Polémique sur l'éolien offshore : qui dit vrai ?

Le méga appel d'offres en cours, portant sur 10 milliards d'euros d'investissements dans cinq parcs d'éoliennes en mer, tourne vinaigre. Le gouvernement prétend qu'Areva pourrait être éliminé faute d'avoir fourni un élément au dossier. Le groupe industriel nie farouchement. EDF et Alstom, dirigés par deux proches de Nicolas Sarkozy, seraient en passe de rafler 4 des 5 sites.

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Alors que la décision est attendue d'ici à la fin de la semaine, le dossier prend une tournure curieuse. A Bercy, on est affirmatif. « Areva n'a pas fourni de lettre d'engagement concernant sa promesse de construire deux usines au Havre. Et l'appel d'offres est malheureusement clos depuis le 11 janvier », soupire-t-on en laissant entendre que c'était un motif d'élimination, confirmant une informaton du Monde du 4 avril. Cette thèse corrobore surtout le résultat du dépouillement de l'appel d'offres, prêté à la Commission de régulation de l'énergie (CRE), selon lequel EDF et Alstom seraient mieux disant sur 4 des 5 sites. Quant au 5ème site, où GDF Suez est le seul candidat, la CRE propose de le déclarer « infructueux ». La CRE élimine donc, de fait, Areva en lice sur les trois sites normands avec GDF Suez et sur les deux sites bretons avec l'espagnol Iberdrola.
Du côté du groupe nucléaire, on nie catégoriquement qu'il manque une pièce au dossier. « Si c'était le cas, la CRE aurait certainement déclaré irrecevables les propositions des électriciens avec lesquels on concourt », souligne-t-on. Surtout, Areva affirme avoir joint dans ce fameux dossier le protocole d'accord conclu entre le groupe nucléaire et le Port du Havre, où les usines seraient construites si Areva remportait deux parcs. Affirmation confirmée par ses deux partenaires GDF Suez et Iberdrola.

Pourquoi le gouvernement mentirait-il ?
De peur d'un malentendu, Luc Oursel, patron d'Areva, a néanmoins envoyé mardi matin à François Fillon une lettre (voir ci-joint) précisant ses intentions industrielles. «Il ne semblait pas clair pour tout le monde que nous allions construire deux usines si nous gagnions deux parcs, même si les deux parcs ne sont pas exploités par le même électricien », précise-t-on chez Areva. Sans compter que depuis quelques temps, les concurrents d'Areva laissaient courir le bruit que le groupe nucléaire entendait alimenter les chantiers français d'éoliennes depuis ses usines en Allemagne.
Mais alors pourquoi le gouvernement se donne-t-il la peine d'avancer un argument faux pour justifier l'élimination possible d'Areva ? Si selon les stricts critères de l'appel d'offres (selon lesquelles le prix de rachat de l'électricité compte pour 40%, la qualité sociale et industrielle 40%, l'environnement 20%), EDF et Alstom ressortent gagnants sur 4 des 5 sites, quelle est la nécessité de prétendre le dossier d'Areva incomplet ? Peut-être parce qu'à moins de trois semaines des élections présidentielles, le président sortant se sent inconfortable pour attribuer ce méga appel d'offres à deux patrons qui comptent parmi ses proches, Henri Proglio (EDF) et Patrick Kron (Alstom) ? Sans compter qu'une grande partie de ces 10 milliards d'euros sera subventionnée par les consommateurs d'électricité via EDF.
Pour faire passer ce curieux résultat, tâche peu aisée en période électorale, il aurait été préférable, au contraire, de rester abrité derrière le strict calcul arithmétique qui, semble-t-il, donne vainqueurs EDF et Alstom. A moins, qu'exaspéré à l'avance par la polémique inévitable, le gouvernement n'ait tenté un contournement... C'est raté !

Interrogations sur la viabilité des offres
D'autant plus que les candidats évincés donnent de la voix sur les aspects techniques de l'appel d'offres. Première interrogation, et pas des moindres, la fiabilité du prix de rachat de l'électricité énoncé par EDF, même si l'électricien va d'une main récupérer ce qu'elle donnera de l'autre (via la CSPE, taxe sur les factures qui finance notamment les énergies renouvelables). « Nous connaissons tous les coûts de façon certaine puisque nous exploitons déjà des parcs et que les turbines d'Areva tournent. Nous sommes sûrs que notre offre est économiquement viable », martèle GDF Suez. Une façon de dire que les autres ne le sont pas, puisque GDF Suez est systématiquement moins disant.
« Le gouvernement prendrait un très grand risque en attribuant tous les parcs à un seul consortium, surtout un groupement alliant un électricien sans expérience de l'éolien offshore et un fournisseur de turbines qui n'existent pas encore », s'exclame un autre concurrent éconduit.
Quant à Iberdrola, l'espagnol ne se cache pas derrière son petit doigt. « Nul doute que si Iberdrola n'est pas retenu en France, nous réaliserons les très vastes parcs pour lesquels nous sommes engagés en Grande-Bretagne avec d'autres partenaires que ceux de la filière française », affirme Jean-Christophe Chomette, PDG d'Iberdrola France. L'électricien espagnol doit construire 9.500 MW outre Manche, trois fois plus que l'appel d'offres français qui porte sur 3.000 MW. « C'est d'ailleurs pour cela que nos usines françaises seront, elles pérennes », affirme Areva. Avec un regard en direction d'Alstom qui n'a pas d'autres marchés certains pour alimenter ses usines après l'équipement des sites français.

