pas retenu en France, nous réaliserons les très vastes parcs pour lesquels nous sommes engagés en Grande-Bretagne avec d'autres partenaires que ceux de la filière française », affirme Jean-Christophe Chomette, PDG d'Iberdrola France. L'électricien espagnol doit construire 9.500 MW outre Manche, trois fois plus que l'appel d'offres français qui porte sur 3.000 MW. « C'est d'ailleurs pour cela que nos usines françaises seront, elles pérennes », affirme Areva. Avec un regard en direction d'Alstom qui n'a pas d'autres marchés certains pour alimenter ses usines après l'équipement des sites français.

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Une solution politiquement acceptable
Enfin, la dernière interrogation de la part des concurrents d'EDF et d'Alstom touche à la pérennité du montage. « Proglio n'a aucune envie de voire la facture d'électricité flamber via la CSPE. Il est dubitatif sur l'ensemble de ces projets. Qui dit qu'il ne profitera pas des dix-huit mois de rétractation légaux, pour abandonner deux des quatre parcs ? », glisse un candidat -presque- évincé. Il est sûr qu'EDF n'a peut être pas envie de financer, seul, 8 milliards d'euros d'investissement.
Le gouvernement, très embarrassé, qui enchaîne réunion à l'Elysée et comités interministériels, n'est pas engagé par l'analyse de la CRE. Il cherche une solution politiquement et industriellement acceptable. « S'il nous donne quinze jours de plus, comme certaines rumeurs l'évoquent, qu'il sache qu'on ne touchera à aucun aspect du dossier, ni le prix, ni la filière industrielle, ni rien », prévient le patron d'Ibderdrola France. Il est prévenu !

Marie-Caroline Lopez et Dominique Pialot

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