Une solution politiquement acceptable
Enfin, la dernière interrogation de la part des concurrents d'EDF et d'Alstom touche à la pérennité du montage. « Proglio n'a aucune envie de voire la facture d'électricité flamber via la CSPE. Il est dubitatif sur l'ensemble de ces projets. Qui dit qu'il ne profitera pas des dix-huit mois de rétractation légaux, pour abandonner deux des quatre parcs ? », glisse un candidat -presque- évincé. Il est sûr qu'EDF n'a peut être pas envie de financer, seul, 8 milliards d'euros d'investissement.
Le gouvernement, très embarrassé, qui enchaîne réunion à l'Elysée et comités interministériels, n'est pas engagé par l'analyse de la CRE. Il cherche une solution politiquement et industriellement acceptable. « S'il nous donne quinze jours de plus, comme certaines rumeurs l'évoquent, qu'il sache qu'on ne touchera à aucun aspect du dossier, ni le prix, ni la filière industrielle, ni rien », prévient le patron d'Ibderdrola France. Il est prévenu !

 

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Commentaires 13
à écrit le 05/04/2012 à 19:29
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Scandaleux ...deux réacteur nucléaire !! et sans vent , peu de vent ou trop de vent ça fait combien de réacteurs ....zero tant de dénaturation et destruction d'environnement pour un tel résultat !!!? trés mauvais choix c'est de la politique clientél...

à écrit le 04/04/2012 à 15:56
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"Areva Blades" filiale à 100% d'Areva située en Allemagne, quant aux turbines "spéciales marine" fabriquées par Areva peut-être en France ? Il est quand même évident que pour des éoliennes même facturées plus cher pour une production française, le co...

le 04/04/2012 à 18:14
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Ça me rappelle l'appel d'offre de l'armée sur la fourniture de survêtement. Pour 300 KF (avant l'euro), une fabrication asiatique avait été préférée. Résultat licenciement ou dépôt de bilan je ne me souviens plus. Et combien de fois plus en indemnité...

à écrit le 04/04/2012 à 15:36
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L'article ne fait des suppositions superficielles et cherche à créer une polémique sans avoir d'élément tangible. Aujourd'hui, la presse ne prend pas les moyens de creuser les dossier. A la veille des élections, Sarko n'a aucun intérêt à faire du cop...

à écrit le 04/04/2012 à 13:47
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Je ne vois pas comment l'augmentation de la CSPE peut être "politiquement acceptable".

à écrit le 04/04/2012 à 0:56
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L?HOMME SEDENTAIRE sur MER. Ivan Causse1 Ingénieur ? 22 mars 2012- Enfin le début de l?énergie éolienne offshore en France !...L?appel d?offre (A.O.) de juillet 2011 prévoit la sélection des entrepreneurs chargés de réaliser les 5 parcs en avril. L?...

à écrit le 03/04/2012 à 20:58
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Quelle folie de construire en mer ce qui est déjà difficilement rentable sur terre...nous sommes bien mal gouvernés...

le 04/04/2012 à 13:28
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Le vent est beaucoup plus fort et plus constant en mer. De plus, cela rentabilise un territoire qui n'est pas utilisé. Je vous invite à faire quelques recherches.

à écrit le 03/04/2012 à 20:07
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Népotisme, favoritisme, tricheries, corruptions... Cela n'a rien à voir avec les hommes, leurs orientations politiques ou même le régime politique. En concentrant les principaux pouvoirs de décision politiques, économiques ou sociaux dans quelques ma...

à écrit le 03/04/2012 à 20:06
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Tant que le politique prendra le pas sur l'industriel alors nous continuerons à nous ridiculiser avec des histoires comme celle ci ou comme le 'cloud-à-la-Française'. Copinage, arrangements, fuites organisées, tout ça sent la débandade à plein nez. D...

à écrit le 03/04/2012 à 19:20
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Des appels d'offre bidons. Vu les dépassements généralement constatés sur les grands projets, ce sera peut être 8 milliards ou 10 ou 12. Le résultat se verra sur notre facture.

à écrit le 03/04/2012 à 18:42
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de toutes manières c'est bidon cette énergie, tout les vrais experts expliquent que ce n'est même pas la peine d'y mettre les pieds, après 5 années en haute mer tout le matériel est cuit, mais bon vu que ce sont nos taxes après tout on s'en fiche.

le 04/04/2012 à 14:09
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Bah !! c'est bon pour les fonctionnaires de faire du vents

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